Actualité théâtrale

Jusqu’au 23 octobre au Lucernaire

« Le jeu de l’amour et du hasard »

Sylvia voudrait bien savoir qui est réellement Dorante, le mari que son père lui destine. Elle demande donc à sa servante Lisette d’échanger leurs rôles pour juger des qualités de ce prétendant. Elle en avertit son père, M. Orgon, qui de son côté a reçu une lettre du père de Dorante lui annonçant l’arrivée de son fils, qui a eu la même idée et a échangé son rôle avec celui de son valet Arlequin. M. Orgon décide de garder le secret. Sous son regard amusé et celui de son fils, Mario, les quatre amoureux vont se débattre sous leurs fausses identités pour tenter d’être aimés pour ce qu’ils sont, en dépit des conventions sociales.

Théâtre : Le jeu de l'amour

Marivaux, comme d’habitude nous parle de désir, d’amour et de mensonge. Sans être un révolutionnaire, il éclaire ce que les comportements doivent aux différences des positions sociales et suggère le début d’émancipation des femmes, leur désir d’être entendues et aimées.

Salomé Villiers a souhaité confronter le propos de Marivaux sur son époque à une image d’aujourd’hui. Respectant à la lettre le texte, elle en propose une version pop-rock avec des vidéos qui ont la qualité de n’être pas redondantes et d’apporter un côté assez déjanté. Elle fait bien ressortir la difficulté de Dorante et de Sylvia à se glisser dans leur peau de domestique, trop distingués et habitués à ordonner des ordres qu’ils sont, tout comme celle de Lisette et d’Arlequin à se comporter en bourgeois bien élevés.

Salomé Villiers campe une Sylvia déterminée qui ne veut rien céder. François Nambot est un Dorante plein de sensibilité. Raphaëlle Lemann, sorte de Betty Boop sexy avec ses jupes bouffantes et ses bustiers, explose en Lisette tandis que Etienne Launay est un Arlequin qui parle haut et fort, vêtu d’une façon qu’il pense élégante et qui n’est que vulgaire. Et on touche là la limite de cette adaptation. Certes chez Marivaux les bourgeois restent dignes et bien élevés tandis que les domestiques restent dans leur condition inférieure, mais cette adaptation caricature l’écart et renvoie les domestiques à une vulgarité lourde. Certes les quiproquos et les rebondissements s’enchaînent, le rythme est enlevé, le public rit mais on peut regretter que Salomé Villiers ait un peu trop tiré la pièce vers le Boulevard.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 18h

Théâtre du Lucernaire

53 rue Notre Dame des Champs, 75006 PARIS

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 44 57 34

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Honneur à notre élue »
    C’est bien avant que n’éclate l’affaire Fillon que Marie Ndiaye a écrit ce texte. Dans ce qui se présente comme un conte cruel sur l’exercice du pouvoir, Notre Élue, c’est ainsi qu’elle est nommée dans... Lire la suite (7 mars)
  • « Un amour impossible »
    La metteure en scène Célie Pauthe a, dès la parution du roman, souhaité l’adapter pour le théâtre, ce qu’a accepté de faire Christine Angot. L’auteure a choisi de mettre en relation la mère et la fille,... Lire la suite (6 mars)
  • « Fellag », Bled runner
    Fellag revient au théâtre du Rond-Point avec une création qui puise dans les spectacles qu’il a écrits depuis 20 ans. Il leur offre une nouvelle vie, un nouveau regard et c’est toujours aussi drôle.... Lire la suite (5 mars)
  • « Interview »
    Voici un autre regard -pas contradictoire - sur la pièce "interview", déjà critiquée ici : « Interview » : Réussie, une interview peut faire sortir des moments de vérité qui marquent celui qui... Lire la suite (5 mars)
  • A propos de "Résister, c’est exister"
    Nous avons présenté la pièces "Résister, c’est exister" début janvier. Voir : « Résister c’est exister » nous tenons à faire connaître les faits suivants : L’affiche du très beau spectacle de François... Lire la suite (2 mars)