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Un film d’Edward Berger (Allemagne)

"Jack" Sortie en salles le 8 avril 2015.

Jack, du haut de ses dix ans, fait déjà preuve de beaucoup de charisme.

Face à l’immaturité de sa mère qui travaille le jour, fait la fête la nuit et ramène au petit matin un homme avec qui elle compte à chaque fois faire sa vie, il a appris à faire face aux nécessités du quotidien.

Il est capable d’improviser un petit déjeuner pour son frère Manuel et de trouver une solution aux problèmes qui ne manquent pas de se poser.

Mais cet homme de la maison en culottes courtes n’est pas infaillible et un événement regrettable va venir bouleverser le fragile équilibre du trio.

Les services de protection de l’enfance décident de retirer Jack à la garde de sa mère et de le placer dans un centre d’hébergement.

La séparation sera douloureuse mais Jack prendra sur lui pour s’accommoder de cette nouvelle situation jusqu’au jour où, depuis l’institution, il va prendre conscience que sans lui, sa mère va se laisser aller à des dérives dangereuses et y associer Manuel, son petit frère.

Cinéma : Jack

Le film d’Edward Berger n’apporterait pas grand-chose de nouveau au sujet maintes fois traité à l’écran du gamin rendu mature avant l’âge par les circonstances, la frivolité d’une mère trop jeune pour assurer ses responsabilités, si le personnage de Jack, très bien écrit au départ, n’était relayé par l’interprétation magistrale d’un jeune garçon dont c’est la première apparition au cinéma.

Dès la première image Ivo Pietzcher s’impose.

Dans son regard se lisent une détermination, une fermeté, une rigueur qui écartent le moindre laisser-aller et tout penchant aux activités habituelles de son âge.

Jack est la "sentinelle" veillant sur un foyer vacillant qu’il sait à tout instant menacé.

Il va attendre dans le centre où il est confronté à la violence et aux brimades, le jour tant attendu de la fin de la période d’adaptation où il a été convenu que sa mère viendrait le chercher pour une "permission" d’un week-end.

Mais Sanna se décommande au dernier moment et ce sera pour Jack le début d’une longue errance avec deux objectifs : retrouver Manuel et réintégrer avec lui l’appartement familial.

Or, Sanna reste introuvable et ce seront, pour les deux gamins, des repas au hasard des circonstances, des nuits de sommeil dans des parkings, d’incessantes allées et venues dans Berlin à la recherche de la mère.

Les déplacements des deux enfants à travers la grande ville constituent le cœur du récit. Si leurs pérégrinations apportent au récit des scènes fortes, la répétition des séquences de recherche lassent parfois et font piétiner le récit même si la dimension dramatique demeure permanente.

"Jack" est la peinture réaliste et minutieuse d’une de ces familles bancales issues de l’immaturité et de l’irresponsabilité de jeunes adultes trop précoces.

Les géniteurs se sont volatilisés et les mères se retrouvent flanquées de jeunes enfants pour qui elles ne manquent pourtant pas de tendresse.

Le film d’Edward Berger échappe au sordide et au misérabilisme qui menacent de tels sujets.

On est à chaque instant en état de border-line mais personne ne se démarque d’une sorte de grâce qui tient aux sentiments authentiques qui lient les personnages les uns aux autres…

On n’est pas prêt d’oublier le beau visage grave de Jack. Il faudrait inventer un mot pour nommer les lueurs qui animent ses regards…

Francis Dubois

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