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La foire à l’ignorance est ouverte, on pourrait en rire, mais il convient plutôt de s’en inquiéter.

Alors que la presse et les réseaux sociaux ne cessent de se faire écho des déclarations toutes plus grotesques et mensongères des hérauts du récit national, on pourrait être tenté de rire devant tant d’ignorance et de contre-sens historiques. Pourtant il convient plutôt de s’en inquiéter.

Dans le cadre de la campagne électorale de 2017, on assiste à une véritable course à l’échalote à qui ira le plus loin dans la caricature de l’enseignement de l’histoire et à qui défendra le mieux le retour aux vraies valeurs à travers une histoire « qui ne doute pas » et qui fait apparaître ses grands hommes et ses mythes : des Gaulois au rôle positif de la colonisation. Tout cela afin de former les citoyens de demain, mais avec des méthodes qui fleurent bon la naphtaline et la IIIe République ; de former des citoyens qui vivent dans un monde ouvert et connecté... en se concentrant sur le pré carré hexagonal !
Il ne s’agit pas ici de pointer les erreurs historiques, et autres mensonges, de N. Sarkozy, F. Fillon, B. Le Maire, D. Casali et consorts, d’autres l’ont déjà fait fort opportunément (ici et ici), mais bien de s’inquiéter des conséquences de ce tir de barrage.

Si l’air est bien connu, le contexte actuel et l’avidité des médias donnent à ces propos une formidable caisse de résonance.

Les programmes d’histoire-géographie, par leur ampleur, par la multiplication des injonctions, placent collègues et élèves devant une tâche sans cesse plus difficile : l’enseignement s’en trouve empêché.
La multiplication de ces discours réactionnaires confisque la parole aux acteurs de terrain et empêche toute réflexion et tout débat constructifs autour de l’enseignement de l’histoire. Ainsi déjà en 2015, lors du processus d’écriture des nouveaux programmes du collège, le groupe d’experts qui les rédigeait pour le CSP, avait été dessaisi de la question suite à une campagne de presse des tenants du récit national. Cela avait abouti à une nouvelle version des programmes reprenant une grande partie des défauts des précédents et évacuant les renouvellements historiographiques qui avaient été introduits en 2008. De même, depuis un an, malgré l’action d’une intersyndicale large et le soutien de l’APHG et d’Aggiornamento, aucun allégement de l’infaisable programme de Terminale S n’est concédé par le Ministère, qui craint sans doute le retour de bâton médiatique.

Le Snes- FSU et le groupe disciplinaire Histoire géographie ont bien été interpellés par ces discours.Outre le nécessaire rappel pédagogique des vérités historiques, ce qui nous préoccupe avant tout ce sont les effets de ces discours sur le métier et la discipline, dont nous n’aurons de cesse de défendre une conception qui n’est pas celle des réactionnaires.

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