Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

FESTIVAL du COURT-MÉTRAGE CLERMONT-FERRAND 2013

Le 35ème Festival International du court-métrage de Clermont-Ferrand qui s’est ouvert le 1er février et s’est achevé le samedi 9, a rendu hommage au nouveau cinéma indien (7 séries de films) avec la présence de son réalisateur phare Umesh Kulkami. Il avait, comme autre programmation dominante, une rétrospective "Particules imaginaires"(3 séries) avec des films qui ont conduit le public dans le domaine de la science.

A ces deux séries de projections sont venus s’ajouter les programmes récurrents que sont "l’international" (14.séries de films), le "national"(12), le "labo" (5), le "décibels !" (2), le "Film en région" (2), une "carte blanche" à la Production Ecce films (2) qui, depuis dix années, a permis à une quarantaine de courts métrages de voir le jour. "Les trente ans de l’Agence du Court Métrage(2), "Canal +" (1), "enfants" (1), "école" (5), "collections’ (6).

Au total, une soixantaine de programmes dont il est difficile de faire le tour même quand on assiste quotidiennement à cinq projections…

A noter, que pour la première année, plus aucun des films de la programmation n’a été projeté en format 35mm.

RAPPEL A PROPOS DU FILM COURT :

Le court-métrage bénéficie de plusieurs sources de financement possibles.

- Le CNC qui, sur décision d’une commission de sélection, accorde une contribution financière qui s’élève (selon les données 2012) en moyenne à 68 200 € par projet retenu.

- L’aide au programme d’entreprise qui est allouée à une société pour le soutien d’un à trois projets, sous réserve de nombreuses conditions. Il faut que la société soit en mesure de prouver qu’au cours des dernières années, les courts-métrages produits ont fait l’objet d’une diffusion en France et à l’étranger, qu’ils ont été retenus par des festivals, qu’ils y ont obtenu des prix, qu’ils ont été vendus à des chaînes de télévision. Si elle a satisfait à ces conditions, en totalité ou en partie, la société attribue une aide qui s’élève en moyenne à 75 760 € (à quoi peut s’ajouter une aide à la qualité si le projet n’a pas obtenu de financement du CNC).

- Un projet de court métrage peut être présenté au compte de soutien à l’industrie des programmes audiovisuels s’il a été pré-acheté par un diffuseur français.

- Les chaînes de télévision, (essentiellement France 2, France 3, Canal + et Arte) sur la base de la politique du pré-achat. Arte qui n’aide que les projets qui ont obtenu une aide sélective (CNC, Régions ou autres) distingue les courts métrages (jusqu’à 29’) des moyens métrages (entre 30 et 59’) même si, juridiquement le moyen métrage n’a pas d’existence. La chaine Arte finance un projet à raison de 1100 € la minute jusqu’à la quinzième minute et 550 € de la seizième à la vingt-neuvième minute. La chaîne ne s’engage sur des coproductions que pour les films d’animation. Les chaînes régionales peuvent également intervenir dans le financement d’un film mais de façon plus modeste. Il est à noter que les chaînes de la TNT ne s’investissent pas du tout dans le court-métrage.

- Les Collectivités territoriales, les Régions, les Départements ou les municipalités peuvent apporter leurs propres aides, ainsi que l’ADMI qui prend en charge, dans certains cas, en partie ou en totalité, le salaire des comédiens.

La première "fenêtre d’exploitation" d’un court-métrage est sa diffusion dans les festivals.

En France, il en existe 400, environ. Il s’agit d’une première étape qui, si elle permet aux films sélectionnés de se faire connaître, ne rapporte rien sur le plan économique.

Et lorsqu’un film est récompensé, la somme attribuée à l’œuvre revient au réalisateur.

En retour, plus un film aura été sélectionné, plus il aura obtenu de prix, plus le producteur accumulera des points pour l’aide du CNC.

Autant dire qu’entre le projet d’un court-métrage et sa récompense au palmarès d’un festival, le parcours est long, semé d’obstacles et que rares sont les projets qui auront bénéficié à la fois de l’aide du CNC, de celle d’une région et de l’aval d’une chaîne de télévision…

Plus nombreux seront ceux qui resteront sur la touche, et ne connaîtront jamais les honneurs du petit ou du grand écran…

LE PALMARES 2013

Cette année, le film qui aura été le plus cité au moment du Palmarès, est un film français de Xavier Legrand " Avant que de tout perdre".

Il a cumulé " Le prix de la presse Télérama", "Le grand prix" et "Le prix du public" et "Le Prix de la jeunesse".

C’est beaucoup même pour un film dont les qualités sont indéniables : une construction parfaite qui permet à chaque élément du récit de rebondir pour installer un suspense aussi haletant que dans un triller, une interprétation de haute volée (Léa Drucker, Anne Benoît, Denis Menochet…), des personnages parfaitement dessinés jusqu’à la plus petite apparition.

A cela on peut ajouter le sujet, la violence conjugale, un décor familier au spectateur, celui d’une grande surface.

"Avant que de tout perdre" est le reflet d’un cinéma français irréprochable.

Il faut cependant savoir qu’il a été produit par Alexandre Gavras (un nom qui résonne) et qu’il a bénéficié pour sa fabrication, de la participation de Canal+, de celle du CNC, de celle de la Région Franche-Comté et du concours de la fondation Beaumarchais-SACD.

Un vrai "sans faute" !

Le Prix spécial du jury est revenu à un autre film français, signé Fabien Gorgeard "Le sens de l’orientation" d’inspiration beaucoup plus originale mais souffrant sans doute, pour être mieux récompensé, d’un scénario trop subtil.

Mathieu aide son ami Eliott dans la recherche d’une église qui conviendrait au décor du film qu’il prépare. Une échappée joyeuse qui leur permet de faire le point sur eux-mêmes et sur la profondeur de leurs relations.

C’est un film parfaitement abouti dont le sujet répond mieux au format du court que " Avant que de tout perdre". Un film drôle, libre sur lequel plane l’ombre du questionnement des trentenaires bien sonnés.

Le Prix du public pour la compétition internationale est revenu à "Penny Dreadful" de Shane Atkinson (Etats-Unis)

La sympathie du public est tenace pour les sujets rabattus, pourvu qu’il y ait, parmi les personnages, une gamine insupportable. Ici comme des dizaines de fois ailleurs, elle a été kidnappée par deux hommes dont elle viendra à bout en se révélant une petite peste, qui, à force d’être exigeante, inverse la donne.

On a vu ça des dizaines de fois au cinéma mais les vieilles recettes marchent toujours.

Ceci dit, certaines scènes sont très drôles et l’interprétation de la fillette est parfaite.

Le Prix de la meilleure photographie ressemble un peu à un prix de compensation. Il est allé à deux films " Ce chemin devant moi" de Mohamed Bourokba et "Lisières" du comédien Grégoire Colin. Ce dernier qui aborde le problème de la vie dans un camp de Roms est une œuvre aboutie.

Le Grand Prix de la Compétition internationale est allé à " Para armar un helicoptero" de Isabel Acevedo (Mexique) dont le récit nous plonge dans un immeuble occupé par des migrants confrontés à une électricité capricieuse. Les occupants, parmi lesquels un adolescent passionné de jeux vidéo, inventent toutes sortes de moyens bricolés pour maintenir le courant dans l’immeuble…

Dans la Compétition " Labo" , "A story for the Modlins" de Sergio Oksman (Espagne) qui a obtenu le Grand Prix et le Prix du public méritait amplement d’être couronné.

Parmi les figurants d’une scène de "Rosemary’s Baby", le célèbre film de Roman Polanski, Sergio Oksman a privilégié un comédien de l’ombre qui n’est jamais parvenu à percer à Hollywood, Elmer Modlin. A la suite de cet échec, celui-ci s’est retiré avec sa femme et son fils dans un appartement du centre de Madrid. La découverte de photographies et de documents, trouvés un jour sur le trottoir devant l’immeuble, révèle que cette famille est restée cloîtrée pendant plus de trente années. Le puzzle de ces existences est méticuleusement reconstitué.

Le Prix du Rire "Fernand Raynaud" est allé au, c’est vrai, très drôle " Helmut" de Éric et Rose

Turpin.

Une mère très bon chic bon genre qui a été, en son temps, une fanatique du comédien Helmut Berger entraîne sa fille, une gothico-punko-râleuse, dans un pèlerinage sur les traces de Louis II de Bavière, autour du château qui a servi de cadre au " Crépuscule de dieux " de Luchino Visconti. Le voyage vire au malentendu. Et c’est rigolo.

Le Prix aurait tout autant revenir à " 32, Boulevard de Magenta" de Nadège Abadie. La patronne d’un salon de coiffure écoute depuis des décennies, les propos de ses clientes. Elle joue le jeu mais conclut "Je préfère passer pour une imbécile auprès de cons".

" Les lézards" de Vincent Mariette méritait largement une récompense, tout comme ses interprètes Benoît Forgeard et Vincent Macaigne…Mais aussi " Rodri" une coproduction franco-colombienne de Franco Lulli, "Pin-up" de François Gallou ou "Kingstone Avenue" de Armel Hostiou.

Ils sont des dizaines d’autres à mériter des distinctions parmi les (plus de trois cents) films projetés et les 6000 œuvres qu’a reçues le comité de sélection du Festival.

Cette année, avec plus de cent cinquante mille spectateurs (chiffre en constante progression) le Festival international de Clermont-Ferrand a, une fois de plus, satisfait son public assidu, avec une programmation variée et des films très contrastés, même à l’intérieur d’une même programmation.

Un enthousiasme revigorant du public. Une réussite totale !

Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « Laissez bronzer les cadavres »
    Au bord de la Méditerranée, en plein été, sous un soleil de plomb. Pour cacher leur butin, deux cent cinquante kilos d’or en barre, fruit de l’attaque d’un fourgon, Rhino et ses comparses ont trouvé... Lire la suite (15 octobre)
  • « Bricks »
    La fabrication des briques espagnoles incarne la réussite puis la faillite économique d’un pays. La destruction d’un matériau symbolique sacrifié par la crise, par l’abandon de chantiers de... Lire la suite (15 octobre)
  • « The square »
    Christian est un homme divorcé qui aimerait consacrer plus de temps à ses deux jeunes enfants. Conservateur d’un musée destiné à exposer des œuvres d’art contemporain, il appartient à cette catégorie... Lire la suite (14 octobre)
  • « L’Assemblée »
    Le 31 mars 2016, place de la République à Paris, naît le mouvement « Nuit Debout ». Ce seront, au quotidien et pendant trois mois, des rassemblements pacifistes qui ne sont pas des manifestations de... Lire la suite (14 octobre)
  • « L’école buissonnière »
    Paul, une douzaine d’années, a toujours vécu entre les murs d’un orphelinat. Lorsqu’il est confié à Célestine, une dame de la campagne, sa vie va totalement changer. Célestine qui sert au château est... Lire la suite (11 octobre)