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Un film de Wang Bing (France-Hong Kong)

"Les trois sœurs du Yunnan" Sortie en salles le 16 avril 2014.

Trois sœurs, une jeune adolescente et deux toutes petites filles, vivent dans un hameau des montagnes de la province de Yunnan, au sud-ouest de la Chine.

Elles ignorent tout du développement des villes et depuis que leur père est parti chercher du travail, Yingying l’aînée, s’occupe seule de ses deux sœurs.

La camera de Wang Bing observe et accompagne durant plusieurs mois le déroulement de leur vie quotidienne.

En 2009, Wang Bing de passage dans le Yunnan, rencontre par hasard Fenfen, Zhenzhen et Yingying sur un chemin de campagne.

Au cours d’une discussion avec elles, il découvre qu’elles vivent seules et totalement livrées à elles-mêmes.

Dans leur maison où il les avait suivies, il n’y avait effectivement pas plus trace de leurs parents que de la présence d’un quelconque adulte et c’est Yingyin, du haut de ses dix ans, qui prenait en charge ses deux sœurs.

Lorsqu’ un an et demi plus tard, Arte a proposé à Wang Bing de réaliser un film sur son pays, celui-ci s’est souvenu de son étrange rencontre avec les trois petites filles.

Il est retourné dans le village, les a retrouvées et même si elles n’avaient pas d’opinion sur le fait d’être filmées, elles se sont prêtées volontiers à l’expérience de la caméra.

Le film se partage en deux périodes distinctes :

Celle où les trois sœurs sont réunies dans la maison sans aucun confort et celle, après un bref retour du père, où Yinging s’y retrouve seule (le père a amené les deux benjamines vivre à la ville avec lui).

La première moitié du film rend compte de la vie de ces enfants qui évoluent dans un état de grande pauvreté. Leur habitation est rudimentaire et en mauvais état. Elles sont vêtues de vêtements de fortune, mal chaussées, dorment sur des couches échappant aux règles les plus élémentaires d’hygiène.

Pour autant leur comportement n’en exhale pas moins une joie de vivre, la jeunesse, l’insouciance de l’âge et un rapport simple avec une nature et un environnement parfois ingrats.

Et l’épouillage systématique des plus petites par la grande devient un rituel ludique…

Si elles doivent se plier aux exigences des travaux des champs, conduire les moutons vers les pâturages, s’occuper du cochon, glaner, récolter des fruits sauvages, trouver du bois pour faire cuire les pommes de terre qui sont l’élément de base de leur nourriture, elles ne s’accordent pas moins des moments de jeu et les sourires qui, le plus souvent, s’inscrivent sur leurs visages, ne sont pas feints.

L’environnement villageois n’apparaît qu’à peu de reprises dans le film à l’exception d’un repas de fête chez un oncle, quelques scènes d’école ou au cours de la confrontation de Yingying avec une de ses jeunes voisines.

Et pourtant, dans le déroulement d’une existence aride, derrière l’accumulation de tâches domestiques et paysannes, apparaissent quelques lueurs prometteuses d’un avenir meilleur : c’est l’école et le plaisir d’apprendre, c’est la lucarne sur le monde qu’est l’écran du téléviseur qui apparaît ici comme un élément insolite du décor.

Le film de Wang Bing dure presque trois heures mais à aucun moment on ne ressent la moindre lassitude, le moindre ennui, face à des existences pourtant si éloignées des nôtres.

Un magnifique et poignant documentaire au service de vrais personnages

Francis Dubois

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