Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Nicolas Boukhrief (France 2014)

"Made in France" Sortie en salles initialement prévue le 4 novembre 2015, puis différée au 29 janvier en e-cinéma

Sam est journaliste indépendant. Il profite de sa culture musulmane pour infiltrer les milieux intégristes de la banlieue parisienne. Au cours de ses investigations, il se rapproche d’un groupe de quatre jeunes gens à qui on a confié la mission de créer une cellule djihadiste chargée de commettre des attentats dans le centre de Paris. Sam doit contrôler sans cesse son comportement afin de ne jamais éveiller de soupçon chez ceux qui le considèrent comme étant des leurs. Il doit d’un autre côté faire face à la police qui lui a donné pour mission de remonter la filière jusqu’à la tête de l’organisation.

Le film s’ouvre sur le discours d’un responsable djihadiste mettant en garde un auditoire acquis à ses propos sur les effets négatifs de l’étalage du sexe dans la société occidentale et sur la nécessité pour une femme de rester chez elle et de s’en tenir à ses fonctions domestiques. Son discours extrémiste introduit la suite du récit, l’apparition à l’image des quatre protagonistes et dresse le profil de chacun d’eux : Christophe, un jeune breton récemment engagé, Driss le plus fougueux d’entre eux, un jeune malien, et Hassan le chef du groupe en apparence charismatique. Sam fait figure d’intellectuel et à ce titre, devient tête pensante du groupe.

Nicolas Boukhrief, contrairement à Philippe Faucon dans "La désintégration", passe sur les raisons de l’embrigadement et les méthodes de recrutement des jeune djihadistes. Chez lui, lorsque le film commence, le groupe est constitué et déjà engagé dans une mission, celle de créer le chaos, par des attentats perpétrés dans le centre de Paris.
culture/cinéma
Mais, très vite, "Made in France" s’engage sur la voie d’un thriller, un choix narratif intéressant dans la mesure où s’il est conduit selon les codes du genre, il garde intact le soin porté à la personnalité de chacun des membres du groupe, son degré d’implication dans les projets d’attentats, les fragilités masquées par la force d’un engagement aussi réel que fictif. La position de Sam, pris entre deux feux , le groupe qu’il a infiltré dont il doit garder la confiance et la police qui le presse de remonter la filière Djihadiste, distille un suspense constant d’autant plus efficace que le trait narratif n’est jamais forcé, que Nicolas Boukhrief reste d’un bout à l’autre à hauteur de ses personnages entre une détermination sans faille et les inévitables moments de doute. Le courage et l’engagement aveugle des protagonistes, dans une récit sous forme de thriller, pouvaient en faire des sortes de héros mais, dès lors que l’un d’eux meurt sous les balles, les certitudes se fissurent, les personnages atteignent leurs limites et lorsque celui d’Hassan qu’on croyait monolithique révèle un fanatisme réduit à un simple goût du pouvoir, Nicolas Boukhrief atteint son but : fournir une "vérité" sur ces hommes dont l’engagement repose sur d’autres valeurs que les règles d’une religion, une croyance dont les lignes sont ce qu’on en fait.

Ainsi Nicolas Boukhief réussit son film sur les deux fronts qu’il a engagés. "Made in France" est à la fois un thriller brillant sans surcharge d’effets et un récit efficace à propos d’un islamisme aveugle basé sur des motivations différentes. Les personnages échappent au cliché et la distribution est brillante avec, en tête, Malek Zidi dont le jeu tout en retenue, fait merveille.
Francis Dubois

"Made in France" ne sortira pas en salles suite à des difficultés de programmation liées au sujet du film portant sur une actualité brûlante, avec les attentats de 2015 (il a été tourné avant, en 2014).
"Made in France" sortira, via TF1 vidéo, le vendredi 29 janvier 2016 en exclusivité e-cinéma sur toutes les plateformes VaD.

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • "L’étoile du jour"
    Un cirque itinérant s’est installé sur une plage de la mer du Nord. Malgré un public qui se fait de plus en plus rare, les artistes peaufinent sans relâche des numéros qu’ils tentent de renouveler.... Lire la suite (24 septembre)
  • "Ivan Tsarevitch et la Princesse changeante"
    Chaque soir, dans un vieux cinéma désaffecté, une fille, un garçon et un vieux projectionniste se retrouvent et inventent, dessinent et imaginent des histoires et des héros de contes merveilleux. Ils... Lire la suite (23 septembre)
  • " Soy Nero"
    Nero a dix-neuf ans. Il a grandi aux États-Unis mais, faute de papiers, à la suite d’un contrôle, il est déporté au Mexique. Étranger dans le pays de ses parents, il n’a désormais plus qu’un objectif :... Lire la suite (19 septembre)
  • "Tout va bien"
    Vicente, vingt ans ou à peine plus, vit dans une totale insouciance. Il profite de l’été, des fêtes et de ses amis mais il suffira d’une nuit alcoolisée pour que, subitement, les choses changent.... Lire la suite (18 septembre)
  • "Juste la fin du monde"
    Après douze années d’absence et quelques rares envois de cartes postales, Louis, un dramaturge de trente-quatre ans retourne dans sa ville natale pour annoncer à sa famille qu’il va bientôt mourir.... Lire la suite (17 septembre)