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Le Collège pour tous : une utopie ?

Par le biais de suppressions massives d’emplois, le gouvernement impose aujourd’hui un recentrage sur la scolarité obligatoire, réduite pour une partie de la jeunesse à l’acquisition d’un socle commun de connaissances et de compétences.

Programmes lourds qui ne font pas toujours sens pour les élèves, classes de plus en plus hétérogènes aux effectifs trop chargés, travail quasi exclusif en classe entière sans moyens pour aider les élèves en difficulté, réduction des horaires disciplinaires… les politiques gouvernementales successives ont négligé l’importance de l’investissement éducatif au niveau du collège alors que dans le même temps les inégalités sociales et territoriales se sont amplifiées.

Face à un échec scolaire qui concerne en moyenne 10 à 15% des élèves, face à des incivilités ou des phénomènes de violence qui n’épargnent plus aucun établissement – mais qui sont plus difficiles à supporter dans les collèges défavorisés, le doute s’installe dans la profession : le collège n’est-il pas trop uniforme ? Tous les élèves peuvent-ils vraiment y réussir ?

Par le biais de suppressions massives d’emplois, le gouvernement impose aujourd’hui un recentrage sur la scolarité obligatoire, réduite pour une partie de la jeunesse à l’acquisition d’un socle commun de connaissances et de compétences. Ce socle serait censé leur fournir les « bases de l’éducation » pour s’insérer dans la vie active dès la fin du collège, à charge pour eux de profiter plus tard d’une hypothétique formation tout au long de la vie. Il cherche aussi à redéfinir les missions des enseignants, à dénaturer leur métier, à annualiser leur service et à imposer une bivalence que la profession a pourtant largement rejetée l’an dernier. Quant à la suppression programmée de la carte scolaire, elle ne fera qu’amplifier les phénomènes actuels de ségrégation scolaire, à laquelle, seuls les élèves les plus « méritants » pourraient échapper. Sans nier les difficultés du collège - la réalité confirme qu’il ne suffit pas de mettre tous les élèves dans le même creuset pour produire spontanément de la réussite - le SNES n’entend pas renoncer au principe d’un collège pour tous qui dispense une culture commune exigeante. Car vivre et s’insérer dans une société développée, y être acteur et citoyen, requiert l’acquisition de savoirs et savoir-faire complexes et une maîtrise critique de l’information. Il faut donc prévenir l’échec de manière précoce et inventer des solutions tant qu’arriveront en 6ème des élèves qui auront peu tiré profit de leur scolarité antérieure. Cela suppose de l’ambition pour tous les jeunes, et un investissement éducatif à la hauteur du défi à relever. Il est donc urgent de rompre avec la politique budgétaire actuelle qui esquive les besoins des jeunes les plus éloignés de la culture scolaire, et de revenir sur les dizaines de milliers de suppressions de postes réalisées ou à venir.

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