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Histoire-Géographie dans la réforme du lycée : inacceptable

Plusieurs appels provenant de l’APHG ou encore des universitaires ont été bien relayés par la presse écrite et radio. Ils refusent toute réforme qui supprimerait l’histoire-géographie en terminale en série S. Mais ils laissent de côté bien des aspects inquiétants pour notre discipline dans le projet Chatel.
Le SNES, et en son sein le groupe contenu Histoire-Géographie, mène une réflexion globale sur le système scolaire et en particulier sur le lycée. Ses réactions sont fondées sur une approche de l’ensemble des attaques disciplinaires, disciplines que nous appelons à être articulées dans le projet de la culture commune que devraient partager tous les élèves. Dans le cas de la terminale S, la suppression de l’HG semble ne répond pas à une logique de renforcement du pôle scientifique !

L’intersyndicale a rédigé un texte-pétition, qui liste l’ensemble des attaques disciplinaires, et qui a été proposé aux différentes associations de spécialistes. Il est disponible en ligne à l’adresse suivante : http://www.pascettereformedeslycees.org/

En tant que professeurs d’histoire-géographie, nous nous devons de nous interroger sur l’architecture d’ensemble prévu par la réforme, qui donne lieu à une communication mensongère de la part du ministère : quels liens avec les autres disciplines, en terme de programmes, notamment ? Que deviennent nos pratiques de classe, avec la suppression des modules ? Quel rôle aurions-nous dans la mise en place de nouveaux enseignements tels que « Droit et grands enjeux du monde contemporain » en terminale L ? Que devrions-nous enseigner alors que semblent découplées, dans la réforme, connaissances et méthodes (méthodes que l’on n’aborderait qu’en terminales L et ES, et des connaissances glissant vers un « récit ») ? Quelles nouvelles missions aurions-nous à assurer dans l’ « accompagnement » avec nos collègues ?

Nous restons stupéfaits d’apprendre, après notre entrevue le 25 novembre dernier avec l’Inspection Générale, que les programmes sont d’ores et déjà définis dans leur grande trame en première, un programme commun aux trois séries : le XXème siècle en histoire, l’Europe et la France en géographie (4h hebdomadaires). En terminale ES et L, 4 h hebdomadaires en histoire et en géographie sur le monde depuis 1989 (histoire, géographie et géopolitique) et une réflexion particulière axée sur les méthodes et les outils utilisés dans l’enseignement supérieur. Pour la série S : une épreuve anticipée en fin de première, et, en option, en terminale S, 2h hebdomadaires sur le monde depuis 1989 (histoire, géographie, géopolitique), pour les élèves qui envisageraient le concours de sciences po et les écoles de commerce.

Cela est inacceptable, pour plusieurs raisons :

- Il aurait fallu commencer par s’interroger sur le fond : qu’est-ce que nos élèves doivent apprendre au cours de ces années de lycée, pour leur vie de citoyen et pour leurs futures études ? Il semble que les programmes arrivent après la conception de l’architecture de cette partie de la scolarité. De ce fait, aucune réflexion sur les interractions entre programmes des différentes disciplines n’a été menée, alors que l’on sait que c’est ce qui donne du sens aux savoirs que l’on enseigne respectivement dans chacune de nos disciplines.
Le principe de placer l’histoire-géographie dans le tronc commun de la classe de première, avec une épreuve anticipée pour la série S, soulève plusieurs problèmes graves, à commencer par la réduction des horaires dévolus à la discipline (actuellement 5 h sur les deux années, 4 h en 1ère dans les projets ministériels). Ensuite, quelle épreuve de baccalauréat (surtout si les méthodes ne sont vues qu’en terminale !) ? Et aussi, cela corsète les programmes pour toutes les séries, puisque nos enseignements y seront identiques. Comment différencier dans notre préparation les élèves de ES et L appelés à passer une épreuve de bac sans doute plus ambitieuse que les S ? Cela force aussi à accélérer les apprentissages en deux ans pour arriver à 1989, tandis que les élèves de S ne verront rien de la mondialisation, qui sera abordée en terminale...
On a du mal à comprendre, donc, l’équilibre qui sortira de cette réforme ainsi formulée.

- Nous souhaitons une toute autre réforme, qui ne mènerait pas à une scandaleuse répétition des programmes de collège en lycée (car ce qui se profile est bel et bien une reprise en lycée de ce qui est abordé en collège, l’année de première ressemblant à s’y méprendre à celle de 3ème).
Le projet de culture commune du SNES place en l’histoire-géographie au lycée, quelles que soient les séries, une toute autre finalité.
Ainsi, faire de 1989 une date charnière est dangereux et contestable : rupture temporelle politique dans le monde occidental, elle semble marquer, posée à la fin de l’année de première (et de bac pour les S !) une « fin de l’histoire » (« fin » dans son sens polysémique !) tandis que l’apprentissage géographique nous ramène au périmètre étroit du territoire national et de l’espace européen. Elle rejette à l’année de terminale une histoire du temps présent et une ouverture sur l’espace mondial. Qu’en est-il d’une véritable réflexion sur les temporalités du champ social, économique, sur celles des autres « civilisations », encore exclues de nos objets d’étude ?
Comment permettre à nos élèves de se construire dans la « succession des générations », quand le temps court et immédiat, approfondi en terminale, rogne le temps long et les éclairages que nous apportent l’étude des périodes antiques, médiévales et modernes ?
Nous craignons un retour à une histoire politique s’inscrivant dans une histoire et une géographie enseignées à des fins civiques et patrimoniales. Face à un pouvoir qui manipule sans complexe l’histoire, qui entend l’instrumentaliser et parallèlement se servir de l’institution pour « former », selon sa conception, la jeunesse, le travail de réflexion, de critiques et de proposition du SNES est plus que jamais nécessaire pour faire entendre la profession. Il y a en effet une réelle nécessité de redoubler de vigilance face aux tentatives d’instrumentalisation de l’histoire et de la mémoire collective. Dans ce contexte, il est crucial de s’emparer des questions relatives à la redéfinition des programmes scolaires et des missions de l’Education nationale. Il s’agit de défendre d’autres choix quant aux programmes, aux finalités de notre discipline.
Là où nous proposons, au SNES, un renouvellement de nos enseignements avec de l’histoire globale et comparée, l’introduction de l’histoire thématique, de la géo-histoire, l’étude de civilisations extra-européenne, le retour de l’histoire économique et sociale qui réintroduise les acteurs, il semble bien que le ministère décide d’un enseignement conservateur et rétrograde.
Et la spécialité « histoire-géographie » ? Là encore, c’est une de nos propositions qui permettrait de revitaliser la série L, qui n’a pas été entendue.

Nous attendons une réforme porteuse de sens pour nos élèves, avec des savoirs disciplinaires transmis par des programmes construits en cohérence les uns avec les autres.
C’est la raison pour laquelle nous vous appelons à vous mobiliser CONTRE la réforme Châtel POUR une réforme ambitieuse du lycée.

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