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Un film de Roland Edzard (France)

"La fin du silence" Sortie en salles le 7 décembre 2011

Jean, le cadet d’une famille vosgienne d’exploitant en bois, est un adolescent indocile. Un matin, alors qu’il rechigne à se lever, son frère aîné, à la suite d’une violente dispute, le jette hors de la maison.

N’ayant nulle autre part où aller, il rejoint Nils, un voisin bourru qui l’héberge et lui propose pour le lendemain de participer à une battue. C’est la première fois que Jean a un fusil entre les mains. Le plaisir que lui procure la possibilité de tirer le conduit à abattre une biche en chasseur solitaire.
Mais dans le nuit, la voiture de sa mère brûle et tout porte à croire que c’est Jean, qui par vengeance, pour avoir été jeté dehors de chez lui, y a mis le feu…
Pour son premier long métrage Roland Edzard, qui se destinait à la peinture avant de s’essayer à la vidéo et de réaliser quatre courts métrages de fiction, réussit un coup de maître.
Si des maladresses sont à noter dans sa réalisation, il emporte l’adhésion sur l’essentiel de la qualité d’un film : l’atmosphère.
Il parvient à créer, sans se priver des grands espaces vosgiens, une sorte de huis clos au grand air. L’oppression qui naît de son récit n’est due à aucun effet. Elle émane du quotidien ordinaire de cette famille semblable à une autre dont la seule particularité est de vivre dans une maison isolée en pleine forêt.
Théo, le père est un homme paisible qui ne rechigne pas à la tâche. Luc, le frère aîné a la fougue et les emportements de la jeunesse mais c’est aussi un homme calme, plein de bon sens. La mère, maternelle et rude, laisse entrapercevoir entre ses élans de femme de tête une fragilité et beaucoup de bonté enfouie. Le petit frère, et Eva l’adolescente silencieuse complètent le tableau familial.
Mais depuis le départ de Jean et l’incendie de la voiture, plus rien n’est vraiment comme avant. Un grain de sable s’est glissé dans les rouages. La visite de Nils, le voisin, et de son étrange compagne Ida, révèlent en sourdine de vieilles histoires et des rancœurs à fleur de mémoire.
Roland Edzard est, indéniablement, de taille à devenir un grand cinéaste. La construction maîtrisée de son récit associée à son talent pour installer un climat narratif sont des signes favorables. Il n’aura plus, pour sa prochaine réalisation, qu’à s’attacher à la direction de ses acteurs. Car si la prestation, qu’on pourrait qualifier d’instinctive, de Franck Falise convainc, si Maïa Morgenstern actrice roumaine qu’on a vue chez Angelopoulos ou chez Pintillé a de l’envergure, ni Carlo Brandt, ni Thierry Frémont et ni surtout Marianne Basler à qui il semble avoir laissé la bride sur le cou, ne réussissent leur partition.
Ces réserves faites, il reste un beau et solide récit qui sait glisser entre les fils de la trame, sans les révéler tout à fait, ce qui donne la consistance, son motif et le grain final de la toile…
Francis Dubois

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