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Un film de Pablo Giorgelli (Argentine)

"Les Acacias" Sortie en salles le 4 janvier 2012

A Asuncion, Paraguay, Ruben, chauffeur de poids lourd, prend en charge à bord de son camion, une jeune femme, Jacinta et son bébé Anahi.

Ils ont à parcourir 1500 kilomètres pour rejoindre Buenos Aires où Ruben doit livrer son chargement de bois, et Jacinta, retrouver sa famille.

" Les Acacias" est la rencontre de deux éclopés de la vie, de deux ratages, de deux solitudes. On ne saura rien de ce qu’a été l’existence de Jacinta au Paraguay. On sait qu’elle a eu ce bébé à propos duquel elle dit qu’il n’a pas de père, qu’elle rejoint sa famille à Buenos Aires pour trouver un travail et repartir à zéro.

On ne saura pas grand-chose, non plus, de la vie de Ruben sinon qu’il a un fils qu’il n’a pas revu depuis huit ans et dont il n’a pas de nouvelles, et qu’il s’est forgé une vie de solitude.

Ces deux-là se sont fait des carapaces avec les aléas de la vie et avec les coups durs, ont appris à pratiquer le silence.

Pendant la première partie du voyage, ils échangent peu de mots mais on lit dans la fixité de leurs regards qu’ils ont l’un et l’autre de fortes personnalités et du talent pour oublier de voir que l’autre existe à côté.

Ruben aurait d’évidence préféré faire le voyage seul, mais il n’a pu décliner la demande de son employeur de transporter une jeune femme et son bébé jusqu’à Buenos Aires.

Il s’accommode si peu de la situation qu’il est prêt à payer de sa poche le billet d’autocar à sa passagère. Il se ravise au dernier moment et c’est peut-être là, sans qu’il se l’avoue, qu’il lance les premiers regards en direction de Jacinta et d’Anahi, qu’il prend pour la première fois ses passagères en considération.

La force du film de Pablo Giorgelli est dans la fluidité avec laquelle il opère pour installer, sans qu’on en ait vraiment conscience, le lent rapprochement qui se tisse, comme à leur insu, entre les protagonistes. C’est un regard de Ruben tout à coup posé sur Jacinta ou Anahi, bébé de cinq mois aux grands yeux charmeurs. C’est un geste, une attention, la patience dont il fait preuve quand il faut attendre devant un café le réchauffement du biberon ou le changement de couche. C’est tout à coup, face à cette femme et à cet enfant à l’avenir incertain, la prise de conscience de l’étendue de sa propre solitude, un retour sur son passé et sur son fils dont il a des photographies à portée de main et qu’il ne reverra peut-être jamais.

Les silences font aussi la force du récit en donnant au moindre regard sa vraie signification, à chaque geste, son vrai poids, aux moindres paroles échangées, valeur d’aveu.

Les deux comédiens sont formidables. Pablo Giorgelli qui voulait au départ, pour Ruben, trouver un vrai camionneur, a finalement choisi un comédien de théâtre, Germàn da Silva, présence charismatique s’il en est. Hebe Duarte n’était pas comédienne mais assistante de la directrice de casting. Elle joue Jacinta avec autant de détermination farouche que de douceur.

Quant au bébé, comme dit le réalisateur, c’est un ange, un miracle. Elle apparaît comme une vraie comédienne de six mois !

A ne manquer sous aucun prétexte !

 

Francis Dubois

 

 

 

 

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