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Interview de Jean-Claude Duchamp, secrétaire général du SNUEP

« On s’oriente vers des diplômes maison,
liés aux académies, voire aux établissements »

L’US : Depuis quand le CCF existe-t-il dans l’enseignement
professionnel ?

Jean-Claude Duchamp : Il existe quasiment depuis nos débuts, dans
les années 1985-87. Aujourd’hui, le CCF concerne tous les diplômes,
du CAP au bac pro. Il s’applique la plupart du temps de manière
partielle, sauf dans le cas du CAP où il concerne toutes les épreuves.

L’US : Pourquoi le CCF a-t-il été introduit et
conservé ?

J.-C. D. : Ce n’était pas une demande des
enseignants, mais correspondait à des préoccupations
économiques, afin d’éviter l’examen
final, qui coûte cher et dure longtemps. Avec
le CCF, c’est l’établissement qui doit se
débrouiller pour mettre en place l’examen et
non plus le rectorat, donc l’État.

L’US : Sur quels critères les professeurs
doivent-ils évaluer ?

J.-C. D. : C’est très différent d’une académie à l’autre, car ce sont
les inspecteurs qui pilotent, mais aussi d’une spécialité à l’autre. Il
existe parfois, localement, des grilles d’évaluation assez rigoureuses
mais ce n’est pas le cas partout.

L’US : Pourquoi avoir lancé une pétition contre le CCF ?

J.-C. D. : L’inconvénient majeur du CCF, c’est que l’anonymat des
candidats n’est pas respecté. Dans la plupart des cas, ce sont les
enseignants qui préparent les sujets et évaluent leurs propres
élèves. Dans ces cas là, on est forcément moins impartial et il peut
y avoir des pressions, dans un sens comme dans l’autre. Par
ailleurs, au niveau de la préparation des épreuves, chaque collègue
est un peu seul et il n’y a pas de confrontation entre plusieurs
sujets comme pour l’examen terminal.

L’US : Pensez-vous qu’il constitue un facteur d’inégalité face à l’examen ?

J.-C. D. : Bien sûr, dans la mesure où l’évaluation porte sur une
partie du référentiel, le risque est de ne pas traiter partout les
programmes dans leur intégralité. En plus, il y a une tendance à
s’adapter au niveau des élèves. Ce qu’on craint, c’est qu’au bout
d’un certain temps, on ne s’oriente vers des diplômes maison, liés
aux académies, voire aux établissements.

L’US : Qu’en est-il du contrôle continu ?

J.-C. D. : Il a été expérimenté dans l’évaluation des CAP. Il s’agissait
uniquement de savoir si les compétences étaient acquises ou
non, on se passait même parfois des notes chiffrées. Devenu rapidement
ingérable avec des aberrations dans la conversion des
notes, il a fini par être abandonné il y a cinq ans.

L’US : Le CCF peut-il avoir des
avantages ?

J.-C. D. : Peut-être que les élèves
préfèrent ce système car ils ont moins
à réviser. On disait aussi qu’en l’absence
d’examen final, il y aurait moins
de temps pris sur la durée de formation.
Or, on pense désormais que c’est
plutôt le contraire. En fait, ça multiplie
les épreuves, et le CCF se
pratique pendant le temps de formation, au détriment de celle-ci.
Enfin, il représente un accroissement assez considérable de la
charge de travail pour les enseignants, notamment au niveau administratif.

L’US : Vous êtes donc plutôt opposé à l’élargissement du CCF
proposé par François Fillon ?

J.-C. D. : D’après notre expérience, il représente en effet un
danger important pour les diplômes nationaux. Par ailleurs, il y
aura des pressions pour améliorer les notes, comme c’est déjà le
cas dans les établissements privés qui ont tendance à pousser aux
bons résultats des élèves.
La crédibilité des diplômes est un enjeu majeur, surtout quand on
sait l’importance de la qualification pour le patronat. Or le titre
délivré ne doit pas sanctionner des bouts de compétences accumulées,
mais une qualification professionnelle globale.

L’US : Demandez-vous le retour à un simple examen final ?

J.-C. D. : Le problème, c’est que nous savons par expérience que
le CCF partiel n’est qu’une étape. C’est ce qui s’est passé avec
les CAP, qui fonctionnent désormais uniquement avec ce
système. Notre objectif est donc le retour à l’évaluation terminale
et nous pensons que cela est possible, puisqu’ils ont bien fait
marche arrière sur le contrôle continu.

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