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Un film de Jean-Stéphane Bron (Suisse-France)

"L’expérience Blocher" Sortie en salles le 19 février 2014.

"L’expérience Blocher" est le face à face entre un réalisateur et le chef du parti populiste suisse (l’UDC), Christoph Blocher, un milliardaire fin politique, qui aura conquis en moins de vingt ans, près d’un tiers de l’électorat du pays.

Ce film est l’autopsie de l’ascension d’un homme pour qui le pouvoir personnel s’appuie sur une politique basée sur des éléments de séduction électorale : refus d’appartenir à l’union européenne, sauvegarde de l’autonomie du pays et fermeture des frontières à l’immigration.

Les manœuvres de ralliement à ses idées radicales fonctionnent sur l’apparence bonhomme et rassurante de cet homme qui joue sur les multiples facettes de sa personnalité.

Christoph Blocher a la démarche d’un homme de la terre, le rire et le contact faciles, une confiance en soi dont il sait mesurer l’expression jusqu’à la modestie.

Ce fils de pasteur, diplômé de l’école d’agriculture de Wilflinger a étudié de droit à l’Université de Zurich puis à Paris. Il est marié à une ex-institutrice discrète et vigilante.

Derrière des apparences rustiques, c’est un homme cultivé qui possède la plus grande collection au monde de toiles d’Albert Anker et qui a acquis par l’intermédiaire de son entreprise EMS Chemie, le Château de Rhazuns dans le Canton des Grisons.

C’est à l’arrière de sa voiture, assis aux côtés de son épouse, dans les moments où il n’est pas en "représentation" que Christoph Blocher est le plus énigmatique.

Son visage à l’expression verrouillée, impénétrable, traduit-il une inquiétude qui le poursuivrait ou au contraire, serait-ce le reflet d’une totale confiance en son avenir et en ses stratégies qui ont contribué à son ascension et à son maintien au sommet du paysage politique de la Suisse ?

Si son charisme, son humour, ses incursions dans la représentation populaire entretiennent sa popularité et interviennent sur ses électeurs de façon quasi-hypnotique, il procède comme tous les chefs de mouvements nationaux-populistes en s’engouffrant dans les failles de la démocratie.

Le phénomène Blocher est en cela exemplaire qu’il garde auprès du public et face aux médias l’image d’un homme tout entier consacré à une mission alors qu’il suffit d’ouvrir les yeux sur le moindre de ses agissements pour découvrir qu’il n’est là que pour sa propre cause, satisfaire son goût démesuré du pouvoir et se repaître des attitudes serviles de son électorat.

On oublie qu’il sous-paie les ouvriers de ses usines alors qu’il est un des hommes les plus riches au monde.

Et le plus remarquable, chez lui, c’est qu’il sait malgré l’opulence, puiser dans ses origines modestes et donner l’image d’un monsieur "Tout le monde" sans façons, qui pourrait être habillé par le tailleur du coin…

Le Parti suisse du peuple a servi, et sert encore de modèle à de nombreux partis européens. Le Front national s’inspire de ce qui se fait en Suisse et Marine Le Pen a souvent marqué son admiration pour la Confédération helvétique et son intérêt pour les thèses de l’UDC.

Jean-Stéphane Bron qui a, pour son film, côtoyé Blocher pendant plusieurs semaines (jusque dans ses appartements et dans la chambre conjugale) réalise un film magnifique qui pose avec beaucoup d’habileté, la question de l’origine des racines du mal, nous interroge sur notre part de responsabilité et sur nos propres parts d’ombre.

Francis Dubois

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