Actualité théâtrale

Jusqu’au 11 décembre au Théâtre de l’Épée de bois

« Magie Noire »

Un garçon effondré sur un tabouret, l’œil hébété, buvant une bière, une fille sur scène dansant la samba sur un rythme effréné, l’entrée dans la salle du théâtre est une entrée dans la favela. Pendant près de deux heures le spectacle mêle samba, hip-hop, afoche, frevo et surtout capoeira, ce sport de combat par lequel à l’origine, les esclaves noirs du Brésil cachaient derrière une chorégraphie un entraînement à l’autodéfense et qui fut récupéré à la fin du XIXème siècle par les bandits armés. Les treize jeunes danseurs, dont quatre filles, de l’Association Pé No Chão (Pieds sur terre) de Recife exposent avec brutalité, comme un long cri, leur quotidien de misère, de drogue, de violence, de règlements de compte sanglants entre gangs. Ils s’élancent avec violence les uns contre les autres, enchaînent des flips arrières (le macaco) toujours plus vite, toujours plus haut, tandis que dans la nuit rôde la mort.
Ces jeunes artistes portent le spectacle avec une énergie époustouflante, une force de vie qui les pousse vers l’avant, même si parfois la mort surprend, comme l’illustre la scène finale, où dans un très beau clair-obscur trois ou quatre d’entre eux soulèvent avec effort le corps sans vie du plus grand et du plus vigoureux d’entre eux, tandis qu’un texte projeté en vidéo sur le mur rappelle que dans la favela de Recife il y a quatre mille morts violents par an soit plus de dix par jour.
L’Association Pé No Chão propose aux jeunes des favelas de Recife des ateliers de pratiques artistiques pour les aider à sortir de la spirale infernale - drogue, alcool, gangs, violence - et pour redécouvrir leurs racines et leur identité culturelle. Le metteur en scène Laurent Poncelet a travaillé avec un de ces groupes de jeunes à Recife. Il a d’abord filmé cinq semaines de leurs improvisations. Puis, rentré en France, il s’est attelé à l’écriture de Magie noire, qu’il est ensuite allé leur proposer. Le spectacle a été retravaillé, présenté au Brésil puis en Europe, entre autres au Piccolo Teatro de Milan en 2010, avant une nouvelle série de représentations en France dont douze jours au Théâtre de l’Épée de Bois.
Magie noire c’est un tourbillon de douleur mais aussi de vie, ce sont des jeunes qui se battent avec énergie, qui parfois tombent mais qui, tant qu’ils sont en vie, se redressent. C’est un théâtre qui vit, qui ouvre une fenêtre d’espoir, qui offre à ces jeunes la possibilité de renouer avec leur culture et d’y trouver un moyen de s’en sortir. Allez les voir, vous ne le regretterez pas.
Micheline Rousselet

Du mercredi 7 au samedi 10 décembre à 21h, le dimanche 11 à 16h.
Théâtre de l’Épée de bois
La Cartoucherie, Route du champ de Manœuvre, 75012 Paris
Réservations : 01 48 08 39 74 se réclamer du Snes et de cet article car demande de partenariat Réduc’snes en cours
reservations@epeedebois.com

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