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Un film de Rama Burshtein (Israël)

"Le cœur a ses raisons" Sortie en salles le 1er mai 2013

A dix-huit ans, Shira qui vit au sein d’une famille juive orthodoxe de Tel-Aviv, rêve de mariage.

Lorsque sa sœur Esther meurt en couches, il est question que Yochay, son veuf, aille se remarier en Belgique.

Mais chez sa mère germe une autre idée : et si Yochay, au lieu d’aller chercher si loin, épousait en secondes noces sa belle-sœur Shira ?

Désormais,la balle est dans le camp de la jeune fille qui, entre le cœur et la raison, devra choisir.

L’idée du film de Rama Burshtein est née d’un fait réel : au cours d’un repas qui réunissait des représentants de la communauté juive orthodoxe, une très jeune fille est venue s’asseoir à la même table que la réalisatrice. Elle portait les très beaux bijoux qu’elle avait reçus à l’occasion de ses fiançailles avec le mari de sa sœur qui était décédée.

" Le cœur a ses raisons" se déroule principalement à l’intérieur de la maison, axant tout le récit sur les personnages, les dialogues, le cadre et les lumières. Le décor des intérieurs minutieusement filmés jusque dans les détails prennent beaucoup d’importance ainsi que les costumes pour lesquels la créatrice s’est inspirée du monde hassidique.

Le choix de situer le récit du film à Tel-Aviv était, pour la réalisatrice, lié au fait qu’elle voulait éviter de faire de son film un récit traitant des relations entre religieux et laïcs ; cela, sans pour autant dévoiler le partage de la ville et évoquer ses aspects non religieux .Car il était sans doute important pour elle de souligner la possibilité d’une cohabitation harmonieuse, dans la même ville ; entre la communauté hassidique ultra-orthodoxe et ses voisins laïcs.

"Le cœur a ses raisons" se déroule dans un monde où les règles sont rigides, les traditions respectées à la lettre. Un monde où les pratiquants, plutôt que de tenter d’échapper aux contraintes, cherchent le moyen non seulement de s’en accommoder, mais d’y vivre en toute sérénité.

Parfois, parce qu’il baigne dans cet univers régi par des règles d’une grande rigueur où aucun écart n’est concevable, le film prend des allures de film d’époque dont le récit aurait pu tout aussi bien se situer en Pologne au siècle dernier, à Brooklyn, que de nos jours à Tel-Aviv.

La communauté semble vivre en vase clos, hors du monde moderne. Et dans ce contexte, le choix devant lequel se trouve Shira paraît presque incongru et le personnage, par son indépendance, faire preuve d’une grande audace.

Le décor réduit aux intérieurs et une photographie constituée surtout de gros plans renforcent l’impression d’enfermement.

La marge de liberté dont dispose la protagoniste d’épouser ou non son beau-frère, constitue une des règles de la communauté ultra-orthodoxe, opposée à l’idée de mariages arrangés par les familles. Si dans le monde hassidique, il arrive parfois que les parents suggèrent de futurs conjoints à leurs enfants, ils laissent à chaque membre du futur couple la liberté de donner son accord ou non.

Le film s’ouvre sur la fête de Pourim dont la célébration annuelle est contée dans le livre d’Esther. Or, dans ce livre, contrairement à d’autres récits bibliques, le salut des juifs n’est pas d’ordre divin puisque c’est Esther elle-même qui est parvenue à convaincre le roi de les sauver. La célébration de la fête permet de découvrir le goût d’une communauté réputée menottée par les règles et les traditions, pour la fête, le rire, le bon manger et le bon boire.

En dehors de son sujet et de la façon de le traiter, le plus intéressant, c’est que ce film ait pu se faire, qu’il ait été réalisé par une femme appartenant de près à la communauté orthodoxe alors que le sujet met à mal toutes les règles et celles concernant notamment la relation homme-femme.

Francis Dubois

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