Actualité théâtrale

A partir du 1er septembre au Théâtre de Poche Montparnasse.

« La version Browning »

A la fin des années 40, dans une public-school britannique à la veille des résultats de fin d’année, alors que tout le monde se prépare aux vacances, un professeur de grec ancien a convoqué le jeune Taplow pour un cours de rattrapage qui devrait décider de son éventuel passage en classe supérieure. Le professeur Crocker–Harris est détesté et craint par ses étudiants. Atteint de problèmes cardiaques, il va quitter l’institution pour une école peu prestigieuse et c’est à la chute de cet homme, trahi par tous, sa femme, le directeur de l’établissement, son collègue, que nous assistons.

Théâtre : La version Browning

C’est ce texte caustique et cruel, bourré d’humour aussi, écrit par Terence Rattigan en 1948, que met en scène Patrice Kerbrat. Derrière le décor d’une public-school, dont on sait qu’elles accueillent les élèves de milieu huppé, se cache la dureté d’une institution hypocrite et très hiérarchisée, où la descente sociale n’est jamais très loin pour qui ne plaît plus. Les personnages sont ambigus. Crocker-Harris apparaît comme un professeur impitoyable et pourtant ne choisit-il pas cette attitude pour éviter la déception de l’indifférence des élèves face à la tragédie grecque qu’il admire tant ? Sa femme méchante et méprisante ne lui fait-elle pas payer ses rêves déçus ? Et l’ultime pirouette de Taplow n’est-elle qu’un simple calcul ?

Les personnages se croisent dans l’appartement de Crocker-Harris, un salon-bureau avec une tapisserie à petites fleurs, très britannique. Jean-Pierre Bouvier incarne le professeur Crocker-Harris avec ses douleurs et ses émotions étouffées sous une apparente indifférence. Il apparaît faible et soumis, minable avec sa petite toge professorale, face au Directeur et à sa femme qui le traitent avec mépris. Et lorsqu’on le croit en pleine défaite, abattu par la maladie et par la méchanceté et l’indifférence de sa femme, il retrouve la dignité de celui qui n’est pas aussi dupe qu’on l’a cru. Il est formidable. Marie Bunel apparaît à la fois comme la femme d’un professeur d’une institution prestigieuse quand elle est face au directeur ou au jeune couple qui va leur succéder dans l’appartement et révèle une méchanceté noire dans la révélation de sa trahison envers son mari. On peut aussi remarquer Thomas Sagols qui incarne le jeune Taplow avec juste l’ambiguïté que l’on attend. Exprimant son ressentiment contre ce professeur trop sévère, il est capable de le caricaturer avec cruauté, mais aussi de lui apporter un cadeau, moyen d’acheter son indulgence ou finalement petit hommage au professeur ?

Un texte brillant, le milieu des public-schools anglaises croqué avec férocité et pour autant des situations universelles et surtout une excellente distribution, tous les ingrédients sont réunis pour une très bonne soirée au théâtre.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 15h

Théâtre de Poche Montparnasse

75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 44 50 60 67

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