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Un film d’Hélène Lee (France)

"Le dernier rasta" Sortie en salles le 27 avril 2011

Au tout début du vingtième siècle, le jeune Léonard Percival Howell quitte la Jamaïque pour devenir marin et parcourir le monde. Au gré de son parcours, il se trouve confronté avec toutes les idées qui agitent l’époque. Il aurait pu choisir entre le bolchevisme, la philosophie de Gandhi, l’anarchisme ou la psychanalyse mais à son retour à la Jamaïque, sans doute marqué par toutes ces idées à la fois, il fonde en 1939, la première communauté Rasta, le Pinacle.
C’est lui, Léonard "Gong" Howell, qui sera à l’origine du mode de vie et de pensée qu’est la culture du Reggae et que Bob Marley, grâce à sa notoriété, répandra à travers le monde.
Né en pleine période coloniale, le mouvement rasta, ressenti comme contestataire car mettant en question tout à la fois, le système financier mondial, les partis et les religions, les atteintes portées à l’environnement ou à l’affirmation des identités, s’est vu systématiquement marginalisé et persécuté.
Tout a été fait pour effacer le souvenir de son fondateur, Léonard Percival Howell, dit "le gong", et c’est grâce à un long travail de trente années qu’Hélène Lee est parvenue à exhumer son histoire.
En 1999, cette journaliste traductrice réalisatrice publie chez Flammarion, une biographie du "Gong" qui sera traduite dans trente langues et deviendra un ouvrage de référence.
Ce personnage flamboyant a, au gré des massifs exodes du début du vingtième siècle, fait plusieurs fois le tour de la terre, et été, au premier rang, le témoin conscient de la formation de ce nouvel ordre mondial qui allait déposséder des millions d’êtres humains de leurs terres, de leur langue et de leur identité.
Devenu, par ses prises de positions, la bête noire de la Jamaïque des indépendances, il a été emprisonné, spolié de ses biens, ridiculisé avant que son nom ne soit définitivement effacé de l’Histoire.
Mais il aura vécu assez longtemps pour voir son message diffusé sur les cinq continents, à travers le reggae, même si le système a tout tenté pour donner des Rastas une image négative, celle de musiciens et d’amateurs de musique jamaïcaine, hirsutes marginaux, fumeurs de joints.
Pourtant, grâce à l’étonnante longévité du message, à la qualité des rythmes musicaux, le Reggae a traversé les décennies et sa diffusion a su toucher toute les strates de la société.
Aujourd’hui, Hélène Lee qui n’en démord pas et dont il faut souligner la ténacité, propose un documentaire passionnant et émouvant.
Peu d’écrits de Léonard Percival Howell avaient résisté à la destruction et elle ne disposait de lui que de quelques photographies. Pour construire son film, elle s’est servie d’archives cinématographiques, de rapports de police, d’articles de journaux mais elle a surtout laissé la parole à des témoins directs et ces survivants, souvent centenaires, par leur propos, décrivent un mouvement rasta bien loin des clichés.
Les témoignages souvent bourrés d’humour et de bon sens, finissent par dessiner les contours d’un personnage formidable, leader d’un mouvement qui a combattu un système mondial tout puissant où les Noirs d’Amérique et d’Afrique étaient considérés comme des sous-hommes exposés à d’incessantes persécutions, à la discrimination raciale et aux travaux forcés.
Il ne reste plus au public qu’à aller voir le film et aux circuits associatifs de le diffuser le plus largement possible.
Francis Dubois

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