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Groupes de compétences en langues vivantes : pourquoi nous les refusons (académie de Créteil)

22 avril 2010

 

Lors du dernier stage syndical « Langues vivantes » organisé par le SNES Créteil (8 avril 2010), la cinquantaine de collègues présents a débattu et amendé la motion proposée par le lycée Flora Tristan de Noisy-le-Grand. En voici le résultat.

Texte de refus d’application de la réforme pour l’apprentissage des langues vivantes en Lycée parue dans Le Bulletin Officiel spécial N°1 du 4 février 2010.

Notre texte de refus est motivé par les raisons suivantes :

1) « GROUPES DE COMPETENCE » OU « GROUPES DE NIVEAU » ?

La demande nous est faite de diviser les élèves en groupes de compétences sans définir les modalités d’organisation des groupes, ni le nombre d’élèves préconisé par groupe, ni les modalités de passage des élèves d’un groupe à l’autre.

Il se dégage pourtant des divers textes, dont le nouveau programme de 2de, que les groupes de compétences deviennent des groupes de niveau puisqu’il s’agit d’évaluer le niveau de compétences des élèves à leur arrivée au lycée dans chaque activité langagière selon le référentiel du CECRL (Cadre européen commun de référence pour les langues) et constituer des groupes dont le travail sera axé sur une compétence langagière dominante. Les groupes étant modulables, après un nombre de semaines à définir, il faudrait procéder à une nouvelle évaluation et à une reformation éventuelle de tout ou partie des groupes.

2) LES GROUPES DE COMPETENCES NE REPONDENT PAS A NOTRE CONCEPTION PEDAGOGIQUE :

Etablir une activité langagière dominante par groupe de compétences (compréhension de l’oral, compréhension de l’écrit, expression orale en interaction, expression orale en continu et expression écrite) rendra non seulement le travail monotone et lassant pour les élèves mais cette démarche va à l’encontre de tout ce qui a été préconisé depuis plusieurs années, à savoir : construire des séquences autour d’une problématique (donc, privilégier le sens) en se servant de supports variés (textes, documents audio et vidéo, documents graphiques, peintures, etc.) en alternant et en combinant les cinq activités langagières. Elle peut même être contraire dans certains cas aux programmes de LV.

Cette organisation des apprentissages morcèle l’enseignement avec une inévitable perte de sens liée à un manque de synthèse et laisse trop de côté d’autres aspects tout aussi importants à savoir les aspects culturels et de civilisation.

De plus, l’évaluation permanente qui en découlerait se ferait au détriment des apprentissages et il est évident que ce recours constant au « CCF » (contrôle en cours de formation) menace à court terme les épreuves terminales nationales (épreuves du Baccalauréat) qui nous semblent indispensables pour assurer une évaluation équitable de tous les élèves.

3) LES GROUPES DE COMPETENCES SONT CONTRE-PRODUCTIFS POUR LES ELEVES LES PLUS FAIBLES :

Les élèves faibles, c’est-à-dire ceux qui n’ont pas atteint le niveau A2 pour la LV1 et A1/A2 pour la LV2 à la fin du collège, ont souvent des difficultés dans d’autres matières en dehors des langues et sont généralement des élèves démotivés, parfois perturbateurs (inattention, bavardages, agitation) ou muets en classe. Constituer des groupes d’élèves faibles après une évaluation en début d’année équivaut à les stigmatiser dès leur entrée en lycée, les confortant dans l’idée qu’ils sont « nuls » ou « mauvais ». Créer des groupes avec des élèves qui posent des problèmes de comportement et/ou d’apprentissage nous semble contre-productif pour les faire réellement progresser.

Prétendre qu’après une courte période de travail en groupe de compétences les élèves faibles, réunis tous ensemble et travaillant de cette manière, combleront leurs lacunes, surmonteront leurs difficultés et deviendront « forts », nous semble déconnecté des réalités. Il nous paraît au contraire beaucoup plus probable que les élèves faibles resteront dans des groupes faibles tout au long de l’année et nous pensons que certains de ces groupes deviendront vite ingérables pour les enseignants.

4) LE FONCTIONNEMENT DES GROUPES DE COMPETENCES REND IMPOSSIBLE L’INTEGRATION DES PROFESSEURS DE LANGUES DANS LES PROJETS DES DIFFERENTES EQUIPES PEDAGOGIQUES :

Les professeurs de langues enseignant dans des groupes de compétence qui réuniraient des élèves de x Secondes différentes, ne pourraient s’intégrer à aucune équipe pédagogique avec les conséquences néfastes que cela aurait (difficulté à s’insérer dans les projets mis en place par les équipes, impossibilité de traiter les problèmes posés par certains lycéens au sein d’une équipe soudée et solidaire attentive au suivi personnalisé de chaque élève). Par ailleurs, cela va à l’encontre de ce qui est demandé dans le nouveau programme de 2de. à savoir « la convergence des enseignements de diverses matières » ou les projets interdisciplinaires. En effet, pour des raisons évidentes, un professeur de langue ne pourra pas travailler avec un collègue d’une autre matière s’il enseigne dans un groupe réunissant des élèves de x classes différentes. Et accentuera les difficultés pour organiser voyages ou sorties.

Les groupes modulables empêchent l’établissement d’une relation enseignant / élève basée sur la connaissance mutuelle et la confiance qui en découle et qui a besoin de temps pour s’établir. Cette relation nous semble indispensable pour faire progresser les élèves, surtout les plus faibles.

5) LES GROUPES DE COMPETENCES PRIVENT LES PROFESSEURS DE LANGUES D’UNE VISION GLOBALE SUR TOUTE LA CLASSE

Il est clair qu’en enseignant dans des groupes ainsi constitués les professeurs de langues ne pourront plus être professeurs principaux d’une classe, privant le lycée d’un vivier de professeurs principaux motivés. Mais au-delà, comment juger du niveau d’une classe ? Quel avis au Conseil de classe ? Quelle moyenne sur le bulletin, classe ou groupe ?

6) LES GROUPES DE COMPETENCES MODIFIABLES EN COURS D’ANNEE PRESENTENT DE MULTIPLES DIFFICULTES D’ORGANISATION :

Les groupes de compétences modifiables en cours d’année nécessiteront un alignement des horaires de tous les professeurs. Par ailleurs, il sera impératif de dégager des plages horaires pour une concertation constante et accrue des enseignants. Or ceci n’est pas prévu, ni en heures, ni en rémunération. Harmoniser les pratiques pédagogiques de toute une équipe (forcément variable d’année en année et comprenant titulaires, TZR en service dans deux voire trois établissements, stagiaires et contractuels remplaçants) nous semble impossible. Les groupes de compétences sous-entendent la nécessité de progression parallèle, de devoirs communs, et impliquent l’abandon d’une part de liberté pédagogique.

7) LES GROUPES DE COMPETENCES VONT A L’ENCONTRE DES AMBITIONS AFFICHEES PAR LE GOUVERNEMENT EN FAVEUR DU BILINGUISME DES LYCEENS :

Bien évidemment, nous sommes pour l’élévation du niveau des compétences en langues des élèves. Mais cela ne pourra se faire qu’en travaillant dans des groupes à effectifs réduits (15 élèves maximum par classe afin de permettre la prise de parole de tous) avec un minimum de 3 heures hebdomadaires par langue. Les groupes de compétences ne remplissent aucune de ces conditions.

Pour toutes ces raisons, nous refusons cette organisation des enseignements de langues vivantes ; elle n’est d’ailleurs que préconisée, en aucun cas obligatoire et doit être votée par le CA de l’établissement.

Retrouvez ci-dessous les références au Code de l’éducation, version consolidée au 12 avril 2010

* Partie réglementaire

* Livre III : L’organisation des enseignements scolaires

* Titre Ier : L’organisation générale des enseignements.

* Chapitre II : Dispositions propres à certaines matières d’enseignement.

* Section 3 ter : L’enseignement des langues vivantes étrangères... voir surtout D312-17

 
 

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