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Un film de Rabah Ameur-Zaïmèche (France)

"Les chants de Mandrin" Sortie en salles le 25 janvier 2012

Au milieu du XVIIIème siècle, Louis Mandrin, hors-la-loi et héros populaire, est exécuté mais ses fidèles compagnons ne tardent pas à reprendre le flambeau. Ils tentent l’aventure d’une nouvelle campagne de contrebande en sillonnant, au nez des autorités, la province française.

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Ils organisent des marchés sauvages, proposant aux villageois du tabac, des étoffes et des objets précieux.
Avec la complicité de l’imprimeur Cynan qui les éditera et du colporteur Jean Seratin qui en assurera la distribution, ils répandent à travers le pays les textes des chansons écrites en l’honneur de Mandrin.
"Criminels de lèse-Majesté, assassins, voleurs et perturbateurs de l’ordre public", les Mandrin mènent leur aventure nomade comme des indiens d’Amérique, parcourant la nature sauvage par les chemins de traverse. Hors-la-loi protestataires et vengeurs mais héros somptueux, ils sont les prédateurs des riches fermiers généraux.
Si son nouveau film reste dans la lignée des trois précédents (depuis "Wesh Wesh" en 2002) qui se situaient à la lisière du champ politique, Rabah Ameur-Zaïmèche abandonne cette fois l’époque contemporaine pour le milieu d’un siècle où foisonnaient les bandits de grands chemins, les contrebandiers, les colporteurs et, ici, les marquis espiègles et poètes, acquis à la cause des hors-la-loi…
Si l’ombre de Mandrin et de ses aventures rocambolesques plane au-dessus du récit, relayé par le personnage savoureux de Bellissard, Rabah Ameur Zaïmèche tout en gardant l’esprit des "grands chemins", s’en écarte avec bonheur.
Le récit aventurier dans la tradition du genre est laissé de côté au profit de ballades bucoliques à travers une nature verdoyante et les redoutables bandits peuvent devenir, à l’occasion, herboristes ou poètes.
Il faut attendre l’arrestation et l’emprisonnement du colporteur Seratin par la garde, pour que les Mandrin se révèlent à nouveaux vengeurs et guerriers sanguinaires.
Mais là encore, Rabah Ameur Zaïmèche évite le moindre effet et conserve, même dans le vif de l’action, son parti-pris narratif paisible.
Et quand, pour les besoins de l’histoire, le récit doit passer par l’assassinat des sentinelles du Fort où est retenu le colporteur, les séquences conservent un ton feutré loin des clichés du genre.
Il en est de même pour l’épisode où les Mandrin cernés par la garde, dressent à la hâte une barricade qui leur permettra de sortir miraculeusement indemnes de l’aventure.
Le cri de la vengeance passé, ce sera le retour à la chanson. Une séquence au fort pouvoir émotionnel au cours de laquelle le Marquis -Jacques Nolot- dit, accompagné à la vielle, dans son intégralité, la complainte de Mandrin.
Ce chant dont l’auteur est un anonyme mais que Rabah Ameur Zaïmèche attribue, dans le film, au Marquis lui-même, finira en décuplant la force rythmique de la mélodie, par une fête populaire endiablée en l’honneur du peuple.
"Les chants de Mandrin" est un film d’une émouvante et tranquille beauté. Aucune surcharge, nulle concession aux règles débordantes du genre. Cette œuvre personnelle, passionnante et joviale, a été couronnée par le Prix Jean Vigo 2011.
Francis Dubois

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