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Un film de Gilles Perret (France, sortie le 9/11/2016) - 2 points de vue

"La Sociale" un film événement dont il faut s’emparer !

C’est un événement à la fois par ses qualités cinématographiques permettant de rendre compréhensible par tout public un sujet complexe comme la Sécurité Sociale - son histoire, son fonctionnement, les enjeux d’aujourd’hui - et par l’engouement inédit qu’il suscite depuis plusieurs mois, avec plus d’une centaine de projections-débats organisées avant sa sortie publique et au moins déjà autant programmées après le 9 novembre ! La Sociale constitue en quelque sorte une suite des Jours heureux, et un approfondissement consacré à explorer la concrétisation d’une des grandes idées généreuses inscrites dans ce programme audacieux et optimiste du Conseil National de la Résistance - écrit dans la clandestinité pendant l’occupation nazie de notre pays.

Comme dans ses autres longs métrages (Ma mondialisation, Walter, retour en résistance, Histoire d’ouvriers), Gilles Perret a trouvé un personnage représentatif du sujet traité, une sorte de fil conducteur, qui donne un ancrage, une dimension humaine à l’approche documentaire en l’articulant avec le vécu. Depuis Walter, puis avec Stéphane Hessel ou Raymond Aubrac, il a pu filmer à chaque fois des personnages emblématiques ayant joué un grand rôle historique. Pour évoquer la figure emblématique de la sécurité sociale Ambroise Croizat, Gilles Perret à trouvé un militant cégétiste inconnu nationalement, Jolfred Fregonara, qui fut le premier président de CPAM en 1946 en Haute-Savoie et qui est toujours très impliqué, à quatre-vingt seize ans, dans la réflexion pour préserver une Sécurité sociale solidaire. Ce vieux monsieur longiligne apporte au film une dimension émotionnelle, pleine d’enthousiasme et d’humour. C’est aussi le cas avec la fille d’Ambroise Croizat qui porte la charge émotionnelle et romanesque de la découverte de ce ministre du travail de 1945 à 1947 – « le seul ayant connu la misère ouvrière » – oublié de l’histoire officielle, militant syndical et politique qui impulsa notamment la mise en place de la Sécurité sociale avec la volonté d’en « finir avec la souffrance et l’exclusion », de « libérer les Français des angoisses du lendemain ».

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Jolfred Fregonara à St-Etienne à l’Ecole de formation des cadres de la Sécurité Sociale

Le montage dynamique est constitué d’images d’archives et de situations d’aujourd’hui, parfois très drôles, et toujours très instructives (une assemblée interne du Medef, un entretien avec un membre de la fonction hospitalière révélant difficultés et espoirs...). Alternent aussi plusieurs intervenants (Colette Bec, Michel Etievent, Bernard Friot, Frédéric Pierru...), qui font du film de Gilles Perret une œuvre didactique qui n’exclut pas le plaisir.

Ce film est important pour faire débattre des choix politiques en matière de santé publique, de démocratie sociale... alors que les désengagements de la Sécurité sociale sur les soins de base se sont accentués et que les remises en cause d’une protection sociale solidaire sont nombreuses. « Si les spectateurs sortent en se disant que c’est égalitaire, que ça coûte moins cher, que ça a des conséquences sanitaires favorables sur l’ensemble de la population, c’est gagné ».

On trouve sur le site du film un remarquable dossier pédagogique conçu avec la Ligue de l’enseignement pour un travail avec les lycéens, et un encouragement à « s’emparer du film » pour multiplier les projections publiques avec la participation de l’équipe du documentaire. Sur ce site du Snes, chacun peut découvrir notre entretien inédit avec Gilles Perret
Philippe Laville, Doriane Spruyt.

Où peut-on voir le film et participer aux débats qui l’accompagnent ?

Encore de nombreuses avant-premières jusqu’au 9 novembre :

- jeudi 3 novembre
.Strasbourg
(67) à 20 h 00 Cinéma Le Star
.Bruz (35) EN PRÉSENCE DE FRÉDÉRIC PIERRU (SOCIOLOGUE DU FILM)
à 20 h 30 Cinéma - 3 séances à 10h, 14h et 20h30

- vendredi 4 novembre
.Grasse (06) à 19 h 00 Cinéma Studio
.Villefontaine (38) EN PRÉSENCE DE MICHEL ETIEVENT (HISTORIEN DU FILM)
à 20 h 00 Cinéma Le Fellini
.Carmaux (81) à 21 h 00 au Clap Ciné

- samedi 5 novembre
.Boen sur Lignon (42) à 17 h 00 Cinéma L’Entracte
.Conflans Ste Honorine (78) EN PRÉSENCE DE GILLES PERRET
à 20 h 00 au Cinéville (ciné-débat LDH, voir présentation)

- dimanche 6 novembre
.Paris (13e) EN PRÉSENCE DE GILLES PERRET
à 11 h 00 Cinéma L’Escurial
.Arcueil (94) EN PRÉSENCE DE GILLES PERRET
à 18 h 00 Cinéma Jean Vilar

- lundi 7 novembre
.Créteil (94) EN PRÉSENCE DE : RÉSEAU EDUCATION POPULAIRE
à 20 h 00 Cinéma Le Palais
.Lille (59) EN PRÉSENCE DE GILLES PERRET
à 20 h 00 Cinéma Métropole

- mardi 8 novembre
.Montreuil (93) EN PRÉSENCE DE GILLES PERRET
à 20 h 00 Cinéma Le Méliès

- mercredi 9 novembre
.Toulouse (31) EN PRÉSENCE DE JEAN-FRANÇOIS MIGNARD - SEC. GÉNÉ LDH
à 20 h 00 Cinéma Américan Cosmographe
. Paris (5e) EN PRÉSENCE DE GILLES PERRET
à 20 h 30 Espace Saint-Michel

Et dans plusieurs centaines de salles après la sortie publique officielle  :
suites du calendrier

======= Après la version intégrale de l’article écrit pour l’US-MAG à paraître, qu’il a fallu réduire pour tenir dans l’espace attribué, nous proposons ci-dessous un deuxième point de vue sur ce film ; complémentaire, d’un autre membre de l’équipe de rédaction, Francis Dubois =======

"La sécu, on s’est battu pour la gagner. On se battra pour la garder".
Ce slogan qu’on a très souvent entendu au cours des mobilisations sociales est, même s’il n’est pas cité, un leitmotiv en sourdine qui accompagne tout le film de Gilles Perret.

Après "Ma mondialisation", "Walter, retour en résistance", "De mémoire d’ouvriers" et "Les jours heureux", celui-ci continue avec "La sociale" son travail cinéaste militant impliqué dans notre siècle de luttes et d’espoirs.

Non seulement son film retrace l’histoire de la sécurité sociale depuis sa création, en octobre 1945 quand les ordonnances qui lui permettent de naître, sont votées par le gouvernement provisoire issu de la résistance, mais il rétablit une vérité occultée et réhabilite celui à qui on doit véritablement, la protection de la santé, un rallongement considérable de l’espérance de vie et qui a fait en sorte que la retraite ne soit plus le préambule de la vieillesse et de la mort, mais au contraire, l’ouverture sur un rebond de vie.
Fils d’ouvrier, Ambroise Croizat, membre du Parti communiste et de la CGT en sera, quand il deviendra ministre du travail, le maître d’œuvre avec l’appui du mouvement de millions de militants. Son nom, pour d’obscures (ou de trop évidentes) raisons est aujourd’hui, oublié pour ne pas dire, nié.

Aujourd’hui la sécurité sociale est annoncée comme une institution obsolète avec un déficit dont on se complaît à répéter les chiffres énormes comme s’il s’agissait d’un organisme dont il faudrait espérer des profits. Et ce seul constat relayé par les médias et qui s’est inscrit dans l’esprit populaire, suffit à dénoncer la mauvaise interprétation qu’on fait d’une institution dont le seul objectif est la protection sociale.

Le peu d’intérêt qu’a suscité au moment où il l’a proposé à ses partenaires habituels et aux chaines de télévision, le projet de Gilles Perret de réaliser un film sur la Sécurité sociale est sans doute le résultat de ce matraquage médiatique négatif.
L’institution souffre désormais d’une mauvaise réputation qui voudrait la rendre pour une part, responsable des difficultés économiques que connait actuellement la France.
De plus, à notre époque, il n’est sans doute pas bien venu de rappeler que c’est un ministre communiste avec l’appui de la CGT qui a mis en place la Sécurité Sociale.
Pourtant, celle-ci concerne toujours les 65 millions de français qui en bénéficient et accompagne chacun de nous au long de nos vies qu’elles ont considérablement améliorées.

Pour Gilles Perret, l’enjeu était de remonter le cours de l’histoire de la Sécurité Sociale sans noyer le film dans une masse d’informations. Il fallait trouver pour en réussir le traitement, la contribution de personnages forts, capables d’insuffler de l’émotion, du rire et de faire passer une colère et la force combative nécessaires pour réhabiliter avec exactitude une vérité historique tronquée.et peut-être même, dans l’état actuel des choses, bafouée.
Ainsi le toujours pétulant et malicieux Jolfred Fregonara, 96 ans, qui fait preuve d’humour, d’une belle vivacité d’esprit et d’une tranquillité réjouissants témoigne. Ainsi, Liliane Croizat, Michel Etievent et quelques autres qui interviennent, dans le plus grand calme, pour que soit rétablie la vérité.

Le résultat est, qu’un film qu’on aurait pu craindre démonstratif, austère et didactique devient, grâce à la virtuosité de Gilles Perret, au choix des intervenants, à la qualité du montage, une épopée en lien direct avec notre quotidien ; non seulement digeste mais passionnante, qui renseigne et vient, sans agressivité, contredire les détracteurs de la sécurité sociale qui accusent les défenseurs d’une institution qui ne serait plus au goût du jour, d’être des archaïques.
"La Sociale
" est un film nécessaire. Il devrait être vu par tous mais plus particulièrement par les jeunes (collège, Lycée, Université) afin que la vérité soit rétablie et que les noms de ceux qui sont à l’origine de l’institution soient, une bonne fois pour toutes, reconnus et fixés dans les mémoires.
Francis Dubois

Pour en savoir plus :

bande de lancement du film et de nombreux autres informations, points de vue, conseils pour organiser une projection-débat… voir le site du film www.lasociale.fr/

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