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Les nouveaux programmes d’histoire-géographie pour la rentrée 2016 au collège

Notre analyse des nouveaux programmes parus au B.O. du 26 novembre 2015.

Les nouveaux programmes sont parus au B.O. du 26 novembre 2015.

Le programme d’histoire

Le SNES -FSU avait globalement soutenu le projet présenté en avril 2015, qui a été soumis à consultation : il avait été rédigé par un IPR et des enseignants de terrain qui avaient tenté d’écrire un projet réaliste, en prise avec les avancées historiographiques, tout en intégrant la dimension citoyenne attendue pour l’histoire-géographie scolaire. Ce projet impliquait donc des choix, faisant confiance aux équipes enseignantes, et laissait du temps aux élèves (six heures environ par thème abordé). Il répondait en cela aux préoccupations majeures de la profession. Par ailleurs, il avait le souci d’un équilibre entre histoire nationale et histoire des ailleurs.
Mais, à la rentrée 2015 le projet initial a été totalement balayé, et remplacé par une nouvelle mouture très décevante et très loin des attentes de la profession. On peut noter cependant que le programme de 6e, qui fait partie du cycle 3, n’a pas subi de modifications notables entre les deux versions. Il reste par ailleurs proche du précédent, si ce n’est le retour de la préhistoire, qui est plutôt favorablement perçu par les collègues même si c’est au détriment de l’étude des civilisations lointaines.
Le programme du cycle 4 s’avère impossible à traiter dans son intégralité, sans compter que la réforme du collège, par la création des EPI et leur mise en œuvre, risque d’amputer les horaires proprement disciplinaires : il faudra faire autant, voire plus, avec moins d’heures.
Le nombre de questions à traiter, notamment en classe de 3e (11 questions), dépasse largement le projet initial.
Par exemple, les enseignants devront traiter la seconde guerre mondiale en 3 heures, l’Allemagne nazie en une heure. Ce dernier sujet est en effet inséré dans un thème de quatre heures, évaluation comprise : "démocraties fragilisées et expériences totalitaires entre les deux-guerres" En effet, si l’on compte qu’il faudra évoquer aussi la France des années trente, la révolution bolchevique, l’URSS de Staline et faire une évaluation, il reste bien une heure pour l’Allemagne nazie !
Certes, dans la colonne « Démarches et contenus d’enseignement » on peut lire à plusieurs reprises la consigne de présenter « à grands traits ». C’est bien là que le bât blesse. Quel sens aura ce survol en supersonique sur le XXe siècle ?
La seule partie plus ou moins rescapée du projet initial du CSP est celle qui fait référence aux différents domaines du socle. Celle-ci réaffirme les spécificités méthodologiques de la discipline et ses ambitions formatives, mais elle s’avérera nulle et non avenue, car aucun enseignant ne pourra tenir toutes les exigences à la fois.
Des gages ont été donnés aux tenants d’une histoire scolaire à visée identitaire, largement médiatisés. L’histoire de France est ainsi réaffirmée avec force dès le préambule, et largement confortée dans le détail. Les nouveautés bienvenues, qui avaient été introduites dans le projet initial ont disparu (exemple : le Monde en 1500).
La part du religieux est devenue considérable, notamment dans le programme de cinquième. La Méditerranée n’est vue qu’au prisme de la Chrétienté. Un tel déséquilibre laisse clairement voir, là encore, les influences qui ont pesé dans la réécriture du projet.
Ce programme a clairement visé à calmer les esprits réactionnaires, en sacrifiant l’intérêt des élèves et les finalités de formation intellectuelle de la discipline.

Le programme de géographie :

Le nouveau programme reste proche du précédent, même si les thématiques sont en partie reformulées. Ainsi pour la classe de 6e on retrouve une notion au cœur du programme de 2008, intitulé « La terre planète habitée » : « habiter » (une métropole, un espace de faible densité, les littoraux...). L’étude de l’espace proche a été déplacée au début du cycle, en CM1. On étudie quatre thèmes contre six dans la version précédente, objectif qui semble plus raisonnable.
Pour la classe de 3e l’écriture est restée très contrainte par la commande politique : il faut étudier la France et l’Union Européenne avant la fin de la scolarité obligatoire et l’année du DNB.
L’étude de la région en tant que telle a disparu. Le développement durable n’est plus le fil directeur du programme de 5e (le terme de « développement » seul est souligné dans l’introduction), ce qui est un point positif. Il en est de même pour la mondialisation économique en 4e, où désormais une grande partie concerne l’urbanisation et une autre les mobilités humaines.
Une nouveauté est à souligner, l’apparition de la « réflexion prospective » :
« On pourra utiliser les ressources de la réflexion prospective, qui permet, pour tous les thèmes proposés, de poser des questions pertinentes sur les ressources et les contraintes géographiques que des sociétés connaissent et sur les perspectives de développement qu’elles peuvent envisager, et d’engager de nombreuses activités de type projet avec les élèves. » (introduction au programme)
On retrouve cette approche dans le thème II pour la classe de 3e, à propos de l’étude de cas d’un aménagement : « Les approches de prospective territoriale sont particulièrement intéressantes pour sensibiliser les élèves à la portée de l’aménagement et aux débats qu’il suscite. »
Cela nécessitera sans doute de gros efforts en terme de formation initiale et continue.
Ce programme de géographie, par ailleurs plus satisfaisant qu’en histoire, a surtout été critiqué pour sa lourdeur. Par exemple, il contient de nombreuses études de cas, notamment en 4e et en 3e.
Le texte paru au B.O. prend acte de cette lourdeur. On y lit dès l’introduction : « Compte tenu de l’ampleur des thèmes abordés, les professeurs doivent faire les choix nécessaires pour que l’initiation des élèves aux questions traitées leur soit accessible »
Dans le programme de 4e, les formulations relèvent du même aveu implicite. Concernant le thème III sur la mondialisation : « Les deuxième et troisième sous-thèmes permettent une présentation à grands traits des dynamiques spatiales que la mondialisation impulse dans deux grands ensembles géographiques.[...] « L’étude de ces trois sous-thèmes de très large spectre ne peut être qu’esquissée avec les élèves(...) »
Enfin, il s’avérera d’autant plus difficile de répondre à la suggestion faite dans le préambule du programme « d’envisager et engager de nombreuses activités de type projet avec les élèves ».

Les amendements obtenus lors du CSE du 8 octobre :

Nous avons déposé de nombreux amendements au texte, ils visaient d’une part un allégement sensible du programme, d’autre part, un rééquilibre en faveur de l’histoire globale et de l’histoire extra-européenne, en prenant en compte l’historiographie récente.En géographie, ils visaient à diminuer le nombre de sous-thèmes et d’études de cas obligatoires.
Peu d’amendements importants ont été repris, si ce n’est un ajout - modeste en apparence mais dont la portée peut être très importante dans la pratique - dans l’introduction générale du cycle 4 : « les enseignants déterminent le volume horaire qu’ils consacrent à chaque thème ou sous-thème en fonction des démarches pédagogiques qu’ils souhaitent mettre en œuvre ». Cela met fin aux calculs des pourcentages transformés en heures de cours à « ne pas dépasser » sur tel ou tel chapitre, et va donner aux enseignants un peu de marge de manœuvre dans leur progression. Il reste à s’emparer pleinement de cette liberté possible.

Le SNES-FSU sera aux cotés des collègues afin de faire remonter les difficultés de mise en œuvre et pour débattre avec la hiérarchie sur les modifications éventuelles qui s’imposeraient.

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