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Un film de Josh et Benny Safdie (Royaume Uni)

"Lenny & the kids" Sortie en salles le 28 avril

Lenny ne dispose que de quinze jours par an pour prouver qu’il est le bon père, qu’il n’est pas !, de ses deux garçons Sage, 9 ans et Frey, sept ans. Autant dire qu’il doit mettre les bouchées doubles pour que cette courte période puisse se mesurer aux onze mois et demi que les enfants passent, loin de lui, auprès de leur mère.
Lenny habite un studio dans le centre de New-York et l’exiguïté du lieu aidant, l’ambiance pendant cette courte cohabitation, est propice à toutes sortes de dérives, à la fantaisie, au non respect des horaires et aux repas pris sur le pouce.
De quels moyens Lenny dispose-t-il s’il veut, en un temps record, séduire ses enfants et leur procurer assez de souvenirs pour que le séjour avec lui laisse des traces capables de résister au temps et à la longue période où il sera, à nouveau, séparé d’eux ?
Lenny n’ayant jamais pu ou su devenir l’adulte responsable qui garantit la bonne paternité, le choix qui s’impose est qu’il devienne un père copain, laxiste et fantaisiste, assez irresponsable pour redevenir lui-même, face à sa progéniture, cet enfant qu’il n’a jamais, malgré ses trente cinq ans, cessé d’être… Et même s’il doit respecter les horaires, structurer ses journées, se soumettre aux exigences professionnelles et consacrer un peu de temps à son amie du moment, il lui faut donner de lui l’image de la décontraction sereine et du père permissif et fonceur…

Lenny voudrait être un bon père mais il n’a aucun talent pour le devenir. Alors il improvise, marche sur les mains, fait le pitre, les courses en dépit du bon sens, et tient tête au directeur de l’école. Il accumule maladresses et erreurs grossières mais il est aussi mauvais dans la pratique de la démagogie qu’il le serait dans le domaine de l’exigence.
Josh et Benny Safdie, 25 et 23 ans, ont vécu leur enfance entre un père laxiste qui les filmait à longueur de temps pour leur montrer l’importance des moments insignifiants de la vie et une mère qui leur prodiguait au contraire une éducation rigoureuse."Lenny & the kids" est donc largement inspiré de leur propre histoire et ça se sent. Leur film est un hymne à la maladresse d’aimer, à la générosité malheureuse et ils ont fait de Lenny, le père, un personnage authentique, pathétique et terriblement attachant, quelqu’un qui ne basculera sans doute jamais dans le monde adulte, quelqu’un d’irresponsable, peu doué pour suivre un tracé de vie dicté par le bon sens et la morale.
Le premier film de Josh Safdie s’appelait "Le plaisir de se faire voler". C’était le portrait d’une jeune femme sans foi ni loi qui ne s’en tenait qu’à son instinct et à son goût de la liberté. Lenny n’était pas loin. Ici, flanqué de ses deux gamins, il mérite largement une visite…
Francis Dubois

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