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LANGUES VIVANTES Interrogations sur la loi d’orientation

LANGUES VIVANTES
Interrogations sur la loi d’orientation|11 janvier 2005

L’enseignement des LV s’inscrit pour le ministère dans le cadre d’une gestion plus rigoureuse (cf. p. 27) et de la construction européenne (p. 3 et 24-25).

Quelles langues enseigner ?

Le rapport Thélot souhaitait imposer l’anglais de communication internationale dès le CE2 en tant que compétence à acquérir, nous avons exprimé notre désaccord. Le projet de loi Fillon prévoit une langue vivante à l’école primaire, dès le CE1 et qu’une deuxième langue vivante sera progressivement proposée à partir de la Cinquième. Quels seront les horaires de LV1 en Sixième, de la LV2 en Cinquième, Quatrième et Troisième ? Quelle continuité entre le primaire et le collège ?
Pour le SNES, la discipline langue vivante ne doit pas se transformer en simple savoir-faire. C’est une discipline qui contribue, au même titre que les autres disciplines, à la culture commune.
Le ministère semble avoir renoncé à l’objet mal identifié qu’est l’anglais de communication internationale.
Il est inacceptable que s’impose comme norme ce qui n’est pas parlé dans tel ou tel pays de la sphère anglophone. Une généralisation de l’enseignement d’une langue vivante au CE1 paraît surprenante alors que la généralisation au CE2 ne peut pas se faire faute d’enseignants. L’enseignement de la langue vivante pose déjà beaucoup de problèmes au niveau du CM et notamment des problèmes didactiques car les enseignants n’ont pas toujours reçu la formation nécessaire comme le montrent les derniers rapports de l’inspection générale ou les recherches de l’INRP de Line Audin.
Ne faudrait-il pas favoriser la sensibilisation aux LV dès que possible ainsi que les liens entre langue maternelle et autres langues afin de permettre aux élèves d’acquérir une meilleure maîtrise de la langue ou des langues ?
La diversification des langues dans le second degré est devenue une peau de chagrin. Les cartes des langues et l’instauration de pôles dans les académies ne semblent pas régler la question du maintien de la diversification. Celle-ci ne s’améliore pas, même dans les académies qui ont affiché la politique des pôles et la volonté de sauver l’allemand ou des langues de faible diffusion.
Aucune réelle évaluation des classes bilangues en Sixième n’a été faite pour l’instant.
Les sections européennes préconisées restent très marginales et déjà le « vivier » des enseignants en DNL se pose. Elles servent d’affichage dans les différentes circulaires tandis que la diversifi- cation s’amenuise (cf. rapport n° 63 du Sénat de J. Legendre).

Quels contenus ?

Selon une note de la DEP publiée en 2004, qui a été très médiatisée et que rappelle le ministère (p. 4), l’enseignement des langues vivantes en France va mal par rapport aux autres pays européens évalués.
Il faudrait selon le ministère réformer cet enseignement en développant la communication et en utilisant le cadre européen commun de référence pour évaluer les élèves. Un communiqué de presse du SNES (12 mars 2004) a analysé en détail cette note de la DEP. Il s’interroge sur la validité de cette enquête menée dans plusieurs pays européens : peut-on comparer les résultats si les conditions d’enseignement sont différentes et si le statut de la langue n’est pas le même dans les pays considérés ?
Pour améliorer les compétences orales des élèves, il faut que ceuxci puissent travailler en groupes réduits permettant la prise de parole et avec une fréquence de cours d’au moins 3 h/semaine.
Il est clair aussi que l’apprentissage des langues en France ne s’améliorera pas si un travail important n’est pas fait par l’institution sur les représentations qu’ont les français des langues, et si les langues n’acquièrent pas davantage droit de cité dans les médias (en multipliant les VO par exemple, les émissions sur les chaînes publiques).
Il est fondamental de rappeler qu’on ne peut pas avoir pour les langues vivantes les mêmes objectifs dans le cadre de l’école que dans un cadre professionnel : on doit viser certes la communication mais aussi les compétences linguistiques et culturelles en travaillant sur les liens entre langue et pensée. La pratique raisonnée de la langue doit se faire tout au long du cursus. Il est scandaleux de laisser croire, en entretenant des ambiguïtés entre apprentissage, maîtrise et bilinguisme, que les conditions d’apprentissage scolaire (saufl’exception que sont les filières bilingues), pourraient être les mêmes que les conditions d’apprentissage naturelle (immersion dans la famille ou dans le pays).

Quelle évaluation aux examens ?

Le niveau attendu en fin de Troisième est de B1 en LV1 et A2 en LV2, en fin de Terminale B2 en LV1 et B1 en LV2. Ce sont ceux du cadre européen de référence (la grille a été publiée dans le dernier 8 pages LV).
Il est nécessaire d’évaluer l’oral tant au brevet qu’au baccalauréat si l’on souhaite que les compétences orales des élèves progressent. La généralisation des épreuves écrites au détriment de l’oral ont eu des conséquences néfastes sur la didactique des LV au lycée. L’épreuve orale du baccalauréat doit évoluer : tous les collègues se plaignent de la liste de textes trop longue que doivent présenter les élèves et de l’épreuve qui ne permet pas d’évaluer les compétences orales du candidat mais plutôt sa capacité à mémoriser le commentaire du professeur.

Quel cadre ?

Le projet prévoit la généralisation dès le collège de « groupes de niveaux déterminés conformément au cadre européen de référence » et un dédoublement en Terminale. Pourquoi prévoir un dédoublement en Terminale (si ce n’est une justification de la suppression des TPE) mais pas en Seconde et en Première ? Y aura-t-il dédoublement dans toutes les séries ?
Ces groupes de niveaux au collège sont une généralisation des Nouveaux modes d’organisation (NMO) expérimentés au lycée.
Nous rappelons notre hostilité à la création de groupes de langues en dehors de la référence à la classe. Nous ne voulons pas de groupes de niveaux dont nous connaissons tous les inconvénients, quelle que soit la discipline. Cette nouvelle organisation pénaliserait les élèves des groupes faibles et alourdirait encore davantage la tâche des enseignants. En effet, cette organisation demande de nombreuses heures de concertation comme nous l’ont signalé les collègues qui ont mené ces expérimentations dans certains établissements sans moyens supplémentaires. Loin de réduire le nombre d’élèves par classe, elle conduira à accroître les effectifs par classe.
Beaucoup d’interrogations demeurent sur les postes nécessaires pour introduire les dédoublements en lycée, la LV en Cinquième, sur la façon d’améliorer réellement l’enseignement des langues vivantes et d’assurer le maintien d’une réelle diversité.

Thérèse Jamet-Madec,
Martine Villy

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