SNES (MAURITANIE)

Le SNES-Mauritanie en tournée !

Depuis deux ans, avec l’aide du SNES-FSU, des militants du SNES Mauritanie se rendent chaque semaine dans les collèges et lycée, à la rencontre des collègues. Interview de Sidi Idoumou Boudidè, secrétaire général.

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Comment est venue cette idée de tournées d’établissements ?

Il est très difficile de réunir les collègues en-dehors des établissements, donc nous avons décidé de profiter des récréations. Les récréations, ce sont des réunions toutes faites, seulement elles sont très courtes. On en profite, on vient en salle des professeurs après avoir rencontré le directeur, et on discute avec les collègues, on s’informe sur les problèmes de l’établissement, ce que les collègues rencontrent comme difficultés, et on leur propose le syndicat. On discute de l’éducation, des nouveautés, on échange des informations et on leur propose rapidement le syndicat. On le présente, on présente des documents, et on prend les contacts des collègues pour maintenir un suivi. Et ça marche ! Des collègues, souvent, maintiennent le contact, et par la suite adhèrent au syndicat. Ainsi, on a soit des membres, soit des sympathisants, des collègues avec qui on installe une connaissance, on scelle une relation, qu’on informe, avec qui on s’informe. Cela nous fait énormément de bien !

Quelles sont les questions qui reviennent le plus souvent ?

Actuellement le sujet de l’heure, ce sont les statuts. Parce qu’au niveau du texte actuel, le statut de l’enseignement secondaire, on pense qu’il y a des lacunes qu’il faudrait combler.
On a aussi des questions sur les salaires, car les collègues sont très mal payés. Egalement sur les retards d’indemnités, comme l’indemnité d’équipement, qui n’est toujours pas payée alors qu’elle aurait dû l’être depuis le début de l’année !

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Y a-t-il des questions sur des problèmes locaux, des tensions avec la direction ?

Généralement les problèmes locaux ne sont pas très importants. Les chefs d’établissement sont des professeurs, et ils sentent les mêmes problèmes que les professeurs. On ne ressent pas les chefs d’établissements comme des employeurs, et les professeurs comme employés, c’est une équipe qui travaille en symbiose généralement. On peut avoir des exceptions, mais c’est rare.

Etes-vous parfois confrontés à des réactions hostiles ?

Absolument ! On nous accuse beaucoup d’utiliser politiquement le syndicat, de manipuler les professeurs pour des fins politiques. Un professeur m’a même dit un jour que les professeurs qui travaillent au syndicat sont des professeurs qui sont incapables d’enseigner ! Il devait penser que nous travaillons au syndicat car nous ne sommes pas capables d’aller enseigner dans le privé. Vraiment il a tort ! Moi par exemple, je suis professeur de sciences naturelles, de formation française, une des denrées les plus rares en ce moment. Chaque jour on me sollicite pour enseigner dans le privé mais je refuse ! Simplement j’ai une cause, je crois que je gagnerai plus à organiser les professeurs, à arracher des avantages que tout le monde aura, que de mettre de l’argent dans ma poche.

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Qu’avez-vous appris de ces tournées ?

Je retiens que les collègues sont très déçus de l’action syndicale. En fait, qu’on fait les syndicats jusqu’à aujourd’hui ? Venir, proposer leur carte, et quelque temps après, leur demander d’engager des luttes. Il n’y a pas de formation syndicale, de réunions entre collègues pour échanger des informations. Je crois que cela manque énormément. Tous les syndicats, notamment enseignants, doivent éviter de ce qui risque d’être perçu comme une utilisation politique du syndicat. Ils doivent chercher à organiser des formations, des réunions d’échanges d’expériences avec les collègues, même si c’est très difficile. Les bulletins d’information ne marchent pas trop car les gens n’ont plus le temps de lire quoi que ce soit. Un collègue m’a dit un jour ’j’enseigne de 8H à 21H, y compris le week-end’... Les gens sont vraiment robotisés par l’enseignement privé. En résumé je crois qu’on doit, pour tous ceux qui veulent faire du syndicalisme en Mauritanie, aller rencontrer les professeures le plus souvent possible, et aussi ouvrir vraiment les structures du syndicat, changer les dirigeants le plus souvent, tout en tenant compte de l’importance d’avoir des collègues en qui on peut avoir confiance.

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Comment sont organisées ces visites ?

On va dans les établissements pendant la récréation. Les jours ouvrables, à 10H, les collègues ont 15 min de récréation. On vient, on s’assoit parmi les collègues et on commence à discuter avec eux et à leur proposer le syndicat.
Le plus souvent, certains expriment leur intérêt pour le syndicat, on note leur contact et on les appelle. Pour vraiment être sûrs d’avoir rencontré tous les collègues de l’établissement, nous sommes obligés de faire autant de visites que de jours de la semaine.
A Nouakchott, huit militants se sont chargés de ces visites cette année.
On effectue souvent les visites avec deux militants, car certains n’ont pas beaucoup d’expérience en matière de plaidoyer, de sensibilisation.
Il y a aussi une autre dimension : quand on est deux ou trois, on a plus de chances d’avoir des amis, des connaissances, et cela aide aussi parfois !
On distribue les statuts du syndicat, la plate-forme revendicative, le bulletin...
Les collègues qui vont en mission dans les établissements remplissent ensuite un formulaire de rapport. On garde ceux qui comportent des informations utiles, on les saisit et on fait une synthèse. On note la date de la visite, les noms des collègues, les numéros de téléphone...

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Avez-vous pu constater un impact de ces tournées sur la syndicalisation ?

On constate que la syndicalisation augmente, mais c’est encore un peu tôt cette année pour tirer une conclusion définitive.
Ce qui est sûr, c’est qu’il y a un intérêt évident et de nouvelles adhésions.

Propos recueillis par Florian Lascroux le 21 avril 2016.

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