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Un film de Patrick Wang (USA)

"In the family" Sortie en salles le 19 novembre 2014.

Cody, professeur de mathématiques formait, avec Rebecca, un couple uni. Rebecca est morte peu de temps après la naissance de leur fils, Chip.

Rien au départ ne laissait supposer que Cody se rapprocherait de Joey, son ami de longue date, au point qu’ils vivraient ensemble, deviendraient amants et élèveraient ensemble le petit garçon.

Chip n’aura jamais connu que la vie avec ses deux papas quand Cody meurt brutalement dans un accident.

Face à l’absence, il ne restera plus à Chip et Joey qu’à surmonter cette perte brutale et à continuer à deux, ce qu’ils avaient commencé à trois.

Mais la sœur de Cody révèle à Joey qu’un testament ancien remontant à la naissance de Chip, la désigne comme tutrice de l’enfant.

Les six années d’intégration de Joey à la famille de Cody s’effritent en très peu de temps et Chip lui est enlevé sans qu’il puisse revendiquer le moindre droit à la "paternité".

Mais, si la loi n’est pas du côté de Joey, ses amis si, dont un vieil avocat à la retraite qui va reprendre du service et trouver derrière les obstacles juridiques, le moyen de trouver un chemin de paix entre Joey et cette famille qu’il considérait comme la sienne avant le drame.

L’idée de départ de Patrick Wang était de traiter de la vie quotidienne d’un petit garçon et de ses deux pères.

C’est la curiosité que lui ont inspirée le sujet et la question posée de savoir ce que pourrait être un jour de leur vie qui a fait le reste. Dès lors qu’il maîtrisait le présent, il allait pouvoir s’aventurer dans le passé des personnages et explorer l’avenir.

Le scénario et la mise en scène de " In the family" relèvent de la plus totale évidence. Rien dans l’un ou dans l’autre n’y est fabriqué. Tout dans le déroulement du récit semble couler de source.

Aucun artifice. Pas une image ne semble de trop. Aucune ne semble manquer et si, à un moment donné, on bascule dans le mélodrame, c’est sans doute que le mélodrame est une option possible dans le déroulement d’une vie.

" In the family " semble être un film d’une grande liberté au sens où le rythme de la narration ne se plie à aucune exigence temporale. Ici, l’image prend son temps. Qu’il s’agisse d’un plan fixe qui montre Joey immobile, consommant sa douleur sans l’exprimer, à son retour de l’enterrement de Cody ou d’un autre, immobile au premier plan mais actif tout autour, on ne prend aucune précaution avec l’éventuelle impatience du spectateur à passer à autre chose. Et Patrick Wang a cent fois raison.

L’image présente est tellement porteuse de la précédente et de la suivante qu’elle devient passionnante dans l’immédiat. Il en est de même du sentiment et de l’émotion. Ils n’ont, passés par la caméra savante (ou et magique) de Patrick Wang plus besoin d’être exprimés pour qu’on les ressente profondément.

Il y a sans doute une multitude de raisons pour que le réalisateur nous passionne avec une histoire dont il n’exploite jamais qu’à bon escient le relief, qu’il peut amputer de moments de narration saillants, qui semble se servir de l’ellipse sans préméditation

On ne saura jamais dans quel type d’accident Cody est mort et la scène où le médecin annonce le décès aux proches aura lieu, inaudible, de l’autre côté de la vitre.

Le silence, l’inutilité des mots, gestes et épanchements auront déjà été transmis à Chip qui a compris sans interroger, que la douleur est silencieuse et qui saura exprimer avec le simple (et laborieux) décapsulage d’une canette de bière qu’il tendra à Joey concentré sur sa tristesse, la complicité, le geste d’amour et sa propre tristesse contenue.

La longue scène finale de la plaidoirie où après l’intervention de l’avocat de la famille légitime de Chip, Joey parle avec tellement de simplicité de ce que la justice avec ses règles a rendues si complexe est un moment d’anthologie.

Ce serait "criminel" pour l’immense talent de Patrick Wang, pour la gloire du cinéma, de laisser passer ce film magnifique.

Francis Dubois

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