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Un film de Rakhshan Bani-Etemad et Mohsen Abdolvahad (Iran)

"Mainline" Sortie en salles le 20 avril 2011

Sara, jeune iranienne de vingt ans vit avec sa mère dans le centre de Téhéran. Elle est fiancée et doit épouser prochainement un étudiant qui termine ses études à Toronto.
Mais Sara se drogue, sans doute depuis l’adolescence. Avec l’approche de la date du mariage, elle est mise au pied du mur et ne dispose plus que de quelques semaines pour se soigner et pour que son futur époux ignore tout de sa dépendance.

Pour cela, sa mère décide de la conduire dans une clinique des bords de la mer Caspienne, loin des tentations de Téhéran.
"Mainline" qui est, de bout en bout, une fiction poignante (peut-être un peu trop),montre tout l’intérêt que le duo de cinéastes porte autant au cinéma du réel qu’à celui du documentaire.
Les filmographies de Moshen Abolvahab et celle de Rakhshan Bani-Etemad comportent pour chacun d’eux une douzaine de films documentaires dans lesquels ils font à chaque fois, une étude poussée et souvent complémentaire du développement de la société iranienne. Les sujets abordés donnent généralement l’essence du contenu de leurs prochaines fictions.
Dans ce film qu’ils ont réalisé en commun, ils abordent le problème de la consommation d’héroïne et de la dépendance qui touche, en véritable fléau, toutes les couches sociales de la jeunesse iranienne La bourgeoisie iranienne voit sa jeunesse, qui supporte mal l’isolement culturel où on la met, se réfugier dans les paradis artificiels pour y trouver un plaisir immédiat et une échappatoire.
En choisissant de conduire leur film autour des seuls personnages de la mère et de la fille, ils prenaient le risque de se trouver face à plusieurs écueils qu’ils n’évitent pas toujours. Les deux personnages occupent pratiquement tout le temps l’écran pour mieux faire apparaître le désarroi où plonge l’usage de la drogue. Celui de la jeune droguée prise comme entre les mâchoires d’un étau entre la soumission et le désir de s’en sortir et celui de la mère, témoin impuissant de la déchéance de sa fille.
Le gros plan, souvent utilisé, augmente l’impression de malaise et d’enfermement et c’est peut-être par excès de démonstration que leur film pêche. Les souffrances de la jeune femme sont exposées de la façon la plus crue et l’attitude de la mère est pathétique quand, souhaitant le bien être de sa fille, elle se plie à ses volontés immédiates, même si elles sont en contradiction avec le but qu’elle s’est fixé de la tirer d’affaire.
"Mainline" est un film d’une violence souterraine extrême. N’apparaît à l’image que la partie "visible de l’iceberg" mais tous les éléments nous sont donnés pour accéder aux désarrois intérieurs de cette double dérive.
Le film n’apporterait rien de neuf sur le sujet de la dépendance à la drogue si la forme adoptée, les gros plans et l’intime proximité des deux protagonistes, ne lui donnaient une force bouleversante et n’en faisait, en dépit des poncifs, une œuvre singulière et efficace.
Francis Dubois

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