Actualité théâtrale

Comédie des Champs Elysées

"Le nombril" de Jean Anouilh Mise en scène de Michel Fagadau


En 2010 apparaît à l’affichage des théâtres parisiens une pièce de Jean Anouilh. C’est "Colombe" qui réunit dans sa distribution Annie Duperrey et sa fille Sarah Giraudeau. Ce retour survient alors qu’on commençait à penser que Jean Anouilh, comme beaucoup de ses compagnons de la décennie 60, avait été relégué au rang des auteurs dépassés par le temps.
"Colombe" remporta un franc succès et c’est toujours à la comédie des Champs Elysées que Michel Fagadau exhume un autre texte d’Anouilh "Le nombril" qui aura été non seulement la dernière pièce écrite pas l’auteur mais aussi la dernière mise en scène de Fagadau, décédé à peine quelques jours après la première. représentation.
Jean Anouilh fut un auteur éclectique. Ses textes allèrent de sa célèbre "Antigone" à des comédies satiriques, souvent grinçantes, vouées aux mots d’auteur mais toujours solidement construites. Il se distingua de ses contemporains André Roussin ou Félicien Marceau sans pour autant approcher la famille de ceux qu’il admirait, Ionesco ou Beckett.
Ici, un auteur à succès qui se trouve être en panne d’écriture, et depuis quelque temps en panne de notoriété, est exposé à toutes sortes de tracas de la vie quotidienne. La goutte le fait souffrir et son médecin le prive de cigarette, d’alcool, et le théâtre d’avant-garde qui rapplique menace de le mettre au rancart. Un ami a besoin d’argent et fait appel à sa générosité, une de ses filles a un amant et compte divorcer de son riche mari, une autre épouse un jeune homme désargenté, son fils est en recherche d’un avenir autonome et sa femme a un besoin urgent de changer de voiture sans compter que son vison a bien vieilli…
Tout cet entourage préoccupé que de lui même lui inspire le sujet de sa prochaine pièce "Le nombril"
Ici, plus encore, la pièce est toute entière ce qu’en font les comédiens qui la jouent, car le texte, bondissant de mots d’auteur, pourrait s’offrir à tous les excès, toutes les dérives, à toutes les facilités vis à vis d’un public qui ne cracherait pas sur le morceau.
Rien de cela sur le plateau de La Comédie des Champs Elysées et, de Francis Perrin à Christian Bouillette en passant par Davy Sardou, personne ne mord le trait. Chacun est là pour amuser mais les partitions se jouent en mode mineur et n’en perdent pas pour autant leur efficacité boulevardière. Et puis, il y a Francine Bergé dans le rôle archi éprouvé de la bourgeoise superficielle, intéressée et capricieuse. On a envie de la remercier pour son talent. Elle a la fougue d’une Maillan, l’élégance d’une Feuillère et le panache des plus grandes. C’est une comédienne rare qu’il faut aller applaudir. Elle vaut, à elle seule, le détour !
Francis Dubois

Comédie des Champs Elysées
15 avenue Montaigne 75 008 Paris
Réservation au 01 53 23 99 19 (se recommander du Snes et de cet article ; (partenariat Réduc’snes non réalisé mais demandé)
www.comediedeschampselysées.com

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « La putain du dessus » Une pièce d’Antonis Tsipianitis
    « La putain du dessus » d’Antonis Tsipianitis, une pièce qui connaît un très grand succès en Grèce, retrace le destin d’une femme née dans une petite ville industrielle du nord-ouest du pays. Jeune,... Lire la suite (21 octobre)
  • « Pièce en plastique »
    Dans cette pièce écrite en 2015, Marius von Mayenburg met en scène une famille, bien installée socialement, dont il excelle à montrer les rêves avortés, les contradictions, les frustrations et le mal... Lire la suite (20 octobre)
  • « Le poète aveugle »
    Jan Lauwers appartient à une génération d’artistes reconnus dans toute l’Europe, qui réinvente une écriture où se mêlent théâtre, musique, installation et danse. C’est la première fois qu’il est invité à La... Lire la suite (20 octobre)
  • « Haskell Junction »
    C’est à l’occasion d’un voyage au Canada, où il découvre la ville de Stanstead installée sur la frontière canado-étasunienne que Renaud Cojo a l’idée de cette pièce. À l’heure où des migrants poussés par... Lire la suite (19 octobre)
  • « La famille royale »
    Inspirée du roman éponyme de William T. Vollmann, cette vaste fresque dresse le portrait d’une Amérique coupée en deux, le monde des affaires, du show-business, des casinos et de la finance d’un côté,... Lire la suite (16 octobre)