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Un film de Claire Simon (France)

"Gare du Nord" Sortie en salles le 11 septembre 2013

Dans ses films, Claire Simon s’est souvent attachée à des lieux.

Ici, elle a choisi la gare du Nord, 1ère gare d’Europe, 3ème gare au monde pour faire de ce périmètre en apparence anonyme, où passent 700 000 voyageurs par jour, 2 millions par an, un endroit intime où peuvent se faire des rencontres, s’entretenir des relations suivies amicales ou amoureuses.

Avec son film, la réalisatrice tord le cou à toutes les idées reçues, à la réputation de "coupe gorge" de cette gare parisienne.

Comme des milliers de vies qui s’y croisent, Ismaël, Mathilde, Sacha et Joan vont s’y rencontrer et y prendre leurs marques.

Pour Mathilde c’est un passage obligé, pour Ismaël c’est une nécessité puisqu’il a décidé d’écrire sa thèse de troisième cycle sur la gare du Nord, pour Sacha c’est l’endroit où il espère retrouver sa fille de dix-sept ans qui a fait une fugue. Quant à Joan, qui travaille pour une agence immobilière, c’est un lieu de transit et de rendez-vous avec la clientèle entre Lille, Londres et Paris.

Mathilde, professeur d’université en arrêt maladie, s’intéresse au travail d’enquête d’Ismaël. Leurs rencontres régulières vont les amener à un rapprochement amoureux.

L’enseignante a été la professeure de Joan qui traverse une zone de turbulence conjugale et Sacha qui est connu (comme c’est le cas de François Damiens) pour ses émissions de caméra cachée, ne cesse de montrer aux habitués de la gare, une photo de sa fille en fugue.

Claire Simon découvre la pratique du cinéma aux Ateliers Varan et réalise dans un premier temps des films documentaires remarqués à leur sortie comme " Récréations" sur la cruauté d’une cour d’école maternelle ou "Coûte que coûte" sur les difficultés d’une petite entreprise "familiale".

Dans "Gare du Nord" , on retrouve la documentariste non pas en ce qui concerne les histoires des personnages principaux mais pour tout ce qui, dans son film, est à la marge du sujet central. Tout ce qui semble être pris sur le vif, tout ce qui touche au rituel, aux activités souterraines du lieu.

Elle nous fait découvrir, au hasard des rencontres de l’un ou l’autre des personnages, la "faune" qui fréquente la gare : les jeunes blacks banlieusards qui en font leur Q.G., les clochards, les commerçants, les dragueurs, ce monde d’habitués qu’elle intègre avec beaucoup de fluidité au motif central.

Et c’est ainsi qu’elle nous donne à voir, en même temps qu’elle nous raconte de vraies fictions, l’intimité et la vie secrète de ce lieu en apparence tout entier voué à l’anonymat.

Il y a une grande part de poésie dans le film de Claire Simon, beaucoup d’amour, beaucoup de souffrance et il n’est pas certain que " Gare du Nord" ne soit pas aussi un tableau vivant, rude et grinçant de la France d’aujourd’hui.

Y apparaissent ces gens sur-diplômés avec des professions subalternes, des immigrés qui échappent à la malédiction de leur pays, une jeunesse désœuvrée offerte aux trafics de toutes sortes ou cette employée de la boutique de lingerie qui vit l’arrachement à sa Picardie natale touchée par la crise ou le chômage comme un exil violent, au même titre que celui d’un algérien ou d’un congolais venu en France pour travailler.

"Gare du Nord" est un très beau film, tendre et cruel, très abouti, qui doit autant aux excellents comédiens que sont Nicole Garcia (ici, elle ne "mitraille" pas ses répliques !) Reda Kateb ou François Damiens, aux apparitions fugaces telles que celles de Jacques Nolot, de Lou Castel, d’André Marcon qu’aux anonymes qui donnent lieu tour à tour à des scènes savoureuses autant qu’à de touchants témoignages.

Francis Dubois

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