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Un film de Davy Chou (France-Cambodge)

"Le sommeil d’or" Sortie en salles le 19 septembre 2012

En 1960, le cinéma cambodgien voit le jour. Il produira en une quinzaine d’années plus de quatre cents films qui connaîtront un gros succès auprès du public avec des récits inspirés de légendes et des romances.

Mais cette explosion cinématographique est brutalement stoppée en 1975 avec l’arrivée au pouvoir des Khmers rouges.

Les films, dont il n’existait souvent qu’une seule copie, sont détruits, les salles- on en comptait une trentaine à Phnom Penh- sont transformées en restaurants ou karaokés et les réalisateurs et les comédiens sont assassinés.

"Le sommeil d’or" est un documentaire réalisé par le petit-fils d’un des producteurs de l’époque, dans lequel il filme la parole de quelques survivants et tente de rendre l’esprit de ce cinéma oublié.


Davy Chou savait très vaguement que son grand-père avait été producteur de films dans les années 60 et c’est lorsqu’il a lui-même commencé à travailler dans le cinéma qu’il s’en est souvenu. Sa tante qui vit à Paris –elle apparaît au début du film- et qui, enfant, avait fait de la figuration dans les films de son père, lui a confié ses souvenirs sur cette époque et l’idée de faire un film sur le sujet est née dans l’esprit du réalisateur.

L’histoire de cette flambée du cinéma cambodgien est maintenant vieille de quarante ans. Ceux qui peuvent encore témoigner sont devenus rares et les souvenirs de ceux qui restent ne sont pas toujours très précis.

Pourtant, l’histoire de cette cinématographie circule entre les différentes générations. Elle appartient au folklore car ces films que personne n’a vus, les chansons qui y étaient associées, appartiennent néanmoins à l’imaginaire collectif khmer et aux références culturelles.

Pour réaliser son film témoignage, Davy Chou s’est retrouvé face à un désert de documents. Aucune trace de ce cinéma à Paris. Rien non plus au Cambodge, que ce soit aux archives nationales ou sur les marchés. A peine trouve-t-il quelques pages qui en témoignent, dans un livre d’art des années 60.

Ses recherches lui ont permis de rencontrer quelques passionnés du cinéma de l’époque, pour la plupart des cambodgiens exilés, adolescents dans les années 70, qui échangeaient sur internet des photos, quelques mini-affiches et des chansons de films.

Davy Chou a alors découvert qu’il restait encore des producteurs de films de l’époque, de rares réalisateurs et quelques cinéphiles toujours passionnés, même si la plupart des films ont disparu.

Son film repose essentiellement sur les récits de ces quelques hommes et femmes, sur leur témoignages souvent poignants : Ly You Sreang confie, submergé par l’émotion, qu’il a perdu la moindre trace des films qu’il a réalisés et qu’il craint, faute de pouvoir apporter la preuve de son œuvre, de passer pour un affabulateur.

Yvon Hem qui vit maintenant à la campagne et qui a, lui aussi, perdu toute trace de son œuvre mais aussi sa femme et de ses quatre enfants tués par les khmers rouges.

Ly Bun yim, metteur en scène spécialisé dans les effets spéciaux et qui n’a jamais pu finir " Hippocampe" qui aurait dû être un très grand film.

Dy Saveth, elle, fut la grande vedette glamour du cinéma cambodgien. Elle se partage aujourd’hui entre ses élèves qu’elle reçoit quotidiennement et ses souvenirs symbolisés par les innombrables photos qui tapissent le mur de son appartement.

Davy Chou, avec "Le sommeil d’or" , un film nécessaire au devoir de mémoire, tente de ressusciter ce cinéma perdu et de construire un pont entre ces quinze années flamboyantes dont il ne reste rien et la génération actuelle.

Francis Dubois

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