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Les indicateurs de résultat des lycées, opus 2011

18 avril 2011

 

Comme chaque année au printemps, quelques semaines avant les demandes d’affectation des élèves de 3ème en seconde, le ministère publie les indicateurs de résultat des lycées.
Ces indicateurs deviennent de plus en plus complexes, et donc d’interprétation de plus en plus difficile, particulièrement sur la question de la valeur ajoutée des établissements. Ils appellent donc quelques commentaires.

  • les calculs reposent sur des effectifs généralement beaucoup trop faibles pour pouvoir faire sérieusement des pourcentages. Dans un lycée de taille importante présentant 300 élèves au bac, les résultats d’un élève seul font varier le taux global, et donc la valeur ajoutée, de 0,3 points, ce qui est beaucoup trop. Dans un lycée de petite taille, présentant 100 élèves au bac, un élève fait varier les résultats de... 1 point ! C’est statistiquement inacceptable : pour faire des pourcentages, il faut des échantillons importants, pour ne pas que le hasard ou l’accident prennent un trop fort poids dans les résultats. Que penser alors de la valeur ajoutée calculée sur chaque série de bac, avec des effectifs de référence de... 30, 40 ou 50 élèves ? Quelle valeur ont ces chiffres ? Ces modes de calcul ne faussent-ils pas, par exemple, les résultats entre grands et petits lycées ?
    Par ailleurs, les résultats varient très sensiblement d’une année sur l’autre, mais le ministère ne donne pas de perspective globale sur plusieurs années, qui seule pourrait avoir un semblant de rigueur, avec un échantillon d’une taille honnête.
  • le recueil des résultats au DNB et des données sociologiques des élèves est aux dires de la DEPP incomplet. Il fait donc l’objet de traitements statistiques sophistiqués auquels il n’est pas donné accès.
  • les lycées qui ont des flux d’élèves importants (travail sur l’orientation amenant des élèves à aller chercher ailleurs la filière de leur choix, zones où les déménagements sont fréquents, politique d’échange de redoublants, impossibilité d’accueil des doublants en cas d’effectifs chargés etc.) sont systématiquement pénalisés, car l’"accompagnement des élèves" au sens "garder les élèves dans l’établissement" n’est pas assuré.

Les indicateurs de valeur ajoutée sont donc très délicats à manier. Il ne suffit pas d’en raffiner la méthode et le nombre : les problèmes de rigueur, dont on n’a signalé que quelques exemples criants, restent beaucoup trop nombreux pour en faire un usage sérieux.

Construire des outils qui permettent aux équipes pédagogiques d’analyser leur travail, de réfléchir collectivement et sans pression à leurs pratiques pour améliorer la réussite des élèves, serait une démarche intéressante et positive. Mais est-ce là l’intention du ministère ? En Finlande, pays souvent cité en référence, des indicateurs de ce genre sont réalisés, mais communiqués uniquement à chaque établissement concerné, pour éviter la mise en concurrence et les palmarès.

Le Ministère se dédouane de toute responsabilité sur l’usage des chiffres qu’il publie en écrivant qu’ « il serait dangereux de n’utiliser qu’une partie de ces indicateurs sans en fournir les termes pour établir des palmarès ou faire des comparaisons ». Mais alors pourquoi faire la publicité de ces données ? Pourquoi rendre disponibles les résultats synthétiques de tout un département ? S’agit-il de faire en sorte que le service public fonctionne normalement sur tout le territoire, ou de renforcer la concurrence entre établissements scolaires, particulièrement entre le public et le privé ?
Les palmarès que rendent possibles ces résultats participent de la nouvelle idéologie du libre choix des parents. Mais, sans insister sur les dangers de cette vision de l’école comme « bien de consommation », les enquêtes montrent que les parents qui choisissent - qui restent minoritaires dans la population – ne se servent pas de ces classements : ils se fondent sur le bouche-à-oreille, sur les rumeurs, sur ce que leurs connaissances leur disent de tel ou tel établissement.

L’établissement de palmarès n’est qu’un outil de plus dans le pilotage de l’éducation nationale à l’économie, par la mise en concurrence des établissements et des personnels. Il ne s’agit pas de mieux informer les parents mais de soumettre les agents du système éducatif à des objectifs dont l’évaluation n’a pas de lien avec la réussite pédagogique. Car on sait que la mise en concurrence n’améliore pas les résultats : au contraire, elle tend à les faire diminuer, et elle semble même être néfaste à l’ensemble des élèves, quel que soit leur « niveau ».

Au final, si le SNES-FSU n’est pas hostile par principe à l’établissement de ce type de données, qui peuvent aider à l’expertise du fonctionnement des lycées, il condamne l’usage superficiel qui peut en être fait, tant par l’institution que par les médias.

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Guide de lecture officiel des indicateurs
 
 

Projet de nouveau livret scolaire

Fraudes au bac : non au projet de décret relatif à la procédure disciplinaire