Actualité théâtrale

Jusqu’au 21 février au Théâtre du Rond-Point

« Kvetch »

Nous avons tous peur du jugement des autres, peur d’être ridicule, de n’être pas à la hauteur de ce que notre employeur, notre partenaire dans la vie, nos amis attendent de nous. La trouvaille de la pièce de Steven Berkoff, dramaturge, metteur en scène et acteur bien connu, c’est d’alterner le discours des personnages dans la vie et ce qu’ils se disent à l’arrière de leur cerveau, quand ils relâchent l’emprise de leur surmoi. Et là ce qui se dit est beaucoup plus vulgaire, plus cru, laisse libre-cours aux désirs que chacun s’interdit d’exprimer par peur de choquer ou de cesser de plaire. L’auteur appuie le trait, croque des personnages écartelés entre leurs envies et la peur du jugement des autres. Le télescopage est violent, la langue ose tout pour dépasser les normes sociales, la bienséance, la morale, les préjugés et l’hypocrisie sociale.

Théâtre : Kvetch

Sophie Lecarpentier, la metteure en scène, dit de Steven Berkoff qu’il écrit « des partitions pour acteurs comme de la musique qui demande à être interprétée pour révéler sa puissance ». Elle a donc pris le parti d’une scénographie épurée : pas de décor, seulement cinq chaises d’écoliers, un fil rouge et un grand drap blanc où les amants peuvent se blottir … ou se tourner le dos ! Le comique crée par la collision constante entre le discours social convenu, où l’on parle de choses et d’autres de façon policée, et la pensée intérieure pleine de rancœurs, de peurs et de désirs inavoués, est servi par la mise en scène. Les acteurs se glissent sous les chaises ou s’avancent brusquement pour dire ce qu’ils ont en tête et qui contredit ce qu’ils viennent de dire à haute voix. Toute la place est donc donnée aux acteurs, à leurs paroles mais aussi à leurs corps, des corps qui se lâchent aussi, comme la parole. On rote, on pète, on baise et … on converse aimablement ! Stéphane Brel, Fabrice Cals, Anne Cressent et Julien Saada sont excellents. Un altiste crée un univers sonore, tantôt tranquille comme les propos échangés, tantôt grinçant et décapant, quand le monde intérieur des personnages transgresse leurs bonnes manières.

Micheline Rousselet

Du mardi au dimanche à 18h30, relâche le lundi et le 7 février
Théâtre du Rond-Point
2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 44 95 98 21

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • The great disaster
    La compagnie ASKELL part en tournée en Algérie avec The Great Disaster, l’histoire d’ un immigré italien, Giovanni Pastore, « qui n’aurait jamais dû quitter sa Mamma ». Emmanuelle Péron met en scène sous... Lire la suite (27 septembre)
  • « Edmond »
    En 1897, Edmond Rostand est déprimé en raison du récent échec de sa pièce en vers. En dépit de l’amitié et de l’admiration de Sarah Bernhardt, alors au sommet de sa gloire, il n’arrive plus à écrire et... Lire la suite (25 septembre)
  • « Brasseur et les enfants du paradis »
    Hiver 1943, Prévert, Carné, Kosma et Trauner sont réfugiés en Provence dans une maison louée par Prévert à Tourettes-sur-Loup. La menace les entoure, les Allemands sont entrés en zone Sud. Kosma et... Lire la suite (23 septembre)
  • « Le dépeupleur »
    De ce court texte de Beckett, Serge Merlin ne s’est jamais beaucoup éloigné depuis 1978, où il l’a créé pour la scène au festival off d’Avignon. Un texte un peu énigmatique mais fascinant où l’on trouve... Lire la suite (23 septembre)
  • "UN POYO ROJO" Theatro fisico.
    "Un poyo rojo " spectacle créé à Buenos-Aires en 2010, a été conçu par Alfonso Baron et Luciano Rossa à partir d’un travail d’improvisation. Les deux auteurs-acteurs de ce spectacle sans paroles... Lire la suite (22 septembre)