Actualité théâtrale

Jusqu’au 18 février au Théâtre 71 de Malakoff

« L’art de la comédie »

Son excellence De Caro, le nouveau préfet vient d’arriver dans le palais décati et traversé de courants d’air où il va exercer ses fonctions. Le Secrétaire a prévu pour l’après-midi la réception des notables de la ville, le médecin, le curé, le pharmacien et l’institutrice. Mais un grain de sable s’insinue dans cette belle organisation en la personne de Campese, directeur d’une troupe de comédiens, qui vient solliciter l’intervention du Préfet après la destruction de son théâtre à la suite d’un incendie. Le Préfet, qui se pique d’art et avoue avoir lui-même fait un peu de théâtre dans sa jeunesse, semble prêt à « faire quelque chose », mais cela ne semble pas être ce qu’attend Campese. La conversation qui démarre sur l’art, le théâtre débouche sur des travaux pratiques sur l’art du comédien où le spectateur se demande avec le Préfet où est le réel où est la comédie.
Théâtre : l'art de la comédie
C’est en général à Naples qu’Eduardo de Filippo avait coutume de nous emmener. Ici c’est dans le monde des petites villes de l’intérieur de l’Italie des années soixante qu’il nous entraîne, avec ses notables provinciaux, le communiste qui gère les chaises de l’Église et le médecin athée qui supporte mal la concurrence du Christ pour la guérison des malades. Mais l’art de la comédie est avant tout une histoire d’acteurs et de troupe. On pense aux films de Vittorio de Sica ou de Fellini avec ces gens qui dans la vie semblent des acteurs, en font parfois des tonnes au point de se faire traiter de bouffons, ce qui est une insulte courante en Italie !
Pas de lambris ou de décor de palais dans la mise en scène de Patrick Pineau, mais un décor de coursives métalliques, vide, froid et intemporel. Les escaliers permettent des arrivées précipitées, et dans ce vaste espace le Préfet et son Secrétaire semblent bien perdus. Le metteur en scène joue sur tous les registres du comique. Le médecin marche dans les pas du Préfet à un mètre comme il sied à un obligé, le curé, aussi gelé dans ce palais que dans son église, passe son temps à se chauffer les mains avec des marrons qu’il sème à travers toute la scène, au gré de ses emportements, l’institutrice réclame justice et nous embrouille dans le décompte des enfants d’une famille. L’ironie du texte claque : « quand le malade guérit c’est grâce au Christ, quand il meurt, c’est la faute du médecin ». Les quiproquos s’enchaînent en cascades. Les acteurs, tous excellents, allient les qualités de mime à celle de comédien, parlent avec les mains et avec leur corps.
A ce jeu de « qui joue, qui est vrai ? » on se perd. On quitte le raisonnable, le Préfet et son Secrétaire ne contrôlent plus rien, le spectateur non plus et c’est jubilatoire !

Micheline Rousselet

Mardi et vendredi à 20h30, mercredi, jeudi et samedi à 19h30, le dimanche à 16h
Théâtre 71
3 place du 11 novembre, 92240 Malakoff
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 55 48 91 00

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « La famille royale »
    Inspirée du roman éponyme de William T. Vollmann, cette vaste fresque dresse le portrait d’une Amérique coupée en deux, le monde des affaires, du show-business, des casinos et de la finance d’un côté,... Lire la suite (16 octobre)
  • « La danse de mort » d’August Strindberg .
    Dans une citadelle, sur une île de garnison, vivent reclus dans un décor gris un officier intègre et autoritaire et sa femme, Alice, une ancienne actrice qui a laissé derrière son passé et dont les... Lire la suite (13 octobre)
  • « La mort de Tintagiles »
    « La mort est une force extérieure qui empêche tout mouvement qui s’oppose à elle. L’amour est une force intérieure qui incite à agir contre la mort ». Le texte de Maurice Maeterlinck, conte initiatique... Lire la suite (10 octobre)
  • « Mme Klein »
    À Londres en 1934, Mélanie Klein, que l’on peut considérer comme l’une des premières psychanalystes pour enfant dans les années 1920, vient d’apprendre la mort de son fils Hans à Budapest. Naturalisée... Lire la suite (9 octobre)
  • « Non, c’est pas ça ! (Treplev Variations) »
    Ils sont trois sur scène, une femme et deux hommes, ils devaient être treize et jouer La mouette , mais l’un d’eux, le metteur en scène probablement, s’est suicidé. Ils ont décidé de continuer le... Lire la suite (7 octobre)