Actualité théâtrale

Jusqu’au 18 octobre au Théâtre 13

« Les fils de la terre »

Elise Noiraud a adapté pour le théâtre un film documentaire d’Edouard Bergeon, sorti en 2012. Ce qui l’a intéressée et touchée dans le documentaire, c’est que l’histoire lui permettait, comme c’est le propre du grand théâtre selon Antoine Vitez, d’« osciller entre l’Universel et le Particulier » car « la petite vie des gens contient toute la mythologie et toute l’histoire ».
L’histoire donc : une tragédie rurale. Sébastien a repris l’exploitation de ses parents, mais celle-ci croule sous les dettes et est au bord du dépôt de bilan. Le tribunal a donné six mois à Sébastien pour redresser la barre, mais il est au bout du rouleau. Il explose sous la charge de travail, sous les critiques de son père qui trouve qu’il n’est pas un « vrai paysan », sous la culpabilité de ne pas réussir à sortir l’exploitation de l’ornière et de ne pas pouvoir offrir à sa femme enceinte une autre vie. De pressions financières en pressions familiales Sébastien doit choisir, sauver la ferme ou sauver sa vie, mais est-il vraiment libre de son choix ?
Le documentaire traçait l’histoire vraie d’un agriculteur et cela se retrouve dans la pièce. C’est un morceau très complet de sociologie rurale des petites exploitations qu’Elise Noiraud met en scène : horaires interminables pour un revenu insuffisant pour payer les charges et vivre, renoncement difficile aux loisirs et aux sorties, surtout pour un jeune qui a fait des études secondaires, poids de la responsabilité vis-à-vis des animaux et culpabilité à l’égard des parents que l’on risque de laisser sur la paille en cas de faillite. Le choix d’Elise Noiraud est courageux car le monde rural n’encombre pas les scènes françaises ! Mais la pièce va bien au-delà. Elle s’attache aussi à la question de la transmission. La relation père-fils est traitée en finesse, avec un père qui ne peut accepter que son fils ne se consacre pas entièrement à sauver ce que lui a mis sa vie à construire, qui a une véritable religion du travail et un fils tiraillé entre des aspirations à une vie meilleure, ailleurs, hors de la ferme et le souci de ne pas détruire l’héritage familial et la vie de ses parents.

Théâtre : les fils de la terre

Elise Noiraud a réussi à faire de ce documentaire du théâtre et elle en a été récompensée par le prix du jury et celui du public au Prix du Théâtre 13. Son adaptation alterne dialogues et narration, l’ami de Sébastien, qui a choisi de partir ouvrir un restaurant en ville, faisant office de narrateur ou de voix off. La scénographie délimite trois espaces sur la scène, l’appartement de Sébastien et de sa femme avec un canapé et un lampadaire, la maison des parents avec une grande table et la ferme avec un tas de paille, que Sébastien remue au début faisant s’échapper dans la salle une bonne odeur de foin sec. Les éclairages vont faire apparaître ou disparaître rapidement les personnages dans chaque espace comme dans un montage cinématographique. On glisse ainsi d’une bulle narrative à une autre. Les acteurs sont tout à fait crédibles dans leur rôle. Vincent Remoissenet est Sébastien, tiraillé entre son « devoir » et sa vie et qui devra pourtant choisir, François Brunet incarne une figure paternelle autoritaire, qui ne communique avec son fils qu’en lui faisant des reproches.
On peut laisser la conclusion à Sébastien « Je me bats pour sauver ce que mon père a mis toute sa vie à construire. Je me bats, mais est-ce que cela vaut le coup ? »

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h
Théâtre 13 / Seine
30 rue du Chevaleret, 75013 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 88 62 22

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