Actualité théâtrale

Au Studio Hébertot depuis le 5 janvier 2016.

"La valse du hasard" de Victor Haïm Mise en scène Carl Hallak et Patrick Courtois

Elle est morte tour récemment dans un accident de la route et se retrouve, une petite valise à la main, dans un lieu étrange, face à un homme dont les fonctions sont difficiles à identifier. Dans cette pièce où sont entassées des valises, elle va devoir parler d’elle et surtout dévoiler la raison pour laquelle elle roulait par temps de brouillard, sur une route à la vitesse de 220 kilomètres à l’heure.

Elle va gagner de mystérieux jetons quand ses réponses ou ses révélations vont convenir à son interlocuteur et en perdre quand ce qu’elle aura dit ne le satisfera pas. La règle du jeu est incompréhensible, le gain et la perte de jetons paraissent aléatoires et peut-être ne dépendre que du bon vouloir, de l’humeur de l’homme qui dispose de l’avantage du pouvoir.

JPEG - 33.9 ko
Photo Karl Galim

C’est un étrange face à face. Peut-être un combat entre un homme qui opère entre séduction et sadisme et une femme qui agit entre fragilité et rébellion. On devinera au cours des affrontements qu’il s’agit d’une introspection guidée et que c’est en soi-même que la réponse se cherche.

La pièce de Victor Haïm où l’humour et la cruauté se côtoient, fonctionne au rythme de constants rebondissements reposant sur le déroulement du jeu engagé, sur le gain ou la perte de jetons et cela, même si l’enjeu d’une victoire ne lève jamais le voile sur une issue totalement imprévisible.

"La valse du hasard" n’est jamais une démonstration mais un vrai moment de vie.

Elle soulève, sous couvert d’un divertissement, des questions fondamentales au sujet de l’intégrité, de la compromission, de l’aléatoire et des petits arrangements que l’on concède à soi-même.

Elle comporte sous forme d’une allégorie tragique et cocasse, les préoccupations de l’auteur qui vont de la terreur que lui inspirent les rapports de domination, à l’absurdité que renferme l’arbitraire.

L’empathie est instantanée à l’égard de la femme et son interrogatoire devient vite celui du spectateur.

Et pour l’auteur qui, dans ce texte, revient en filigrane sur ce qu’il a vécu entre 1940 et 1945, rire en parlant du ciel et de l’enfer est peut-être une façon de conjurer la peur et de "digérer" l’horreur.

Les deux comédiens présents sur le plateau rendent avec virtuosité les constantes ruptures de ton du texte, et l’énergie de la mise en scène est en symbiose parfaite avec l’enthousiasme de leur interprétation.

Un petit spectacle en apparence sans prétention mais qui, à la réflexion, va bien au-delà des limites du simple divertissement.
Francis Dubois

Studio Hébertot 78 bis Boulevard des Batignolles 75 017 Paris.

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) 01 42 93 13 04

www.studiohebertot.com

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Fabrice Luchini et moi »
    C’est « une histoire vraie qui n’a jamais existé » que nous conte Olivier Sauton, celle d’un jeune homme qui voudrait être acteur. Une nuit sur un pont, il croise Fabrice Luchini, son idole et lui... Lire la suite (17 février)
  • « Noce »
    L’enfant est venue assister à la noce avec ses parents, une noce somptueuse, historique, où tout le monde rêve d’être invité. Rejetés de la grande entrée vers la petite porte au fond du parc, repoussés... Lire la suite (16 février)
  • « L’amante anglaise »
    Marguerite Duras était intéressée par les faits divers – on se souvient de ses interventions lors de « l’affaire Grégory » - et la folie la fascinait. L’amante anglaise , pièce qu’elle écrit en 1967,... Lire la suite (16 février)
  • « Parle-moi d’amour »
    Le couple qu’a imaginé Philippe Claudel vit ensemble depuis trente ans, habite un quartier huppé et a un appartement au décor design très chic. Au retour d’un dîner avec ses collègues, il l’agace par... Lire la suite (14 février)
  • "Abigail’s party"
    Mike Leigh, surtout célèbre comme réalisateur de cinéma, est aussi connu comme dramaturge au Royaume-Uni. Satire des aspirations, des goûts et du désir de paraître de la middle class qui émerge alors,... Lire la suite (5 février)