Actualité théâtrale

Jusqu’au 7 mai au Lucernaire

« La vie bien qu’elle soit courte »

Un matin l’architecte Stilianov a décidé de changer de vie. Il s’opposera désormais à la construction d’immeubles qu’il juge aujourd’hui indignes bien qu’il les ait autorisés pendant des années. Mais trop c’est trop ! Malheureusement, en se rendant à la réunion, il va se produire un petit incident qui va contrecarrer ses belles résolutions : il perd le bouton de son pantalon. Impossible de présider la réunion de la commission avec les deux mains accrochées à son pantalon pour le retenir ! Commence alors une folle équipée pour tenter de trouver un moyen d’empêcher la chute de ce pantalon. Elle mènera l’architecte Stilianov au bord de la folie dans les dédales de la bureaucratie.
Théâtre : la vie bien qu'elle soit courte
Cette courte pièce, publiée à Sofia en 1986, est l’œuvre du grand écrivain et dramaturge bulgare Stanislav Stratiev (1941-2000) dont les premières œuvres ont souvent été associées au théâtre de l’absurde. Dans cette pièce, il crée une situation burlesque pour dénoncer avec un humour grinçant les travers d’une société socialiste étouffée par la méfiance, l’individualisme et la bureaucratie. Peu à peu le héros se trouve projeté dans un monde totalement déshumanisé soumis à des règles plus absconses et absurdes les unes que les autres. Pour autant, la pièce n’a rien de daté. On se sent un peu frère de cet homme qui décide de changer sa vie et se heurte à tous les obstacles possibles, qui croit avoir trouvé un moyen d’obtenir de l’aide et est chaque fois à côté de la plaque !

Sophie Accard, qui signe la mise en scène, a installé sur scène une sorte de cage qui souligne l’enfermement des personnages et évoque aussi l’inhumanité des immeubles construits pour le peuple. Ouvert, le dispositif révèle des appartements puis devient un atelier de réparation. Tout est gris foncé comme les immeubles tristes qu’a conçu l’architecte, jusqu’à ce jour où il a décidé de changer de vie. Léonard Prain interprète l’Architecte, un intellectuel qui se heurte à un monde qui lui est étranger et qui, pitoyablement accroché à son pantalon, échafaude des plans pour sortir de la situation. Sur son visage passent l’étonnement, la colère puis la rage et enfin la résignation. Sophie Accard est la Femme. Parfois, elle commente la situation mais elle incarne aussi plusieurs habitantes des immeubles construits par l’Architecte, toutes acariâtres, méfiantes, obstinées et obéissantes jusqu’à l’absurde aux règles et aux lois. Tchavdar Pentchev est l’Homme, d’abord narrateur, puis occupant illégitime et irascible d’un appartement, ensuite employé à l’accueil d’une entreprise de petite réparation, chef d’atelier et chef de secteur de cette même entreprise puisque, pour des raisons d’économie budgétaire, il y occupe les trois postes. Sophie Accard a utilisé la qualité de Bulgare de l’acteur pour introduire dans la pièce quelques facéties supplémentaires ! Les consignes d’éteindre son téléphone et de ne pas filmer sont données en bulgare et à la fin, c’est en bulgare que l’on demande aux spectateurs de vanter le spectacle.

Il est rare que sous le rire perce dans une pièce autant de finesse dans l’observation des relations sociales. Allez au Lucernaire découvrir cet auteur et cette mise en scène. Vous rirez, vous serez désespéré par tant de bêtise mais vous vous en souviendrez !

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 19h

Théâtre du Lucernaire

53 rue Notre Dame des Champs, 75006 PARIS

Réduc’SNES sur réservation : 01 45 44 57 34

Festival d’Avignon du 7 au 31 juillet Théâtre Buffon à 14h50

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Vertiges »
    Dans un entretien, Nasser Djemaï, l’auteur et metteur en scène de Vertiges, évoque ces cités où il a vécu enfant et leurs transformations avec la montée du chômage. On y trouve dit-il « des familles... Lire la suite (22 février)
  • « Fabrice Luchini et moi »
    C’est « une histoire vraie qui n’a jamais existé » que nous conte Olivier Sauton, celle d’un jeune homme qui voudrait être acteur. Une nuit sur un pont, il croise Fabrice Luchini, son idole et lui... Lire la suite (17 février)
  • « Noce »
    L’enfant est venue assister à la noce avec ses parents, une noce somptueuse, historique, où tout le monde rêve d’être invité. Rejetés de la grande entrée vers la petite porte au fond du parc, repoussés... Lire la suite (16 février)
  • « L’amante anglaise »
    Marguerite Duras était intéressée par les faits divers – on se souvient de ses interventions lors de « l’affaire Grégory » - et la folie la fascinait. L’amante anglaise , pièce qu’elle écrit en 1967,... Lire la suite (16 février)
  • « Parle-moi d’amour »
    Le couple qu’a imaginé Philippe Claudel vit ensemble depuis trente ans, habite un quartier huppé et a un appartement au décor design très chic. Au retour d’un dîner avec ses collègues, il l’agace par... Lire la suite (14 février)