Actualité théâtrale

Depuis le 7 octobre au Théâtre Michel

« La peur »

Héroïne de la courte nouvelle de Stefan Zweig, La peur, une femme, Irène, est l’épouse d’un avocat célèbre et s’est laissée séduire par un jeune pianiste, qui lui semble incarner une bohème qui tranche avec son milieu bourgeois. Elle devient la victime d’une femme, Elsa, qui la fait chanter et va peu à peu s’enfoncer dans une spirale de mensonges et de culpabilité au point de frôler la folie et de vouloir se suicider. C’est sur cet effroi grandissant qu’est centrée la nouvelle. Élodie Menant l’a adaptée en donnant beaucoup plus de place aux relations d’Irène et de son mari. Elle éclaire dès le début les insatisfactions d’Irène et les incompréhensions qui se développent entre elle et son mari. Elle a aussi donné à la pièce une fin moins heureuse et plus en accord avec la conquête de leur autonomie par les femmes, même si celle-ci est parfois douloureuse.
culture/théa^tre La mise en scène d’Élodie Menant renvoie à l’univers de la série Mad Men avec une Irène virevoltant en robe à godets dans une maison à la décoration années 50, avec ses baies vitrées, son téléphone accroché au mur et la radio débitant des réclames et les chansons d’Elvis Presley. Comme chez Hitchcock le spectateur est placé en situation de voyeur, observant l’engrenage qui conduit Irène vers la panique et la démence. De façon astucieuse, le décor pivote permettant de voir à la fois l’intérieur de l’appartement et l’extérieur, où rode le maître-chanteur. L’appartement semble se refermer comme un piège autour d’Irène. La peur est incarnée par Elsa (Ophélie Marsaud), qui surgit brusquement lorsqu’on ne s’y attend pas. Hélène Degy campe avec justesse une Irène qui s’ennuie, joue du piano et aimerait que son mari s’occupe davantage d’elle, qui virevolte puis se laisse peu à peu déstabiliser par la menace que représente Elsa, n’arrive pas à dire la vérité et ne voit plus qu’une issue, la mort. Aliocha Itovich incarne Fritz, mari très occupé par son métier d’avocat et qui attache une grande importance à la vérité puisqu’il est sans cesse confronté à des clients qui mentent. Son jeu se transforme peu à peu pour incarner un mari qui semble ne plus rien comprendre à l’attitude de sa femme.

Même si le sentiment de culpabilité et la peur sont moins sensibles que dans la nouvelle de Zweig, cela reste un spectacle agréable.
Micheline Rousselet

Du jeudi au dimanche à 19h

Théâtre Michel
38 rue des Mathurins, 75 008 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 42 65 35 02

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « We love arabs »
    Hillel Kogan est un artiste engagé. Il est à la fois danseur, chorégraphe, interprète, acteur, concepteur et dramaturge mais cette accumulation de titres qui lui ont valu de nombreuses récompenses... Lire la suite (16 septembre)
  • « La nostalgie des blattes »
    Sur un plateau nu, une estrade, et sur cette estrade, assises sur deux simples chaises, deux femmes plus très jeunes. La plus ancienne dans son poste voit arriver la remplaçante avec une belle dose... Lire la suite (11 septembre)
  • « Trahisons » de Harold Pinter
    Jerry et Emma se retrouvent devant un verre deux ans après leur rupture. Leur embarras n’a d’égal que l’émotion de se revoir. Pendant des années, alors qu’une amitié sincère et de très longue date liait... Lire la suite (11 septembre)
  • « Les deux frères et les lions »
    Une ambiance très british avec chansons traditionnelles, thé et scones, nous accueille pour ce conte inspiré d’une histoire vraie, dont les héros sont encore vivants. Deux jumeaux habillés de la même... Lire la suite (7 septembre)
  • « Novecento »
    Novecento est un conte qui nous entraîne sur un paquebot transatlantique, à la rencontre de Novecento, né et abandonné sur le piano de la salle de bal du bateau, devenu un musicien de génie et qui... Lire la suite (5 septembre)