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28 novembre 2003

Les fiches du SNES-FSU Qu’est-ce qui dysfonctionne dans l’orientation des élèves ?

SNES-FSU Novembre 2003

QU’EST-CE QUI DYSFONCTIONNE DANS L’ORIENTATION DES ÉLÈVES ?

C’est peu de dire que l’orientation a mauvaise presse et ce sont souvent les COPSY qui en font les frais, même si le mouvement de l’an dernier a mis en lumière la réalité de leur fonction.
Les critiques dans ce domaine correspondent à une réalité complexe et différenciée.

1. La confusion entre problèmes d’orientation et d’affectation
Bien souvent sous le vocable "mauvaise orientation" on trouve en fait des problèmes de carte scolaire et d’offres de formation.
L’élève se voit refuser une affectation dans une section rare, ou se trouve affecté sur son 2e vœu, il n’obtient pas les enseignements de détermination qu’il avait demandé pour les mêmes raisons, ou ne peut poursuivre en 1ère pro ou 1ère techno faute de place.

C’est bien évidemment les moyens mis en place par les recteurs, les ouvertures ou fermetures de sections ou spécialités professionnelles préconisées par les régions qui sont responsables de cette situation.

2. L’étiquetage de problèmes scolaires en problèmes d’orientation
L’exemple est donné au plus haut niveau puisque le rapport sur l’enseignement supérieur n’hésite pas à affirmer qu’il n’y a pas de problèmes d’échec, mais uniquement des problèmes d’orientation !

Ainsi est-il facile de se défausser des mesures pédagogiques qui seraient nécessaires pour permettre aux étudiants de comprendre ce qu’on attend d’eux dans le supérieur, et de surmonter leurs difficultés éventuelles.

On rencontre la même chose à l’autre bout de la chaîne, notamment au moment de l’entrée en LP. La très forte déperdition pendant le premier trimestre ne correspond pas toujours à une affectation non choisie. Un certain nombre d’élèves affectés sur leur premier vœu "décrochent". Ils font alors état de leur déception. La section ne correspond pas à ce qu’ils attendaient. En fait, bien souvent, ce sont des difficultés scolaires liées au niveau d’exigence requis, y compris dans les disciplines professionnelles qui expliquent les abandons.

En effet, dès lors qu’il s’agit d’orientation vers des filières technologiques ou professionnelles, l’opinion commune a souvent tendance à négliger les acquis scolaires nécessaires.
Il est donc plus facile pour les élèves de présenter leurs difficultés comme une "erreur d’orientation" plutôt que comme un problème de niveau scolaire.

3. La réduction des problèmes d’orientation à une information insuffisante
Pour les parents, les médias, les élèves, le problème central de l’orientation réside dans une bonne information.
Les enseignants tiennent aussi parfois ce discours. Si les élèves se fourvoient dans certaines sections alors que d’autres offrant des débouchés attractifs ne seraient pas choisies, c’est parce qu’ils ne les connaîtraient pas.

Cette vision du processus d’orientation correspond à une conception basée sur la rationalité des conduites et la neutralité des objets sur lesquelles elles portent. Or les recherches en psychologie et sociologie montrent que la formation des intentions d’avenir et les choix d’orientation sont beaucoup plus complexes.

Il ne suffit pas d’informer pour que les élèves s’approprient l’information. Pour être appropriée l’information doit répondre à des questions, et ne doit pas être trop en décalage avec les représentations préexistantes de la personne. Sinon elle sera tout simplement ignorée. Elle ne sera pas entendue.
Ceci est particulièrement vrai pour les professions et les voies de formations. Ce ne sont pas des objets socialement neutres. On ne peut donc pas faire comme si l’information dans ce domaine devait essentiellement être abordée sous l’angle cognitif.

Les représentations des métiers et des filières sont sous la dépendance de plusieurs facteurs : le prestige qu’ils confèrent, le genre sexué auquel ils renvoient majoritairement, la possibilité d’y accéder selon la filière dans laquelle on est scolarisé.

4. Une sous estimation des dimensions psychologiques dans l’élaboration des projets
A l’adolescence, la question identitaire est importante. L’énonciation des projets peut donc occuper une fonction particulière à un moment donné dans la dynamique de développement. Ils sont donc amenés à se modifier radicalement et plusieurs fois au collège et même au lycée. La vision de la construction progressive et linéaire d’un projet qui se préciserait au fil des années est séduisante intellectuellement mais très éloignée de la réalité du processus.

La formation de psychologue des COPSY leur permet de pouvoir prendre en compte l’ensemble de ces aspects, les retravailler avec les élèves dans la durée, afin de faire évoluer leurs représentations et de trouver à partir de ses interrogations sur leur avenir les ressources du développement de leur activité scolaire.

5. Les réponses pour améliorer l’orientation sont donc à rechercher à différents niveaux

Structurels :
- Amélioration de l’offre de formation dans certaines académies pour développer les poursuites d’études
- Multiplication des passerelles entre voies de formation, des modules de rattrapage qui n’existent bien souvent que sur le papier
- Organisation d’un système plus coordonné pour les poursuites d’études dans le supérieur selon les baccalauréats obtenus.

Pédagogiques :
- Développement des moyens d’aide individualisée, notamment aux transitions de cycle 6e/2e/cycle universitaire
- Développement du travail de suivi et de prévention des décrochages et abandons scolaires
- Recentrage des missions des COPSY sur le public en formation initiale afin de leur permettre un

Institutionnels :
- Amélioration des procédures d’affectation et d’orientation
- Reconnaissance de temps de concertation pour les équipes de suivi et les équipes pédagogiques
- Augmentation des recrutements de COPSY pour arriver en première étape à un pour 1000 élèves.
- Renforcement du rôle du CIO dans le secteur scolaire.
- Favoriser les rencontres entre enseignants des différents niveaux

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