24 novembre 2005
Extrait d’une dépêche AFP :
PARIS, 24 nov 2005 (AFP) - "Pourquoi parle-t-on encore de conseillers d’orientation-psychologues ? Qu’on arrête de les nommer ainsi, l’orientation n’est pas une maladie !" : au coeur du salon de l’Education, ce spécialiste résume bien les credo actuels, où le concret rivalise désormais avec le diplôme.
"On a fait de l’orientation un mot négatif. Il faut que l’on arrête d’appeler les conseillers d’orientation-psychologues (Co-psy) de cette façon, car comment trouver un travail quand on ne connaît pas les métiers ?", s’interroge jeudi, au milieu des stands animés du salon de l’Education, René Silvestre, directeur de l’Etudiant.
l’analyse du SNES :
DE QUOI ONT BESOIN LES JEUNES POUR REUSSIR LEUR ORIENTATION ?
D’être bien informés dira t-on, de savoir quels métiers existent, où sont les débouchés. Réponses simples en apparence mais qui se compliquent dès lors qu’on doit travailler ces questions avec des adolescents.
Certes il est très positif de pouvoir faire découvrir les métiers aux jeunes, de favoriser les contacts avec ceux qui travaillent vraiment. Mais l’expérience montre que ce n’est pas si facile.
· D’abord parce que ce dont les jeunes et les familles veulent connaître ce sont les débouchés dans 3 ou 5 ans. Prévisions que même les branches professionnelles ont du mal à faire · Ensuite, parce que les entreprises n’ouvrent pas facilement leurs portes et que ceux qui viennent parler des métiers aux jeunes ne les connaissent parfois que sur le papier · D’autre part parce que les élèves ont des représentations plus ou moins stéréotypées sur les professions ; celles qui seraient bien pour eux, celles qui sont pour les filles ou pour les garçons, celles qu’ils jugent peu intéressantes ...et une simple visite n’est le plus souvent pas suffisante pour faire bouger ces représentations. S’il en était autrement, comment expliquer l’échec des campagnes sur la revalorisation de l’enseignement professionnel ou sur l’orientation des filles dans les filières scientifiques, malgré les sommes importantes qui leur ont été attribuées.
Pour que les représentations des métiers évoluent, il faut du temps, un travail en profondeur mené, en collaboration avec les enseignants, par des conseillers d’orientation-psychologues qui, contrairement à certains se posant aujourd’hui en donneurs de leçons, ont fait des stages longs en entreprise et connaissent les métiers et les données de l’insertion. Mais trouver les études ou les métiers que l’on aimerait faire n’est pas non plus évident. Il suffirait de cerner ses centres d’intérêt et ses goûts. Est ce si simple ?
· D’une part les intérêts évoluent. Les conseillers d’orientation-psychologues savent bien qu’à 12 ans et à 17 ans ce ne seront pas les mêmes professions qui auront la « cote », que les garçons et les filles ne suivent pas les mêmes cheminements. · D’autre part ces goûts sont fortement influencés par ce que les élèves pensent qu’il leur est possible ou non de faire. Le milieu social, les résultats scolaires, le manque de confiance sont autant d’obstacles qui peuvent limiter les ambitions et empêcher les élèves de s’interroger sur certains métiers et certaines études.
C’est pour cela que les co-psy sont psychologues et non pas parce que l’orientation serait une maladie. Les psychologues ne s’occupent pas seulement des personnes en souffrance, ils interviennent dans des champs variés tels que la formation, l’éducation ou le travail. Il est d’ailleurs, étonnant que certains médias privés qui ont la critique facile pour les conseillers d’orientation-psychologues du service public ne soient pas mieux informés de la diversité des débouchés pour les psychologues !
Parce que les co-psy sont des psychologues, parce qu’ils ont une formation de haut niveau, en économie, sur le monde du travail et le système éducatif, ils peuvent adapter l’information à chaque cas, répondre aux questions individuelles, approcher l’élève dans sa globalité, tenir compte de son évolution, l’aider à se remotiver pour le scolaire.
Ils peuvent aider les élèves en difficulté à prendre appui sur leurs projets d’avenir pour « raccrocher » les études. Car ce n’est pas avec un apprentissage à 14 ans que les jeunes trouveront de l’emploi !
Mais pour cela il faut pouvoir répondre à toutes les demandes, recevoir tous les élèves et toutes les familles qui le souhaitent, faire le lien avec les enseignants pour le suivi et l’aide à l’adaptation.
Aujourd’hui chaque co-psy a en charge 1500 élèves de collège et de lycée. Il faudrait tripler leur nombre pour que chaque élève puisse bénéficier de deux heures d’entretien dans l’année ! Au lieu de cela, le Ministère de l’Education Nationale organise leur disparition en divisant par deux les recrutements, en fermant des CIO, en supprimant des postes sur le terrain.
Mais à qui tout cela va t-il profiter ? Au privé bien sûr qui propose à plus de 200 euros le service de « coachs en orientation » ! Ce dont les jeunes ont besoin, c’est d’une information gratuite, fiable, objective et indépendante ; C’est de l’aide de conseillers- psychologues qui soient vraiment à l’écoute de leurs besoins, de leurs aspirations et les aident à élaborer des projets ambitieux et des parcours de réussite au sein de l’Education Nationale.