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Un film de Rafael Lewandowski (Pologne-France)

"La dette" Sortie en salles le 12 septembre 2012

Pawel travaille avec son père dans la fripe en attendant de pouvoir s’acheter un taxi. Il est le mari comblé d’Ewa, et père d’un petit garçon.

Il a toujours cru que son père, Zygmunt, avait été un des héros du syndicat Solidarnosc, trente ans plus tôt.

Mais un procès remue le passé et pourrait bien entacher l’engagement jusque-là considéré comme irréprochable du père.

Pour quelles obscures raisons celui-ci serait-il devenu une taupe au service du pouvoir ?

Lorsque Zygmunt est sur le point de "lâcher" la vérité, un témoin à la barre vient le laver de tout soupçon.

Avec "La dette", Rafael Lewandowski raconte une histoire bien charpentée, solidement interprétée, émouvante sans jamais forcer le trait autour des événements qui ont secoué la Pologne dès août 1980 ; des grèves du chantier naval Lénine de Gdansk à l’entrée en lice du charismatique Lech Walesa, créateur d’un syndicat libre, jusqu’au coup de force du Général Jaruselski, qui en 1981 conduit à la dissolution de Solidarité et entraîne l’arrestation de 10 000 cadres et militants.

Des événements dramatiques feront suite, mais malgré la répression, le célèbre syndicat continue de se développer dans la clandestinité. En 1989, il devient largement majoritaire à l’assemblée nationale polonaise.

Tous les militants de Solidarnosc se sont-ils tous montrés irréprochables sur la durée des événements ? Les pressions de l’autorité en place n’ont-elles pas eu raison de la détermination profonde de chacun à rester sur la ligne ?

Zygmunt a-t-il été contraint de trahir le syndicat pour obtenir la possibilité de faire opérer sa femme dans une clinique de Varsovie ? Et à la mort de celle-ci, pris dans l’engrenage, n’a-t-il par continué à jouer la taupe afin que son fils ne soit pas placé dans un orphelinat ?

Rafael Lewandowski conduit son récit de main de maître, de façon académique certes, mais tellement efficace, suivant un scénario bien huilé qui bénéficie à la crédibilité des deux personnages et donne au récit une émotion rude. Le père et le fils sont animés l’un pour l’autre d’une sourde tendresse et d’une fidélité qui tiendra ses promesses jusqu’au bout et quoiqu’il en coûte.

Et si le cinéaste n’évite pas toujours les poncifs et un certain angélisme familial, il les manipule avec beaucoup de savoir-faire, souvent dans la frontalité.

Et c’est peut-être le culot dont il fait montre, dans son refus de déjouer ces pièges, de les assumer complètement, que "La dette" trouve toute sa puissance narrative.

D’aucun trouveront le traitement vieillot et si c’est vrai, c’est tellement agréable de suivre cette page d’histoire, traitée à l’ancienne, où les personnages sont de chair et d’os.

Francis Dubois

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