Enseignement moral et civique (EMC)

Enseignement moral et civique Le point sur les programmes

L’idée d’introduire un enseignement moral et civique obligatoire tout au long de la scolarité a été lancée par Vincent Peillon en 2013. Suite aux attentats de janvier 2015 le processus d’élaboration des programmes d’EMC a été accéléré par le Ministère, qui a promis une mise en place de cet enseignement dès la rentrée 2015, en tant qu’élément du dispositif Grande mobilisation de l’école pour les valeurs de la République. Le SNES-FSU, avec les autres organisations syndicales représentées au Conseil supérieur de l’Éducation, a demandé le report de cette mise en œuvre en 2016. La parution très tardive du programme, au B.O. Spécial du 25 juin, le caractère nouveau de cet enseignement et l’absence de documentation (un seul manuel existant pour la classe de seconde, aucune ressource d’accompagnement sur le site Eduscol) met les enseignants devant des difficultés voire l’impossibilité de faire leur travail de manière satisfaisante.

En effet, sur le fond et sur l’organisation de cet enseignement, les problèmes posés ne sont pas tout à fait les mêmes au collège et au lycée.

L’EMC en collège

Le programme d’EMC reprend pour une large part les thématiques du programme d’éducation civique, avec cependant de nouvelles approches pédagogiques (le texte insiste sur les compétences à travailler au travers de « projets » et de « pratiques ») et le même horaire lui est attribué, horaire qui doit revenir, pour l’instant, aux professeurs d’histoire-géographie. Il est cependant conçu par cycles, sans repères de progression annuels. Ainsi, malgré une évaluation prévue dès la session 2016 du DNB, on ne sait pas sur quels points du programme cette dernière portera. La mise en œuvre (qui correspond à la commande faite au Conseil supérieur des programmes) sera aussi très difficile à gérer pour la classe de 6e, dernière année du cycle 3. Le SNES-FSU a insisté auprès du ministère pour que des repères annuels figurent dans les programmes, ce qui, dans tous les cas, est d’une grande urgence pour la classe de troisième dans la perspective d’une épreuve maintenue au DNB.

Les modalités d’évaluation demeurent très floues pour l’ensemble du collège. Le texte mentionne que « cet enseignement fait l’objet d’une évaluation qui porte sur des connaissances et des compétences mises en œuvre dans des activités personnelles ou collectives et non sur le comportement de l’élève. » (point 8 des Principes généraux). Cependant, les dérives sont loin d’être exclues, étant donné l’insistance sur la pédagogie du projet, de l’engagement. Comment dire si des objectifs de formation tels que « Identifier et exprimer en les régulant ses émotions et ses sentiments » ou encore « S’estimer et être capable d’écoute et d’empathie » ont été atteints sans porter un jugement de valeur sur le comportement plutôt que d’apprécier connaissances et réflexion sur un sujet ?
Ne risque-t-on pas par ailleurs de voir certains chefs d’établissement vouloir évaluer « s’engager et assumer des responsabilités dans l’école et dans l’établissement » ou « prendre en charge des aspects de la vie collective et de l’environnement » ? L’engagement ne relève-t-il pas d’un choix tout personnel comme d’un acte gratuit ? On peut légitimement craindre une volonté d’imposer des normes de comportement dans des domaines qui ne relèvent pas de l’école. Pour nous, la citoyenneté ce n’est pas traverser dans les clous et participer à des collectes de bouchons, et on peut se réjouir malgré tout que les références à l’esprit critique et à la dimension politique de la citoyenneté aient été renforcées par rapport au projet de texte initial, suite à nos demandes d’amendements en CSE.

Enfin la place de l’interdisciplinarité dans l’EMC doit être questionnée. Les professeur-e-s d’histoire-géographie sont chargé-e-s des cours dans le cadre d’un horaire spécifique mais « tous les domaines disciplinaires ainsi que la vie scolaire contribuent à cet enseignement » (point 6 des Principes généraux). Ainsi, le SNES-FSU a eu connaissance de consignes locales indiquant que le Conseil pédagogique devrait organiser intégralement la mise en œuvre de l’EMC, ou de consignes rectorales invitant les chefs d’établissement à réunir les équipes pédagogiques pour décider ensemble du contenu de leurs cours, au mépris du principe de liberté pédagogique. Pour le SNES-FSU, il est inadmissible de dessaisir des enseignants de la façon dont ils vont gérer la forme, le contenu et la progression de leurs cours et d’imposer l’interdisciplinarité comme un dogme s’appliquant à tous les niveaux. Il faudra être particulièrement vigilants sur toutes les dérives possibles.

L’EMC en lycée

En lycée, cet enseignement remplace l’ECJS (Éducation civique juridique et sociale) en seconde et dans le cycle terminal de la voie générale, mais il est totalement nouveau dans les séries technologiques. Ainsi, la publication tardive des textes, horaires et programmes, alors que les heures et les classes étaient déjà réparties entre les enseignants, alors que par ailleurs l’EMC est prise en charge par des enseignants de plusieurs disciplines, a désorganisé de manière inacceptable la rentrée. Pire, dans les séries technologiques, cet enseignement n’est pas financé, les DHG n’ont pas été abondées, ce qui est inacceptable : ainsi des chefs d’établissement ont renoncé à mettre en place l’EMC pour certaines classes ou bien l’ont attribué à des enseignants de disciplines technologiques pour garantir un affichage et pour compenser les pertes d’heures en demi-groupes que cela engendrait.
Dans les démarches pédagogiques proposées, l’EMC au lycée est très proche de ce que les professeur-e-s (très majoritairement d’histoire-gégraphie, mais aussi de philosophie ou de SES) faisaient jusqu’alors en ECJS. Des contenus sont également repris, mais il n’y a plus de choix possible entre plusieurs questions, ce qui permettait aux professeur-e-s de construire une progression en cohérence avec leurs savoirs disciplinaires et les profils des élèves (le programme étant identique pour toutes les séries).
Le SNES-FSU a dénoncé le fait que la dimension sociale du programme soit réduite à sa plus simple expression. En seconde, les inégalités sociales restent de l’ordre de l’implicite, le thème « égalité et discrimination » étant orienté vers les questions juridiques et sociétales, alors que les discriminations sociales sur-déterminent toutes les autres. L’étude de l’État de droit se limite à son acception libérale (droits de l’homme réduits aux seules libertés). En première, la référence à la souveraineté populaire a été heureusement ajoutée, à la demande du SNES-FSU. En terminale, les thèmes « Violence et société » et « Argent et société » qui figuraient dans le programme d’ECJS ont disparu. On leur a préféré, comme principale question morale actuelle, la bioéthique, évacuant ainsi les questions de la dette et de la monnaie. Ainsi, beaucoup d’élèves n’auront guère l’occasion de traiter ces sujets d’actualité pourtant essentiels dans la formation du futur citoyen.

Vigilance sur les conditions de mise en place de l’EMC !

Pour le SNES-FSU, tous les enseignements, ainsi que la vie scolaire, sont concernés par la laïcité et la citoyenneté. Mais c’est un enseignement sensible, qui pose bien des questions de fond. Que, pour des raisons politiques, le temps et la réflexion nécessaires à la conception et la mise en œuvre des programmes n’aient pas été pris est aberrant.

Le SNES-FSU est attentif à la mise en place de l’EMC. Faites-nous part des conditions de sa mise en œuvre dans les établissements, ainsi que des éventuelles circulaires rectorales ou émanant des IPR.

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