Archives LVER

Réactions à l’article du Monde suite à la publication d’un rapport de l’inspection générale

Langues vivantes, mauvais élève

Un article du Monde du 24 février annonçait que la France était le « mauvais élève » en matière d’évaluation en langues vivantes. Nos camarades du S3 de Lille (plusieurs enseignants de la région Nord étaient cités) ont déjà dénoncé le caractère déséquilibré et racoleur de cet article et le manque de sérieux de l’auteur.

Le journaliste s’appuie sur un rapport de l’Inspection Générale intitulé « L’évaluation en langue vivante : état des lieux et perspectives d’évolution ». Mais de toute évidence, le journaliste n’a pas lu le rapport dans son intégralité, car l’analyse qu’il en fait est partielle et superficielle. Il renforce l’image stéréotypée de l’élève français (image contre laquelle le SNES se bat depuis des décennies !), cancre de la classe en LV aux côtés de ses pairs européens.

Ce que le journaliste choisit de retenir donne l’impression que dans leur rapport, les IG foudroient les profs de LV, qui ne connaissent pas le CECRL, basent leur évaluation de l’oral sur la participation, et élaborent leurs évaluations en fonction d’un examen final. Mais le rapport en question ne prétend pas être autre chose qu’un état des lieux. Par ailleurs, on y retrouve beaucoup des analyses du SNES ! Par exemple :

• Le CECRL n’a pas été conçu comme un outil d’enseignement scolaire, donc les tâches qu’il présente ne sont pas toutes adaptées à l’enseignement scolaire des langues. (p.21)

• Il ne faudrait pas que l’approche actionnelle débouche sur un « émiettement » de l’apprentissage. (p.21)

• Les auteurs reconnaissent le risque que la mise en place du CECRL entraîne une focalisation sur l’évaluation aux dépens de l’enseignement. On risque de passer plus de temps à évaluer qu’à enseigner (p. 5, p. 21)

• La richesse [sic.] même du CECRL est source de confusion...(p. 17).
Une enseignante citée dans Le Monde parle plutôt d’un « jargon abominable » ! Rappelons que le CECRL a été présenté pour la première fois dans un B.O. très récemment, en 2005. Il n’est pas surprenant que les collègues ne le connaissent pas encore : ils ont besoin de temps, et surtout de formation, pour se l’approprier.

• Les auteurs du rapport reconnaissent que l’utilisation de ce nouvel outil implique que les enseignants soient très rigoureusement formés aux trois volets complémentaires qui le composent : apprendre, enseigner, évaluer... (p.9)

• Non seulement les professeurs ne sont pas formés, ils ne sont pas informés non plus. Par exemple, trop peu connaissent la banque nationale d’outils d’évaluation (www.banqoutils.education.gouv.fr), ou comment les Portfolios européens de langues se différencient du CECRL.

• Les rapporteurs insistent sur l’importance de la culture (La Culture comme ‘entrée privilégiée dans la manière d’aborder les apprentissages’ donne au cours de langue à la fois son sens et un continu. P. 21) tout en reconnaissant que la ‘compétence culturelle’ est toutefois difficilement évaluable (p. 21).

Si les auteurs du rapport constatent la timidité des enseignants devant l’élargissement de leur pratique évaluative, le ton n’est pas comminatoire. Au contraire, Il ne s’agit pas de dire que les pratiques actuelles, lorsqu’elles sont bien comprises, ne remplissent pas leurs fonctions, mais que, du fait de l’introduction de nouveaux programmes, les objectifs ont évolué (p.7). Plus loin, on apprend que les professeurs sont prêts à faire évoluer leurs pratiques d’évaluation, en particulier à l’oral (p. 11).

Les auteurs du rapport s’enroulent dans une contradiction monumentale lorsqu’ils affirment que la mise en place du CECRL ne devrait pas entraîner une situation où les professeurs passent tout leur temps à évaluer. Car en même temps, les évaluations régulières qu’ils préconisent dans chaque activité langagière vont forcément accroître le temps qu’on consacre à l’évaluation. Ils vont même jusqu’à proposer que les bulletins trimestriels soient modifiés pour prendre en compte ces différentes sortes d’évaluations. Cinq cases, alors, plus les cinq cases pour indiquer la moyenne dans chaque activité, plus les cinq cases pour indiquer la note la plus basse, plus les cinq cases pour indiquer la note la plus élevée. Total : VINGT cases pour chaque langue vivante sur le bulletin scolaire ?

Est-ce que le vrai ‘mauvais élève’ de cette histoire ne serait pas le Ministère de l’Education Nationale, qui a réduit d’un tiers l’horaire consacré à l’enseignement des LV au lycée depuis la réforme des lycées ? Comment les enseignants peuvent-ils espérer intégrer les nouvelles modalités d’évaluation quand ils ont deux heures par semaine devant leurs élèves ? Les auteurs du rapport avouent dans une jolie litote que Les quatre heures hebdomadaires de cours de langue ne sauraient, à elles seules, constituer un bain linguistique (p. 24).

Vous pouvez télécharger le rapport à l’adresse suivante :
http://www.education.gouv.fr/cid4608/l-evaluation-en-langue-vivante-etat-des-lieux-et-perspectives-d-evolution.html

Autres articles de la rubrique Archives LVER