18 avril 2011
Comme chaque année au printemps, quelques semaines avant les demandes d’affectation des élèves de 3ème en seconde, le ministère publie les indicateurs de résultat des lycées.
Ces indicateurs deviennent de plus en plus complexes, et donc d’interprétation de plus en plus difficile, particulièrement sur la question de la valeur ajoutée des établissements. Ils appellent donc quelques commentaires.
Les indicateurs de valeur ajoutée sont donc très délicats à manier. Il ne suffit pas d’en raffiner la méthode et le nombre : les problèmes de rigueur, dont on n’a signalé que quelques exemples criants, restent beaucoup trop nombreux pour en faire un usage sérieux.
Construire des outils qui permettent aux équipes pédagogiques d’analyser leur travail, de réfléchir collectivement et sans pression à leurs pratiques pour améliorer la réussite des élèves, serait une démarche intéressante et positive. Mais est-ce là l’intention du ministère ? En Finlande, pays souvent cité en référence, des indicateurs de ce genre sont réalisés, mais communiqués uniquement à chaque établissement concerné, pour éviter la mise en concurrence et les palmarès.
Le Ministère se dédouane de toute responsabilité sur l’usage des chiffres qu’il publie en écrivant qu’ « il serait dangereux de n’utiliser qu’une partie de ces indicateurs sans en fournir les termes pour établir des palmarès ou faire des comparaisons ». Mais alors pourquoi faire la publicité de ces données ? Pourquoi rendre disponibles les résultats synthétiques de tout un département ? S’agit-il de faire en sorte que le service public fonctionne normalement sur tout le territoire, ou de renforcer la concurrence entre établissements scolaires, particulièrement entre le public et le privé ?
Les palmarès que rendent possibles ces résultats participent de la nouvelle idéologie du libre choix des parents. Mais, sans insister sur les dangers de cette vision de l’école comme « bien de consommation », les enquêtes montrent que les parents qui choisissent - qui restent minoritaires dans la population – ne se servent pas de ces classements : ils se fondent sur le bouche-à-oreille, sur les rumeurs, sur ce que leurs connaissances leur disent de tel ou tel établissement.
L’établissement de palmarès n’est qu’un outil de plus dans le pilotage de l’éducation nationale à l’économie, par la mise en concurrence des établissements et des personnels. Il ne s’agit pas de mieux informer les parents mais de soumettre les agents du système éducatif à des objectifs dont l’évaluation n’a pas de lien avec la réussite pédagogique. Car on sait que la mise en concurrence n’améliore pas les résultats : au contraire, elle tend à les faire diminuer, et elle semble même être néfaste à l’ensemble des élèves, quel que soit leur « niveau ».
Au final, si le SNES-FSU n’est pas hostile par principe à l’établissement de ce type de données, qui peuvent aider à l’expertise du fonctionnement des lycées, il condamne l’usage superficiel qui peut en être fait, tant par l’institution que par les médias.