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Un film de Julien Abraham (France)

"La Cité Rose" Sortie en salles le 27 mars 2013

C’est en découvrant une série de la télé brésilienne, "La cité des hommes" où deux jeunes, vivant dans les favelas de Rio font l’impossible pour éviter de tomber dans le trafic de drogue et dans la délinquance qui les guettent, que Julien Abraham a eu l’idée d’écrire son scénario de " La Cité Rose".

Son histoire se situe dans la Cité Rose, à Pierrefitte en Seine Saint-Denis, et le personnage central de cette chronique d’une ville de banlieue est un garçon de 12 ans qui, s’il n’a pas froid aux yeux, a su se préserver et garder une sorte de candeur.

La Cité Rose, pour rien au monde, celui qu’on surnomme "Mitraillette" ne la quitterait. C’est son univers, c’est sa famille, c’est l’amitié, la complicité, le plaisir toujours renouvelé de se retrouver avec les amis.

Il y a Isma, le guetteur, toujours posté sur le toit d’un immeuble. C’est son cousin. Il a à peine seize ans et admire Narcisse, le caïd du quartier. A cause de cette admiration, il opte pour un mauvais chemin.

Djibril, son grand frère, étudie à la Sorbonne et rêve de devenir un grand avocat. Il est amoureux de Lola et Lola l’aime tout autant mais sauront-ils faire tomber le mur social qui se dresse entre eux.

Il y a aussi Océane, la plus belle fille de la classe que "Mitraillette" aimerait embrasser un jour, même si elle reste distante et si elle le dépasse d’une demi-tête

Longtemps, pendant une bonne première moitié du film, on est tenté de penser qu’il s’agit d’un film de plus sur la banlieue avec ses personnages de glandeurs, de trafiquants, ses grandes gueules au volant des belles voitures.

Mais à force de ramener l’histoire à lui et du même coup à la force de sa candeur, Mitraillette rejaillit sur le récit et, à la lumière de ses préoccupations toutes simples d’enfant, toute l’histoire prend de la distance avec les clichés et les archétypes.

L’histoire d’amour juvénile de Mitraillette et d’Océane donne un autre éclairage à celle de Djibril et de Lola. Et même si le dénouement donne raison à la violence de la banlieue et remet sur le rail les codes du trafic, le film ne perd rien de sa fraîcheur et surtout ne touche pas aux règles de solidarité.

Et si le film offre un visage contrasté de la banlieue, très loin des stéréotypes des journaux télévisés, c’est parce qu’il parle de cette population invisible, ces familles qui vivent à la périphérie de Paris une vraie vie de famille et bénéficient de la vraie richesse culturelle qu’offre la mixité et l’immigration.

Aidé de Sadia Diawara, un ami de la Cité Rose, Julien Abraham écrit d’abord un pilote qu’il finance lui-même. Il était alors question d’une série télé. Les retours des chaînes étaient plutôt encourageants mais le sujet n’était pas jugé assez fédérateur. Un jeune producteur de cinéma s’intéresse au sujet et offre à Julien Abraham, la collaboration de Nicolas Peufaillit connu pour avoir été le co-scénariste de "Un prophète" auprès de Jacques Audiard . Plus tard c’est Robert Guédiguian qui aura le coup de foudre pour le pilote et qui confiera à Agat Films de monter le projet.

" La Cité Rose" est une photographie qui tente d’être la plus juste possible pour que les gens qui vivent hors de ces quartiers abandonnent la vision caricaturale et anxiogène qu’ils en ont et qu’inversement, ceux qui y habitent s’y retrouvent.

Au final, un beau film généreux et drôle, pétri de la tendresse tout autant que de la cruauté naturelle des hommes.

Francis Dubois

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