Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

à la Cinémathèque Française, jusqu’au 25 janvier 2015

Exposition François Truffaut

culture-cinéma-expo Truffaut Plus qu’une exposition – déjà d’une grande richesse par les multiples extraits de films, d’écrits et documents inédits rassemblés dans une présentation dynamique – c’est un ensemble d’initiatives dans et hors la Cinémathèque avec divers partenaires, dont de nombreuses projections à la Cinémathèque, dans d’autres salles et sur Arte, jusqu’au 25 janvier 2015.

Disparu prématurément à 52 ans, le 21 octobre 1984, alors qu’il travaillait encore plusieurs projets cinématographiques, avec toujours la même passion et fièvre de l’urgence, après avoir réalisé une trentaine de films dont 21 longs métrages et écrits des centaines d’articles (principalement dans les Cahiers du cinéma) et plusieurs livres sur le cinéma –tout particulièrement sur le cinéma d’Hitchcock-, François Truffaut méritait bien un tel hommage pour son œuvre et son influence.

La Cinémathèque le lui devait d’autant plus qu’il fut sans doute un des cinéastes de sa génération (avec ses amis Chabrol, Godard, Rivette, Rohmer...) qui la fréquenta le plus assidument durant toute sa jeunesse. Il y puisa l’essentiel de sa formation et passion pour le cinéma, souvent en cachette avec la complicité bienveillante d’Henri Langlois, qu’il défendit ensuite vigoureusement [1] et avec succès, lorsque le pouvoir politique voulut mettre fin à son activité à la tête de la Cinémathèque en février 1968...

Nous en reparlerons dans le cadre d’une approche plus globale des activités actuelles de la Cinémathèque, à Paris et en diverses régions, de ses articulations avec l’enseignement... dans un entretien que nous envisageons en début d’année 2015 avec son actuel directeur général (et ancien rédacteur en chef des Cahiers du cinéma), Serge Toubiana, qui a également bien connu toute cette période.
culture-cinéma-expo Truffaut2 L’exposition est articulée autour de la chronologie de la vie et de l’œuvre de François Truffaut, avec une dizaine d’espaces consacrés principalement à de grandes périodes dont plusieurs se chevauchent :

- Enfance et adolescence "la cinéphilie en éveil" : dès 1948, à 16 ans, il fonde avec son ami Robert Lachenay le "Cercle cinémane" organisant des séances dans une salle du Quartier Latin…

- La période de critique : encouragé par André Bazin à écrire ses premiers articles pour Travail et Culture, il sera publié pour la première fois dans le n°21 des Cahiers du cinéma en mars 1953…

- "Nouvelle vague" : après avoir été l’assistant de Rossellini en 1956, "premier" film "Les mistons" en 1957, un court métrage avec Bernadette Lafont et Gérard Blain et déjà l’art de filmer des enfants ; co-réalisation avec Jean-Luc Godard en 1958 de "Une histoire d’eau" ; premier long métrage en 1959 avec "Les Quatre Cent Coups" prix de la mise en scène au Festival de Cannes… signature en 1960 du Manifeste des 121 prônant la désobéissance militaire et l’indépendance de l’Algérie… tournage de "Jules et Jim" en 1961…

- "Antoine Doinel ou l’éducation sentimentale" : le personnage d’Antoine Doinel, incarné par Jean-Pierre Léaud, qui débute avec Truffaut dans "Les 400 coups" en ayant sensiblement le même âge que son personnage, est au cœur d’une série unique au monde de 5 films où un cinéaste fait grandir, en même temps que son acteur fétiche, un personnage sur une période de 20 ans, avec "L’amour à 20 ans" (1961), "Baisers volés" (1968), "Domicile conjugal" (1970), "L’amour en fuite" (1979), avec les actrices Claude Jade, Marie-France Pisier [2]

- "Passions amoureuses" : avec l’enfance, l’amour passion est au cœur de l’œuvre de Truffaut qui porte un regard plein d’attention, de prévenance et d’émotion sur les personnages féminins dont il confie l’interprétation à des actrices de qualité qu’il sait toujours mettre en valeur, de Marie Dubois ("Tirez sur le pianiste" 1960) à Fanny Ardant ("La femme d’à côté" 1981,"Vivement dimanche !" 1983) en passant par Jeanne Moreau avec "Jules et Jim" puis "La mariée était en noir" (1967), Françoise Dorléac ("La peau douce" 1964), Julie Christie ("Fahrenheit 451" 1966), Kika Markham ("Les 2 anglaises et le continent" 1971), Bernadette Lafont ("Une belle fille comme moi" 1972), Jacqueline Bisset ("La nuit américaine" 1973), Isabelle Adjani ("L’Histoire d’Adèle H." 1975), Nathalie Baye  [3], Nelly Borgeaud, Leslie Caron, Geneviève Fontanel, Brigitte Fossey dans "Lhomme qui aimait les femmes" (1977), Catherine Deneuve ("La sirène du Mississipi" 1969, "Le dernier métro" 1980)…

- Truffaut et la musique : Georges Delerue, qualifié par Truffaut de "plus cinéphile des musiciens", sera associé à 11 films à partir de "Tirez sur le pianiste" après avoir été remarqué notamment pour ses partitions dans des films de Pierre Kast, Franju, Varda et de Doniol-Valcroze (dont Truffaut fut co-scénariste en 1958 pour "Les surmenés") ; seuls 2 autres musiciens seront sollicités ponctuellement pour des musiques créées spécialement pour ses films, Bernard Herrmann, considéré comme le meilleur musicien d’Hitchcock (pour "Fahrenheit 451" et "La mariée était en noir"), et Antoine Duhamel, en association avec Agnès Guillemot, la monteuse attitrée de Godard…

- Truffaut au travail : la maturation parfois très longue des projets s’accompagnait d’un travail très minutieux de constitution de dossiers archivant coupures de presse, petites phrases, extraits annotés de lectures… avec souvent l’écriture simultanée de plusieurs scénarios, associant des co-scénaristes différents, Jean Gruault principalement pour les adaptations romanesques, Claude de Givray, Bernard Revon, Jean-Louis Richard plus particulièrement pour les scénarios originaux… avec une coordination confiée à Suzanne Schiffman qui faut aussi souvent co-scénariste. Calme, patient et organisé sur les tournages, Truffaut veillera à ce que ce soit des moments totalement isolés de la vie réelle et dans une grande harmonie de l’ensemble de l’équipe pour que transparaisse à l’écran "le plaisir pris lors du tournage" sans hésiter pour autant à modifier le scénario en cours de tournage puis lors du montage… Simultanément, Truffaut aura une activité de production avec "les Films du Carrosse" petite société qu’il a fondé dès son premier film (avec le soutien de son beau-père, Ignace Morgenstern), qui permirent aussi de produire des films d’autres cinéastes, dès 1959 comme celui de son ami Jacques Rivette "Paris nous appartient"…

L’exposition est principalement constituée à partir du fonds d’archives Truffaut qui est un des plus importants et des plus méthodiquement structurés de ceux confiés à la Cinémathèque française. Il l’a été par le cinéaste lui-même –passionné d’archivage cinématographique dès sa jeunesse- puis par ses ayants-droit, et enfin par divers autres donateurs dans le cadre de la conception de l’exposition, qui comporte de ce fait de très nombreux inédits (archives papier, livres et revues, ébauches de scénarios, photographies, films, affiches, accessoires… et même éléments de mobilier et appareillages). culture-cinéma-expo Truffaut3 Un espace est également titré "Truffaut au présent" rassemblant des expressions d’acteurs et d’actrices qui n’ont pas connu Truffaut mais qui aurait aimé travailler avec lui, tissant un lien avec ceux et celles qui aimaient Truffaut… avec un film d’Axelle Ropert.

De nombreux autres documents inédits sont évoqués ou reproduits dans le livre réalisé sous la direction de Serge Toubiana, co-édité par la Cinémathèque Française, annoncé comme le catalogue de l’exposition. Cet ouvrage de 240 pages est bien plus qu’une présentation de celle-ci. Il est certes structuré un peu comme l’exposition, autour de grands moments ou domaine de la vie et de l’œuvre de Truffaut, mais comporte la transcription de nombreux entretiens inédits, des écrits spécifiques de Serge Toubiana lui-même et de nombreuses autres contributions et illustrations, documents de tournage… constituant un nouvel ouvrage de référence sur ce cinéaste.
Philippe Laville

Cinémathèque Française – Musée du cinéma
51 rue de Bercy, 75012 Paris – 01 71 19 33 33
(ouverture du lundi au samedi –sauf le mardi- de 12 à 19h, le dimanche de 10 à 20h).
www.cinematheque.fr
Toute la programmation est accessible sur le site de la Cinémathèque avec le détail des différentes initiatives autour de l’exposition, sur place ou dans d’autres lieux, en particulier avec les établissements scolaires, les actions et parcours "jeune public"… Elle comporte notamment un espace dédié "Truffaut par Truffaut" s’enrichissant chaque lundi pendant 14 semaines d’un chapitre nouveau, en forme de journal intime écrit à la première personne, compilant la pensée de l’artiste à partir de ses archives, de témoignages inédits, d’enregistrements sonores et filmiques (http://www.cinematheque.fr/expositions-virtuelles/truffaut-par-truffaut/index.php ).

Notes

[1avec le Comité de défense de la Cinémathèque associant de nombreux autres cinéastes et personnalités culturelles, associatives et politiques… le mouvement des ciné-clubs…

[2On retrouve aussi Jean-Pierre Léaud dans de nombreux autres films de Truffaud, sur l’enfance –avec "L’argent de poche" en 1970, "L’enfant sauvage" en 1976 -, et à l’âge adulte, au-delà de la "saga Antoine Doinel", avec le tournage de "Les deux anglaises et le continent" (1971), "La nuit américaine" (1972)...

[3également dans "La chambre verte" 1978

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