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Gabon, présence des esprits au Musée Dapper

Au Gabon, comme chez de nombreux peuples africains, vivants et disparus demeurent liés par le culte des ancêtres. Les œuvres les plus connues des arts du Gabon sont les reliquaires. Réceptacles des crânes et autres ossements ayant appartenu aux défunts, ils sont surmontés d’une figure sculptée dans le bois ou le métal. On peut admirer des reliquaires Fang qui reproduisent la forme humaine, des reliquaires Kota plus stylisés où le visage est orné de bandes de laiton et de cuivre et enfin des reliquaires Mahongwe aux traits plus géométriques.

figure de reliquaire Kota-Mahongwe

D’autres pratiques rituelles qui s’échelonnaient au rythme de la périodicité des cultes ou au gré d’événements comme une épidémie, une famine, nécessitaient des supports particuliers, des figures en bois par exemple. On peut ainsi admirer une statuette fang androgyne, avec un pénis et des petits seins, une barbichette (vieillesse) et un nombril saillant (enfance) qui symbolise bien les relations ininterrompues entre les morts et leurs descendants, quels qu’en soit le sexe ou l’âge. Les coiffures sont sophistiquées et élégantes. Les figures gardent encore la trace d’huile de palme dont on les enduisait lors des rituels de divination et d’offrandes, ce qui les rend à la fois plus belles et plus mystérieuses. Les masques aussi étaient très présents lors des cérémonies cultuelles. L’exposition nous offre une série de masques Punu avec souvent des scarifications en losange sur le front et les tempes et une haute coiffure avec une coque centrale. Ces masques se transmettaient de génération en génération et renvoient à des figures féminines en général. Les danseurs vêtus de cotonnade ou de raphia, souvent juchés sur des échasses les portaient à l’occasion des rites liés à la mort d’un individu important, à la fin de la période de deuil, pour la naissance de jumeaux, lors de l’initiation des jeunes ou pour les fêtes populaires.
Au premier étage du musée, on peut admirer d’autres objets, révélateurs de la grande créativité des peuples du Gabon, parures de tête, couteaux et cuillères en bois ou ivoire aux manches décorés de motifs anthropomorphes avec des coiffures en forme de casques ou relevées sur le sommet de la tête, destinées aux nourritures sacrées nécessaires pour une communication ritualisée avec les esprits.

harpe Fang

Parmi les instruments de musique on peut noter une harpe ornée d’un visage délicat. Comme toujours au Musée Dapper, la présentation met en valeur la beauté esthétique des objets présentés, qui avaient dès le début du vingtième siècle retenu l’attention d’artistes comme A. Derain, A. Lhote ou Picasso ainsi que de grands marchands comme Paul Guillaume. Les cartels fournissent aussi quelques explications sur la signification symbolique et rituelle des œuvres présentées. Une très belle exposition dans un petit musée où l’on n’est pas gêné par la foule et qu’il ne faut absolument pas manquer.
Micheline Rousselet

Musée Dapper, 35 rue Paul Valéry, 75116 Paris, ouvert tous les jours de 11h à 19h sauf le mardi, nocturne gratuite le dernier mercredi du mois jusqu’à 22 heures. Jusqu’au 22 juillet 2007. http://www.dapper.com.fr

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