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Un film de Juan Lozano et Hollman Morris (Suisse-France-Colombie)

"Impunité" Sortie en salles le 25 avril 2012

Depuis des générations, les colombiens sont pris dans une spirale de violences et de guerre. Le pays connaît le conflit le plus long de l’histoire, dans l’indifférence du reste du monde.

La violence et la barbarie y sont à l’état endémique.

Pendant dix ans, des groupes paramilitaires, avec la complicité du pouvoir, sous prétexte de mener une lutte contre les guérillas communistes, ont semé la terreur dans des centaines de villages, décapitant, torturant, dépeçant des milliers d’innocents, hommes, femmes, enfants et vieillards.

Un dernier recensement fait état de 60 000 disparus, de 130 000 morts et de 3 millions et demi de déplacés.

Aujourd’hui, les chefs paramilitaires sont confrontés à la justice dans un processus mis en place, appelé "Justice et paix" et doivent rendre compte des massacres.

Le processus engagé, parce qu’il remonte la piste des commanditaires jusqu’au sommet de l’État, se heurte à une lenteur de procédure et à des contournements de condamnations tels que l’extradition de nombreux chefs paramilitaires vers les États-Unis, où ils ne seront pas jugés pour leurs actes criminels mais pour trafic de drogue.

Cependant, un tiers du parlement a été mis en examen et la boite de Pandore est désormais ouverte.

"Impunité" s’ouvre sur une scène terrifiante. Une femme raconte dans quelles circonstances son jeune frère alors âgé de douze ans a été décapité d’un coup de machette alors qu’il jouait avec des camarades. Comment elle a récupéré le corps et comment, une fois rendues chez elles, sa mère et elle, l’ont reconstitué pour lui faire sa toilette.

Le film de Juan Lozzano et Hollman Morris est un document d’immersion sur une réalité terrifiante de violence aveugle commise à des fins de pouvoir et d’intérêt, pour l’anéantissement de l’humanité au nom d’idéologies cruelles et dévastatrices.

Il relate en contre-partie, comment, pour la première fois depuis le début de la guerre civile en Colombie, victimes, bourreaux, avocats, politiciens et fonctionnaires judiciaires se font face dans une cour de justice.

Mais si le processus est enclenché, le manque de moyens et de volonté de faire la lumière sur une réalité toute en ramifications, ainsi que d’obscures manœuvres politiques pourraient bien déboucher sur l’impunité des coupables.

L’épisode historique engagé avec le processus "Justice et paix", les jugements et les condamnations devraient faire office de charnière entre le passé tragique et un avenir plus paisible, donner à la société colombienne les moyens d’une mémoire collective.

Mais "Impunité" pose aussi un regard sur le combat tenace, historique, même s’il est loin d’être achevé, de l’homme contre l’ignominie.

Les victimes commencent à hausser la voix, à exiger vérité, justice et réparation, à prétendre à un monde où les violateurs des droits humains ne pourraient plus dormir éternellement tranquilles.

Enfin "Impunité" est, s’il en est, un film qui veut rendre au cinéma sa puissance de dénonciation, de référence historique et de document de débat.

Francis Dubois

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