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Un film de Teddy Lussi-Modeste (France)

"Jimmy Rivière" Sortie en salles le 9 mars 2011

Jimmy Rivière est un jeune gitan. Il n’est pas un méchant garçon mais il ne faut pas aller lui chercher noise. Pour se mettre à l’abri des dérapages dont il se sait capable, il a décidé de se convertir au pentecôtisme, de renoncer à la pratique de la boxe thaï, sa passion ainsi qu’ à sa forte attirance pour Sonia, une jeune fille fougueuse et révoltée.

Sa démarche vers la religion est sincère mais comment faire pour refuser la proposition d’un combat déterminant pour une carrière que lui propose son manager et renoncer à son amour pour Sonia quand celle-ci le met au pied du mur.
Il se trouve que Jimmy Rivière est un gitan mais il pourrait appartenir à une autre communauté ou n’appartenir à aucune et n’être qu’un jeune homme d’aujourd’hui, ni meilleur ni pire qu’un autre mais que les aléas de la vie actuelle tient en éveil et maintient dans une sorte de nervosité, de qui-vive constants.
L’avenir ne sera sans doute tendre pour personne et d’instinct, Jimmy Rivière a vu une possibilité de limiter les dégâts en s’achetant une conduite. C’est dans un costume immaculé qu’il se convertit au pentecôtisme et c’est sous prétexte qu’il est en train de devenir un bon garçon qu’il renonce à la boxe, un sport qu’il soupçonne sans doute d’avoir des résonances de violence et à Sonia qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau quand elle s’emporte, sort de ses gonds, se change en tigresse.
Le film de Teddy Lussi-Modeste n’est pas un documentaire sur les gens du voyage, ni sur les rites du pentecôtisme. C’est l’histoire d’un garçon qui se trouve appartenir à la communauté gitane pentecôtiste, qui voudrait avoir fait les bons choix à un moment dont il a décidé qu’il serait un tournant dans sa vie.
Si le récit n’était que le cheminement d’un jeune homme d’aujourd’hui face aux tâtonnements classiques auxquels sont réduits les trentenaires qui n’ont pas encore arrêté leurs choix, le film n’apporterait rien de nouveau. Et c’est le dosage subtil des éléments dont Teddy Lussi-Modeste tisse son récit, qui fait tout l’intérêt de sa réalisation : la conversion de Jimmy au pentecôtisme qui est le choix religieux de plus de la moitié de la communauté gitane en France, la force amoureuse presque bestiale qui pousse Jimmy et Sonia l’un vers l’autre et l’adhésion intime, presque jouissive, du jeune homme au milieu gitan..
Le jeune comédien Guillaume Gouix qui semble avoir le vent en poupe est un bon choix. Il y a chez ce jeune acteur une force, une façon de traduire la nervosité, le qui-vive, les élans fougueux qui conviennent parfaitement à Jimmy quand on ajoute sa fragilité dans les moments de doute.
"Jimmy Rivière" compte parmi les productions françaises qui tentent de sortir de l’ornière du nombrilisme qu’on lui a tant reproché. Voilà un film, singulier et attachant, qui prend de la distance avec le sillon tracé, même s’il ne prend pas franchement le large…
Francis Dubois

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