Fiches argumentaires

Fiche Collège N°2

Les dangers du livret de compétences au collège.

Les problèmes posés par la définition du socle commun

La loi Fillon a prétendu régler une fois pour toutes les problèmes du collège en instituant un socle commun que tous les élèves doivent (théoriquement) maîtriser avant de quitter le système éducatif.
L’idée de définir « ce que nul élève n’est censé ignorer en fin de scolarité obligatoire sous peine d’être marginalisé » est une idée a priori séduisante mais le socle commun défini par le décret du 11 juillet 2006 ne peut pas régler la question de la difficulté scolaire. Bien au contraire, il ne peut que maintenir dans le malentendu cognitif les élèves les plus éloignés de la culture scolaire.

Certes, ce socle est plus étoffé que ne le prévoyait la loi Fillon, mais il reste marqué par une vision réductrice des savoirs qui ne permet pas de faire entrer les jeunes dans la culture ; il privilégie l’acquisition de compétences transversales dont certaines sont totalement déconnectées des disciplines et l’adoption par les élèves de comportements formatés soumis à évaluation (« respecter les autres », « participer à des activités d’intérêt général »…).

Il marginalise des disciplines (arts plastiques, éducation musicale, technologie et EPS) qui risquent de se trouver à terme transférées vers l’accompagnement éducatif, il écrase des pans entiers de la culture et conçoit des individus privés de corps. Il engage les élèves à considérer l’humanisme et la culture comme la mémorisation de quelques repères historiques, littéraires et artistiques et non comme une attitude fondamentale vis à vis du monde.

Il crée un clivage entre deux types d’élèves : ceux pour lesquels il représente un horizon indépassable (« l’objectif-cible » dans les collèges de l’éducation prioritaire, par exemple) et ceux qui seraient « naturellement » destinés à poursuivre des études au lycée puis dans l’enseignement supérieur.

Sous couvert de garantir (ou plutôt de promettre) un minimum à tous, il dessine une école du tri social tempérée par quelques initiatives savamment médiatisées pour faire croire à « l’égalité des chances » qui visent à sauver les élèves jugés les plus méritants.

Les problèmes posés par l’évaluation du socle commun


Chacun des 7 piliers du socle est décliné en domaines qui comprennent des items disparates
(connaissances, capacités, comportements) et de niveaux variés. Tous ces items sont-ils évaluables ? Comment juger qu’un domaine est « acquis » ? Où mettre le curseur ? Comment trancher quand un item se situe au carrefour de plusieurs disciplines ?

Bon nombre d’items concernent des compétences transversales (traiter l’information, résoudre des problèmes, prendre des initiatives, observer) qui n’indiquent pas les objets sur lesquels elles portent. _ Comme le souligne Bernard Rey, spécialiste international de la question des compétences,
- ces compétences générales sont les plus intéressantes, celles dont tout le monde rêve, mais on ne peut pas les évaluer car elles n’existent pas en tant que telles : « résoudre un problème » ne renvoie pas, en maths, aux mêmes démarches mentales qu’en histoire ou en technologie. « Emettre des hypothèses » en maths n’a rien à voir avec « émettre des hypothèses » en français pour terminer un récit. Même dans les cas les plus favorables où c’est la même démarche mentale qui est sollicitée, toutes les études concordent pour reconnaître qu’il y a un problème de transfert. Les psychologues ont en effet établi qu’un individu capable de mettre en œuvre une démarche mentale donnée dans un domaine donné n’est pas forcément capable de le faire dans un autre domaine.
- Parmi les autres compétences du socle, qu’il appelle « compétences spécifiques » pour les distinguer des « compétences générales », Bernard Rey affirme qu’on ne peut évaluer que les « connaissances à mémoriser » et les « procédures de base » car ce sont les seules qu’on enseigne vraiment aux élèves.
- Les « compétences avec mobilisation » sont les plus intéressantes mais aussi les plus difficiles à faire acquérir, et donc à évaluer. Car un élève peut maîtriser toutes les procédures de base qu’on lui a enseignées sans forcément saisir, dans une situation scolaire donnée, la(les)quelle(s) il doit utiliser pour résoudre le problème qui lui est posé. Comment alors peut-on juger qu’il est capable d’utiliser « à bon escient » telle ou telle démarche ?

Il y a par ailleurs, dans le socle, toute les compétences qui renvoient au jugement de la personne dans le cadre d’une éducation normative (« avoir un comportement responsable », « avoir une bonne maîtrise de son corps », « faire preuve d’initiative »…) et dont l’évaluation ne peut qu’être subjective.

Ne rien se laisser imposer cette année

L’arrêté du 9/07/09 ne prévoit la validation de la totalité du socle qu’à la session 2011 du brevet. Pourtant la note de service parue au BO n° 40 du 29 octobre 2009 laisse entendre que les personnels doivent renseigner dès cette année l’attestation de la maîtrise du socle.

Or l’enquête que nous avons réalisée en juin dernier sur le DNB a révélé que 82,1% des enseignants qui ont répondu ne s’estiment pas prêts à participer à l’évaluation du socle cette année.

Déjà la validation du niveau A2 et du B2i a posé de multiples problèmes et mis en évidence une mascarade d’évaluation…. même là où les collègues s’étaient mobilisés pour élaborer des grilles rigoureuses d’évaluation. Nombre d’entre eux ont souvent dû valider ces deux attestations uniquement dans le but de ne pas pénaliser les élèves dans l’obtention de leur brevet.

Le collège risque de devenir le lieu d’une évaluation incessante au détriment de celui de la construction patiente de savoirs solides et formateurs.

Comment ne pas faire, par ailleurs, le lien entre la validation de la maîtrise du socle et les contrats d’objectifs qui s’imposent à tous les collèges ? Des principaux ont refusé d’inscrire tel ou tel élève au brevet ou ont validé le B2i ou le niveau A2 dans le dos des enseignants afin de ne pas faire chuter les taux de réussite.

Enfin, la charge de travail serait considérable pour le professeur principal, chargé de faire la synthèse des items validés par chacun de ses collègues alors qu’aucun temps n’est prévu pour la concertation des équipes.

Pour toutes ces raisons, le SNES appelle les personnels à ne pas se laisser imposer l’utilisation de ce livret qu’aucun texte réglementaire ne généralise encore et à utiliser cette année pour débattre avec la profession comme avec les parents d’élèves des problèmes que pose l’évaluation du socle.

Il met sur son site à la disposition des collègues un argumentaire pour les aider à convaincre et à organiser le refus collectif.

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