Archives

Le collège depuis la loi d’orientation

La loi « Fillon » n°2005-380 du 23 avril 2005 est une loi d’orientation qui prétend assurer la réussite de tous les élèves mais, fondée sur une idéologie du don et des talents « naturels », elle promeut en fait une école à plusieurs vitesses qui organise en son sein le tri social.
Quelques jours avant sa promulgation, le Conseil constitutionnel avait rejeté le rapport annexé à la loi, retardant momentanément son application. Mais pratiquement toutes les dispositions contenues dans ce rapport, même les plus contestées, ont fait l’objet de décrets, d’arrêtés ou de circulaires d’application. C’est le cas, par exemple, des décrets sur les remplacements de courte durée qui posent à partir du 1er janvier 2006 le principe du remplacement dans les établissements des absences d’une durée inférieure ou égale à deux semaines et les taux de rémunération (décrets n° 2005-1035 et 1036 du 26-8-2005).

Plusieurs textes d’application de la loi d’orientation concernent directement le collège

Décret sur les Dispositifs d’aide et de soutien pour la réussite des élèves au collège (Décret 2005-1013 du 24-8-2005).

L’intitulé de ce décret est trompeur, car il organise en fait la scolarité du collège, bien au-delà de la seule question des dispositifs d’aide et de soutien.

Le socle commun dont le contenu a été défini par la suite par décret, y est présenté comme l’acquisition minimale des élèves de collège. "D’autres enseignements", dont "la maîtrise est reconnue comme indispensable pour la poursuite des études" sont proposés à ceux qui maîtrisent le socle.

Le PPRE (programme personnalisé de réussite éducative) institué par l’art.5-1 du décret sera précisé dans la circulaire n° 2006-138 du 25-8-2006. Il est proposé par le chef d’établissement aux familles concernées et peut s’articuler avec un dispositif de réussite éducative.

Ce décret facilite également des possibilités dérogatoires en matière d’horaires et de programmes
• Des aménagements pour les EIP (élèves intellectuellement précoces) ou pour ceux manifestant "des aptitudes particulières" dont la scolarité pourra être accélérée.
• "Des actions particulières pour l’accueil et la scolarisation" pour les non- francophones,
L’article 5-2 réaffirme l’existence des SEGPA (sections d’enseignement général et professionnel) pour les "élèves qui connaissent des difficultés scolaires graves et durables".

Commentaires du SNES :
Avec ce décret, le collège n’a plus vocation à dispenser une culture commune à tous les élèves et de les mener à l’une des trois voies du lycée (ce qu’affirmait le décret de 1996). Bien qu’il se défende de recréer des filières, théoriquement interdites, ce décret met fin au collège pour tous en validant des mesures qui fondent très tôt dans la scolarité des collégiens une inégalité de traitement, rendant possible l’exclusion et l’éviction précoce des élèves les plus fragiles. En distinguant le socle commun d’une part, et les autres enseignements d’autre part, ce texte permet de cantonner les élèves les plus en difficultés au seul socle commun (devenu d’ailleurs « l’objectif cible » en ZEP). Il valide donc l’organisation des études au collège à deux niveaux. Pour ceux qui seront jugés "naturellement" aptes, l’ensemble de la culture scolaire qui leur permettra de poursuivre leurs études après le collège, pour les autres des apprentissages réduits au strict nécessaire (le fameux « recentrage sur les fondamentaux »).

Décret qui définit le socle commun (décret n° 2006-830 du 11-07-2006)

Le socle est organisé en 7 piliers qui répertorient des connaissances, des capacités et des attitudes. Les piliers 1 à 5 couvrent des domaines traditionnellement enseignés. Les piliers 6 et 7 ont un contenu transversal, et intègrent des attitudes aussi diverses que le respect des autres ou la participation à des activités d’intérêt général et des capacités telles que « savoir organiser son travail » ou « travailler en groupe » qui sont par définition très difficiles à évaluer. Certaines disciplines sont clairement identifiées dans certains piliers (français, maths, LV, SVT…) tandis que d’autres jouent plutôt le rôle de « figurants » (technologie, enseignements artistiques, EPS) au service de l’acquisition de compétences comportementales ou transversales.

Le socle, assorti du PPRE, est présenté comme l’objectif et le viatique des élèves en difficulté scolaire. Partant du principe qu’on apprend marche par marche, recentrant les apprentissages sur les fondamentaux, renforçant la hiérarchie entre les disciplines, le socle risque au contraire d’éloigner encore plus ces élèves du sens des apprentissages, et de les enfermer dans une forme de répétition pourtant largement reconnue comme inefficace. Car la vertu pédagogique du PPRE, qui consiste à rabâcher certaines notions dans les disciplines jugées prioritaires, reste à démontrer.

Pour le SNES, le savoir ne se construit pas de manière linéaire, l’apprentissage d’une nouvelle notion permet parfois des déblocages et une bonne compréhension d’un point abordé précédemment, qui n’était que partiellement acquis.

Le socle pourrait aussi légitimer une réduction des horaires des élèves, en transférant en dehors de l’école ce qui ne relève pas directement du socle, comme si en limitant les exigences actuelles, on assurait la réussite de chaque élève !

A la notion de socle commun, nous opposons le concept de culture commune : une culture large, ouverte, diversifiée, (intégrant au même titre des éléments de culture générale, technologique et professionnelle), qui structure les connaissances et permet le raisonnement, le questionnement, l’expérimentation, l’argumentation, le développement de l’esprit critique et de la créativité, la maîtrise des langages. Une culture qui crée également des valeurs partagées, largement au-delà de comportements imposés.

Le livret de compétences (décret n° 2007-860 du 14.5.07)
Le livret de compétences devait entrer en vigueur à la rentrée 2008 après une expérimentation menée dans toutes les académies en 2007-08. Mais aucune des deux versions expérimentées n’a apparemment séduit la profession. Si le Ministère ne renonce pas à son projet, il retarde l’entrée en vigueur de ces livrets qui seront peut-être opérationnels dans les écoles primaires au cours de l’année 2008-09. Preuve, s’il en faut, que l’évaluation incessante de micro-compétences ne va pas de soi et pose de multiples problèmes.

Décrets sur le Diplôme national du brevet
Les trois séries du brevet (collège, technologique et professionnelle) sont maintenues à titre transitoire. Mais le brevet se transforme progressivement. Plusieurs décrets et arrêtés déclinent d’ores et déjà l’article 32 de la loi Fillon.
Ainsi les mentions ont été introduites par le décret n° 2005- 1010 du 22-8-2005 ; l’arrêté du 1-6-06 instaure la note de vie scolaire (il précise également que le contrôle continu ne porte plus que les résultats obtenus en 3ème ) ; l’arrêté du 15-5-2007 fait du B2i et du niveau A2 en LV des éléments incontournables pour l’obtention du brevet ; enfin la note de service n° 2008-003 du 9-1-08 précise les modalités d’attribution du DNB pour la session 2008 en ce qui concerne la validation de ces deux piliers du socle que sont le B2i et le niveau A2 en LV.

Autres articles de la rubrique Archives

  • Apprentissage junior : DISPOSITIF SUSPENDU
    Comme l’avait promis le candidat Sarkozy, le dispositif "apprentissage junior" a été "suspendu" à la rentrée 2007 ; pour le moment, il n’est pas "abrogé" puisqu’il est convenu que les élèves engagés... Lire la suite (Décembre 2007)
  • Apprentissage junior
    Parmi les mesures annoncées par le Premier ministre en réponse à la « crise des banlieues », l’abaissement de l’âge d’accès à l’apprentissage est une mesure importée du passé qui ne correspond absolument pas... Lire la suite (Février 2006)
  • Groupe de travail personnels
    Un groupe de travail ministériel MGI/ MLDS est prévu le 11 février au ministère. la CA Nationale du SNES du 15 janvier dans sa motion action demande l’ouverture d’une discipline type CPIF dans le... Lire la suite (Janvier 2014)
  • Le point sur le collège - avril 2010
    Le point sur le collège Cliquer sur l’image pour télécharger le document : S O M M A I R E Tous les élèves peuvent-ils réussir au collège ? Quelle aide aux élèves ? La mixité sociale des collèges... Lire la suite (Septembre 2010)
  • Rapport Grosperrin : du socle au plafond !
    Un rapport sur « la mise en œuvre du socle commun de connaissances et de compétences au collège » vient d’être publié par la Commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée... Lire la suite (Septembre 2010)