Actualité théâtrale

Théâtre des Bouffes du Nord, jusqu’au 21 juillet 2012

"Le Bourgeois Gentilhomme"

"Le Bourgeois Gentilhomme"

Comédie-ballet de Molière Mise en scène Denis Polalydès

Nous sommes à une époque où la tendance est à revisiter les œuvres classiques et de nombreux textes du répertoire, tel que l’ont fait Daniel Véronèse avec "Oncle Vania" de Tchékov, Ivo Van Hove, cette saison aux Ateliers Berthier avec son magnifique "Misanthrope" ou Gwénaël Morin avec sa série " d’après" : " Lorenzaccio, d’après Lorenzacio", "Bérénice, d’après Bérénice", "Woyzek, d’après Woyzek ou "Tartuffe d’après Tartuffe" , pour ne citer que ces exemples très réussis et qui donnaient une autre lecture de textes célèbres et renouvelaient l’intérêt parfois émoussé du spectateur.

A contrario, Denis Podalydès, sans doute renforcé dans ses convictions par son appartenance à la Comédie Française, a choisi en digne représentant de la grande Maison, de redonner au "Bourgeois gentilhomme" sa forme originale de comédie-ballet, mise en musique sur les partitions de Lully.

Enfant gâté du théâtre, du cinéma, de la télévision, écrivain inspiré à ses heures, lecteur de qualité, Denis Podalydès a peut-être bien, avec ce " Bourgeois Gentilhomme" mordu le trait et largement dépassé les limites de cette modestie où le public semblait l’avoir cantonné.

En laissant la bride sur le cou à l’interprète du personnage de Monsieur Jourdain qui donne dans le jeu excessif et grimaçant, avec regards complices en direction du public, en faisant appel à des danseurs qui proposent une vraie chorégraphie, en faisant appel aux solistes d’un ensemble baroque et en demandant au couturier Christian Lacroix de dessiner des costumes magnifiques certes, mais sous lesquels, les comédiens croulent ou disparaissent, il a mis en scène une énorme machine qui ne bénéficie que très peu du charme du plateau du Théâtre des Bouffes du Nord.

S’il reste beau, le spectacle s’agite beaucoup et en forçant le trait, manque souvent sa cible : faire rire à tout prix. Et il faut attendre l’arrivée de comédiens sachant déjouer les pièges de l’excès, tels Thibault Vinçon –Cléante- ou Alexandre Steiger –Cavielle- pour que le spectacle se recadre et que d’une certaine façon, on retrouve Molière.

En ces temps où des compagnies tirent la langue d’épuisement, où des lieux sont menacés de fermeture par baisse de subvention, on peut ressentir comme une provocation une telle abondance de moyens. Car, que cela apporte-t-il aux personnages de monsieur et madame Jourdain, marchands d’étoffes de leur état, d’être habillés par un grand couturier ?

Quand on voit cette débauche de brochés et brocarts, on est tenté de faire un mauvais jeu de mots et de dire que pour sa mise en scène, Denis Podalydès n’a pas toujours fait dans la dentelle…

Francis Dubois

Du mardi au samedi à 21 heures, matinée le samedi à 15h30

Les Bouffes du Nord 37 bis boulevard de la Chapelle 75 010 Paris

Tél 01 46 07 34 50 / www.bouffesdunord.com

En tournée :

Du 26 au 29 novembre 2012, Les Théâtres de la ville de Luxembourg

Le 13 octobre 2012, Le Carré, Sainte-Maxime

Le 16 et 17 octobre 2012 Théâtre Olympia Arcachon

Le 20 et 21 octobre 2012 Le Prisme Elancourt

Du 23 au 25 octobre, Maison de la Culture Amiens

Du 9 au 16 novembre Théâtre de la Place Liège (Belgique)

Du 19 au 21 novembre 2012 Opéra Royal de Versailles

24 et 25 novembre 2012 Opéra de Vichy

1er et 2 décembre 2012 Opéra de Massy

Du 6 au 8 décembre 2012 CNCDC de Châteauvallon Ollioules

Du 11 au 15 décembre 2012 Théâtre de Caen

19 et 20 décembre Opéra de Limoges

Du 5 au 11 janvier 2013 La Criée Marseille

Du 15 au 18 janvier 2013 Théâtre Royal de Namur( Belgique)

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