Actualité théâtrale

Jusqu’au 2 avril au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers

"Les fausses confidences"

On a souvent, ces dernières années, soumis Marivaux à des contorsions de mise en scène et on en a parfois donné une vision plutôt noire. Didier Bezace choisit de le placer dans son siècle, celui des Lumières, de s’en tenir à l’esprit du texte et d’en éclairer la richesse.
Dans un décor lumineux qui évoque une journée d’été avec les heures qui passent, on va assister à la naissance d’un couple qui arrive à vaincre les préjugés de la société de son époque. C’est le combat que mène Araminte, jeune veuve fortunée, contre elle-même et contre les convenances incarnées en particulier par sa mère, avant d’accepter l’amour fou de Dorante loyal, honnête mais bien pauvre !
Dans sa quête de l’amour d’Araminte, Dorante est aidé par Dubois, le valet qui tisse les fils d’intrigues complexes pour arriver à ses fins. Si Dorante est confit d’amour, Dubois, tout à son but, rendre Araminte amoureuse de Dorante, tire les ficelles en coulisse, n’hésite pas à sacrifier au passage la jeune servante qui croit Dorante amoureux d’elle et à contrer les projets de la mère d’Araminte qui la verrait bien mariée au Comte. Comme toujours chez Marivaux l’argent et la nécessité d’assurer sa position sociale viennent faire obstacle à l’amour.
Didier Bezace, par de multiples détails conserve à la pièce son atmosphère de comédie. Ainsi la mère d’Araminte, Isabelle Sadoyan, fait son entrée dans un fauteuil roulant poussé par le comte, un petit chien dans les bras, petit chien qu’elle collera dans les bras du comte chaque fois qu’elle sera contrariée dans ses desseins. Il a surtout choisi des comédiens parfaits. Anouk Grinberg est une Araminte admirable, qui se veut posée, rationnelle et détachée désormais des élans du cœur mais qui finira par se laisser emporter par le désir et l’amour. Sa réussite est d’arriver à nous faire sentir son élan vers Dorante et en même temps sa conscience des obstacles sociaux et sa peur d’aimer. Elle donne au personnage une complexité rarement atteinte. On peut regretter qu’à ses côtés Dorante soit un peu terne, qu’il n’arrive pas à dépasser son rôle d’amoureux transi et à manifester avec plus d’élan son désir, surtout à la fin de la pièce. Pierre Arditi est un Dubois merveilleux. Anouk Grinberg a dit de lui qu’il semblait s’amuser comme un enfant devant un pâté de sable et c’est ce que l’on ressent. Il est un double de Marivaux, il veut assurer le triomphe de l’amour en dépit des contraintes sociales, mais il a aussi un certain cynisme. Il veut assurer ses vieux jours et n’hésite pas à laisser quelques sacrifiés sur son chemin, la servante ou le comte. La complexité est aussi dans son personnage comme dans le fil des intrigues qu’il tisse pour retarder ou faire avancer le moment de l’aveu.
Micheline Rousselet

Théâtre de la Commune
2 rue Edouard Poisson, 93304 Aubervilliers
mardi et jeudi à 19h30, mercredi, vendredi et samedi à 20h30, dimanche à 16h.
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 33 16 16

www.theatredelacommune.com
où on pourra également lire l’Intervention de Didier Bezace à la Mutualité, le 31/01/10, dans le prolongement du 19 décembre, où, lors d’un rassemblement à Bobigny à l’initiative de Claude Bartolone, Président du Conseil général et Député de la Seine-Saint-Denis, en présence de Jack Ralite, Sénateur de la Seine-Saint-Denis, plus de 200 acteurs culturels du département 93 se sont réunis pour lancer le mouvement national de mobilisation "La Culture en danger" (pouvant être lu et soutenu par signature sur ce site) - PL

> Ce spectacle sera ensuite du 9 au 15 avril au théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines

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