6 octobre 2010
Présentée par le ministère comme une étape supplémentaire de la modernisation du lycée, la réforme de la classe de seconde se met en place dans la plus grande précipitation. Dès la rentrée, les premiers effets négatifs que nous avions dénoncés apparaissent.
Contrairement à ce qui avait été annoncé, les élèves et leurs familles n’ont pas toujours eu le choix des enseignements d’exploration (EE). Soit parce que la carte des EE ne propose pas tel ou tel enseignement dans leur établissement de secteur, soit parce que les chefs d’établissement, pour des raisons de commodité de conception des emplois du temps, ont imposé ou fortement guidés le choix des élèves. Le regroupement dans les mêmes classes des élèves ayant choisi les mêmes EE risque fortement de recréer des classes de prédétermination (MPS => S, Littérature et société => L) de façon volontariste dans certains établissements.
L’accompagnement personnalisé, mesure phare, plébiscitée par les parents d’élèves va créer beaucoup de désillusions. N’oublions pas qu’il est financé par une réduction des horaires disciplinaires. Son organisation est laissée à l’autonomie de l’établissement ou plutôt du chef d’établissement. Aucun plan de formation des collègues intervenant dans l’accompagnement personnalisé n’a été prévu. Les premières remontées des établissements montrent une tendance qui se dessine nettement concernant la mise en place de cet accompagnement personnalisé : le grand bazar. Nous attendons avec impatience l’analyse qu’en feront les autorités académiques car il faudra une bonne dose de mauvaise fois pour transformer en réussite le capharnaüm de cette rentrée. Que reste-t-il ?
Un formidable levier de suppression de postes, d’autant plus
que le rapport " confidentiel " de l’inspection générale confirme que
le lycée a été épargné lors de la rentrée 2010 au détriment du
collège afin de faire accepter la réforme du lycée.
Une possibilité accrue pour les chefs d’établissement de choisir
les postes à supprimer par transfert de l’accompagnement
personnalisé d’une discipline à une autre.
Un contournement des statuts par l’annualisation de certains
horaires et par le recours aux HSE alors que l’accompagnement
personnalisé doit être intégré aux services.
La déclinaison de la réforme en première doit être l’occasion de faire prendre conscience à tous (personnels, usagers, opinion) des effets délétères des projets gouvernementaux afin de créer les conditions d’une remise à plat de la réforme pour construire un nouveau lycée réellement démocratique.
Jean Pascal Méral